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Fév 03

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14 fevrier 2020 être tolérant

Vendredi 14 Février à 20h, salle Saint Laurent à Bersac

Groupe de parole- animateur Bernard MACHAT

ETRE TOLERANT ?
Dans un monde intolérant…

. rencontre du 14 février 2020 animateur Bernard Machat

ETRE TOLERANT DANS UNE SOCIETE AVEC DE L’INTOLERANCE

La tolérance est une notion relativement récente dans son acception actuelle et le concept
de tolérance est loin d’être considéré comme une vertu en notre monde.

DEFINITIONS DE LA TOLERANCE

Suivant le Logos ce substantif féminin émane du mot latin tolerare
renvoie au fait de porter ou de supporter un fardeau physique ou moral.

Deux domaines A – A propos des personnes en tant qu’individu ou communauté.
B A propos d’organismes vivants ou de chose

A – La tolérance est le fait d’admettre quelque chose avec une certaine passivité, voir condescendance
parfois, alors que l’on a le pouvoir de l’interdire ou le droit de l’empêcher.
. Les synonymes de ce 1er sens sont : compréhension, indulgence, voir même quand il s’agit d’une
société tolérante : on emploi souvent l’expression de société permissive

Différents cas ou l’on peut faire preuve de tolérance:

Domaine grammatical il est possible de parler de tolérance grammaticale voir orthographique
. quand la possibilité est admise de ne pas respecter une règle grammaticale ou orthographique.
par ex. + L’usage veut que le verbe soit au singulier mais il est admis d’employer le pluriel
« la joie, l’allégresse s’empara « s’emparèrent » de tous les spectateurs »
+ là l’usage admet aussi bien l’accord que l’absence d’accord
« étant données les circonstances ou étant donné les circonstances »
En droit civil la tolérance prend le sens de ne « pas interdire » ou de ne pas exiger, alors
qu’on le pourrait, soulignant qu’elle caractérise un choix possible
par ex : avec l’autorisation expresse ou tacite de mon voisin j’use de sa propriété, cette tolérance
ne peut fonder ni prescription ni possession à tout moment mon voisin peut faire valoir
son droit.
La tolérance civile Cette notion a été introduite afin d’écarter tout approche moral de la
tolérance au profit d’une approche juridique. Elle consiste à la reconnaissance
de la libre expression des opinions, des convictions, des croyances.
a ) La tolérance attachée au caractère d’une personne est l’état d’esprit de quelqu’un ouvert à
autrui qui va supporter et admettre des manières de penser, voir, agir différentes des siennes.
Nous pouvons attacher à cette notion les synonymes de libéralisme largeur d’esprit :
c’est ce que nous appelons l’Esprit de tolérance
quelques aphorismes à propos de cette définition :
La tolérance vaut mieux que l’indifférence (Gandhi)
Horace nous dit que : La patience rend tolérable ce que l’on ne peut empêcher.
et pour
Goethe : La tolérance ne devrait être qu’un état transitoire, elle doit mener au respect.
b) La tolérance attachée aux opinions philosophiques, politiques, religieuses ou des engagements
sociaux d’une personne.
c’est la reconnaissance de la libre expression des opinions, des convictions et des croyances
on peut dire que c’est « l’harmonie dans les différences »
c) En le domaine sociologique c’est le seuil de tolérance qu’une communauté peut avoir par rapport
à une situation
par ex. : ce peut être le pourcentage d’éléments étrangers qu’une communauté peut accepter
et au-delà duquel il se produirait des phénomènes de rejet.

Tolérance religieuse Tolérance religieuse voir théologique est une indulgence de l’Eglise à l’égard
de ceux qui ont des opinions différentes de la sienne à propos des dogmes qu’elle
ne considère pas comme essentiels.
Dans le cas d’hérésie, t’atteinte au dogme chrétien, l’église prononce une excommunication.

Il nous faut voir qu’en ces procédures d’excommunication, l’intolérance c’est souvent invitée
Au moyen âge le pape excommuniait souvent les souverains qui violaient gravement
les lois de l’Eglise ou le plus souvent ceux qui attentaient aux privilèges du clergé.
.
B – La tolérance dans le domaine d’organisme vivants ou des choses.
En biologie, en médecine.
Cela concerne la faculté que présente un organisme vivant à supporter sans dommage
apparent les effets chimiques ou physiques auxquels il est exposé.
On parle de tolérance à un médicament, aux radiations, tolérance à l’insuline, aux antibiotiques.
Dans ce même domaine ce peut être aussi la caractéristique de certaines espèces d’insectes
Ou d’êtres vivants à survivre à des doses d’insecticide supérieures à celles que peuvent
supporter d’autres espèces du même groupe.
Dans le domaine des choses:
En matière législative : c’est la liberté qu’une administration accepte d’accorder.

ex. A la douane nous pouvons passer des bouteilles d’alcool, des paquets de cigarettes
en franchise ; il s’agit d’une tolérance et non d’un droit
Dans un autre domaine qui dépend aussi de l’administration c’est la libéralité accordée
par la loi en matière de poids et mesures, des prix.
C’est la limite de l’écart admis entre le poids ou le titre réel et le poids ou le titre légal
d’une monnaie.
Dans ce cas on parle de tolérance de titre ou de poids pour cette monnaie. .
En mécanique et technologie : Il est admis des écarts entre les dimensions réelles d’une pièce
mécanique et ses dimensions théoriques  ainsi il sera noté sur le plan
de réalisation qu’une tolérance de 2 dixièmes de millimètre est exigée.

