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Nov 28

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28 novembre et 16 décembre 2020 Rites d’initiation au CAMEROUN

ARES NEWS

 

*La rencontre « rites du Cameroun » s’est tenue en 2 sessions pour respecter au maximum les précautions sanitaires: le 18 Novembre à Bersac et le 16 Décembre à Terrasson. Merci au P. Alain Bernard de nous avoir fait découvrir les règles et les coutumes de son pays. Des rites très exotiques, mais des préoccupations et des nécessités très semblables : universalité de rites rassurants lors des « passages », nécessité de transmettre une culture, importance du symbolisme pour traduire les mystères de la vie et de la mort…et surtout obligation de fixer des règles régissant les rapports, les fonctions de chacun et les hiérarchies sociales.

Une rencontre sur « les rites d’obsèques » mettant en parallèle les rituels locaux et camerounais a été demandée. La disponibilité du P. Alain Bernard est une richesse à « exploiter »: voir ce qu’il y a de différent et aussi d’universel dans des cultures très éloignées. Discerner ce qu’il peut y avoir de beau et de juste dans cette culture africaine.

 

Le 28 Octobre 2020. BERSAC

RITES D’INITIATION AU PASSAGE A LA VIE ADULTE

AU CAMEROUN

Le Cameroun est un vaste pays de l’Afrique de l’Ouest (475 440 Km² / la France métropolitaine 552 000 Km²). Peuplement 27 744 000 Ha répartis en 250 ethnies pratiquant autant de dialectes et de rites différents! Les langues officielles sont le Français et l’Anglais. Le P. Alain Bernard est de la tribu des Bettis et de l’ethnie des Sanagas. Il existe en fait « des Afriques » extrêmement variées dans leurs rites et leurs cultures.

Rite : de ritus : « ordre prescrit »

Initiation : d’initiare : « début », « s’avancer dedans »…

Rite d’initiation : notion de passage d’un état à un autre par des signes conventionnels prescrits par la tradition ou l’autorité. Ne se discute pas ; ne s’adapte pas.

Tous les rites d’initiation procèdent de 3 phases : -1-la séparation (de l’état initial et du groupe) ; -2-l’isolement ; -3- l’intégration d’un groupe de statut supérieur. Ici un enfant perd son statut d’enfant et après un isolement il intègre la société des adultes.

Plusieurs épreuves initiatiques sont possibles dans cette culture :

Ces rites sont très importants : ils soudent la communauté qui trouve à se reconnaitre dans ces coutumes ayant fait leurs preuves depuis les temps immémoriaux.

*Epreuve des fourmis : le jeune homme est placé sur un nid de fourmis urticantes (piqure comme piqure d’abeille). La famille et le village observe les réactions du jeune. Il en sera déduit sa bravoure, sa résistance à la douleur, sa « puissance ». Selon ces observations le successeur est choisi. Il se doit d’être « viril » et capable de nourrir et protéger la famille et « la maison du papa » qui est sacrée. Le village où est implantée cette maison est aussi très important et, jusqu’à la mort et les obsèques sera LE village de tous.

*Test de la forêt : au jeune homme (15 ans), qui n’est généralement pas le fils successeur et qui n’est pas allé à l’école, est donné un bout de forêt. Il a à défricher, déboiser et mettre en culture ce lopin (qui peut être vaste). Il part de rien (parfois une simple machette) et doit, seul, faire ses preuves. Il aura ensuite à construire sa maison sur ce lopin. Là aussi l’adolescent est testé et jugé selon le résultat. Une portion de l’héritage est donnée du vivant des parents.

*La circoncision est dans toute l’Afrique le grand rite initiatique. Elle est pratiquée entre 6 et 10 ans. L’enfant est immobilisé par 4 gaillards, dans la maison familiale, et il est procédé à la circoncision, sans anesthésie (et sans environnement médical). Dans d’autres traditions l’opération se pratique dans la forêt. Il s’agit d’une opération très douloureuse à cet âge. Parfois un emplâtre de feuilles de la forêt réputées thérapeutiques s’avère nécessaire. Là aussi les réactions de l’enfant sont observées par l’entourage, la famille et surtout le père qui évalue la résistance et la force de l’enfant : cela entre dans le jugement et l’orientation de la transmission.

*Dans d’autres coutumes l’initiation se fait dans la forêt. Des épreuves de survie y sont organisées, pendant 3 mois environ, accompagnées par quelques hommes (un peu comme Koh Lanta »). Cette initiation est dangereuse et se termine parfois par la mort de l’adolescent. Là aussi le père évalue le comportement de l’adolescent… et là aussi les filles à marier attendent le retour des héros. « S’il pouvait me lancer un regard prometteur !!!… »

*Scarifications en particulier du visage. En Angola, par exemple, des scarifications, effectuées dans la forêt, sont coutumières. Il s’agit de signes identitaires, d’appartenance à une ethnie.

Tous ces rites se terminent par un grand repas, partagé.

Il est facile de distinguer 2 fonctions sociales des rites : la transmission du nom du père avec le choix d’un héritier et la sélection des hommes forts capables de fonder une famille.

Rites : questions.

Les rites font intervenir les corps et sont symboles dans l’action. Ce n’est pas un enseignement théorique, une démonstration : c’est vécu (initiateurs et initiés) comme une épreuve, une expérience plus affective et émotive que raisonnable.