HISTOIRE DE LA TOLERANCE

Partons de « la tolérance antique » et tout plus particulièrement chez les Romains polythéistes. Ces derniers vouaient un culte à de nombreuses divinités en rajoutaient au contact de leurs conquêtes territoriales (des légionnaires pouvaient rendre un culte à Isis ou Mithra au retour de campagne militaire.
en Egypte), des dieux gaulois ou Goths ont pu rentrer au panthéon romain à titre individuel ou collectif.
Ce polythéisme était relativement tolérant car ne possédant pas vraiment de dogme, un culte était
rendu aux dieux ayant accordé la victoire ou quelques bénéfices à la personne ou au groupe ce culte était
rendu accompagné de sacrifices.
A la fin du premier siècle dans ce cadre religieux dit païen, le christianisme naissant a posé question.
ll lui était reproché de ne pas s’intégrer à la religion de l’empire ; c’est-à-dire rendre un culte d’une part à l’empereur et d’offrir des sacrifices à sa divinité et aux autres dieux, cette conduite des chrétiens adorant
et servant exclusivement un Dieu unique a été perçue par les romains comme pouvant causer le mécontentement de leurs dieux.
D’où les persécutions dans l’empire durant les premiers siècles de l’aire chrétienne une première vague sous Néron à l’occasion de l’incendie de Rome au cours duquel un certain nombre de Chrétien fut martyrisé en fin de compte plus du fait de leur minorité qu’à cause de leur foi. A Lyon (Potin et Blandine)
à Alexandrie Epimarque, Catherine d’Alexandrie, à Antioche etc.

En avril 313, l’empereur Constantin promulgue l’Edit de Milan, celui-ci est présenté comme un édit de tolérance par lequel chacun peut :
« adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel, il accorde la liberté de culte à toutes les religions
et permet surtout aux chrétiens de ne plus devoir vénérer l’empereur comme un dieu ».

En ce IV s St. Augustin 354 – 430 définissait la tolérance de manière
assez proche de sa littéralité il écrivait :
« ce qui est appelé tolérance n’a lieu d’être qu’envers les maux »
ce même Augustin : n’admettait que la contrainte charitable c.a.d. mêlée de douceur,
désireuse et capable de porter remède à l’âme hérétique.
Ce qui par ailleurs ne l’émouvait peu quand la société civile employait
la violence et la répression pour convertir.

A la fin du VIII et début du IX sous l’empereur Charlemagne la conversion forcée des peuples conquis
en a fait un empereur chrétien que Léon XIII couronne en 800

Au XI s. Les cathares renouvellent l’hérésie manichéenne : niant l’autorité de l’Eglise, condamnant
le mariage, méprisant la croix et disent (qu’un démon c’est substitué au Christ) Ils s’insurgent
en outre contre la puissance civile qui va aussitôt sévir par la pendaison et le bucher.

Au XIII s. St Léon écrit : L’Eglise dans sa douceur doit se contenter d’un jugement sacerdotal et éviter
la répression sanglante.
Dans le réel le pouvoir séculier est au main de monarques qui tiennent leur pouvoir, selon la
formule : « de la grâce de Dieu » Ainsi en place, ces monarques ne perçoivent plus très bien
leurs relations à leurs sujets.
.
Au XVI s. La religion catholique depuis plusieurs siècles est la croyance dominante en France et constitue
une clef de voûte sociale et politique.
Lorsque le protestantisme s’est installé en France l’équilibre a vacillé

Une question se pose : comment faire face à l’altérité ?

C’est à cette période de l’histoire qu’il est constaté que 36 ans de persécutions n’arrangeaient
pas la situation et que la société catholicisante a du apprendre à accepter la différence et
qu’ainsi la tolérance a été vue comme une vertu pour la première fois.

Le roi d’alors s’appelle Henri IV celui-ci a une volonté réelle de mettre fin à cet affrontement.
. Né protestant en 1553, il abjure en 1572, se rétracte en 1576 et enfin se convertit en 1593.
« Paris vaut bien une messe » cette phrase célèbre le fait passer pour un opportuniste. . Mais les voies de la rigueur, de la douceur ayant échoué à faire disparaître le protestantisme du
royaume. Le roi se fonde sur la conception d’alors de tolérance
«acceptation d’un mal que l’on ne peut empêcher »

Le véritable texte fondateur de la tolérance est alors crée lors de la promulgation de l’édit de Nantes
les 3 et 30 avril et 2 mai 1598.
Hostile à tout compromis, le pape Clément VIII proteste au prés de l’ambassadeur de France et
nombreuses sont les manifestations contre cet acte régalien.
On se rappelle qu’Henri IV payera cette audace de sa vie.
Déjà, en aout 1589 un certain Langlet Le Poirier tente de l’assassiner, puis un nommé Ravaillac
pour la même raison parviendra à ses fins.
.
Hélas, en 1685 cet Edit est révoqué par le petit fils Louis XIV causant un désastre politique, moral et économique aussitôt des foyers de résistance se forment les dragonnades reprennent dans les Cévennes
et ailleurs, environ 300 000 « religionnaires » se réfugient à Berlin, Genève, Amsterdam.

En ce temps, deux conceptions du monde s’opposent :
une traditionnelle vise à l’unité des chrétiens dans une concorde retrouvée par la violence
ici nous avons une tolérance religieuse ayant une valeur négative.
l’autre fait de la tolérance une valeur positive en rangeant progressivement la religion
dans la sphère privée.

Au XVIII siècle, face aux Eglises, Voltaire et les autres philosophes semblent avoir de la peine à pratiquer
la vertu de tolérance. V. se montre intolérant à l’égard de la superstition, de l’intolérance et du
fanatisme
« il faut que les hommes commencent par n’être pas fanatiques pour mériter la tolérance ».
en 1763 l’apologie mise en scène dans le « Traité sur la tolérance » révèle une morale très claire.

Face aux religions : ne faire de la tolérance qu’une entreprise de réduction de l’autre au semblable.

En fin, les revendications de Voltaire dans l’affaire Callas conduit Louis XVI à rétablir un édit de tolérance
en faveur des non catholiques en 1787
Ce qu’il y a de novateur c’est qu’il crée un état civil laïc pour les sujets non catholiques. Les déclarations de naissances, de décès peuvent être faites par un officier de justice en lieu et place du curé de la paroisse.

Arrive 1789, Les discussions sur la déclaration des droits de l’homme qui sera publiée le 26 août
confondent la religion et la liberté d’opinion et sera formulé ainsi :
« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestations
ne troublent pas l’ordre public établi par la loi ».

Le régime concordataire promulgué sous Bonaparte en 1802 peut être considéré comme l’aboutissement de la tolérance civile, fondée sur la neutralité active de l’état qui, loin d’être indifférent, accorde son aide à tous les cultes reconnus et n’en privilégie aucun.
Concordat signé 16/07/1801 avec le pape Pie VII, ce concordat est étendu aux cultes réformé et
luthérien puis au culte « israélite ».
Ce premier pas qui va de la tolérance vers une véritable laïcité est reprise par Jules Ferry en 1881 et ce
premier pas trouve son apogée le 9 décembre 1905 avec la loi de séparation de l’église et de l’état.

De la manière la plus formelle la République assure la liberté de conscience et garantit
le libre exercice des cultes.

La seconde guerre mondiale passée et le nazisme éliminé les Nations Unies en A.G .à Paris
le 10 décembre 1948 adoptent la : « Déclaration Universelle des Droits de L’Homme ».

En 1995 un nouveau texte est adopté et proclamé solennellement par UNESCO texte intitulé :
« Déclaration de principe sur la tolérance »

Très rapidement nous venons de parcourir 20 siècles de notre histoire et par la même d’entrevoir la naissance et l’évolution du concept de tolérance. La représentation mentale de la tolérance n’est ni innée,
ni spontanée, c’est une démarche née de son contraire c a d élaborée par réaction face à l’intolérance.

Comme le note Paul RICOEUR (ce cri d’indignation contre l’intolérance souligne toute l’ambiguïté
du discours sur la tolérance : « qui crie à l’intolérable » )

L’homme est intolérant, car chacun croit détenir la vérité tout en déniant à l’autre ce droit.
C’est ainsi, que cette intolérance individuelle engendre l’intolérance sociale et par la même crée un
sentiment d’appartenance et de rejet commun du dissemblable.
Si la tolérance s’est construit comme anticorps à l’intolérance il y a lieu de veiller à ce que trop de
tolérance ne tue la tolérance.
En 1950 l’encyclique « Humani Generis »
(mettait en garde contre les dangers selon lesquels on tolère de façon tranquille des erreurs graves,
inacceptables par désir exagéré de paix et de conciliation)

La tolérance sera de plus en plus nécessaire pour faire face aux exigences nouvelles qui nous sont proposées
du fait que le monde entier va de + en + vers des sociétés multiples, elle ne pourra être audible que portée par des personnes dont la vie est un témoignage à celle-ci.

 

 

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1 Commentaire

  1. marcel

    Excellente initiative

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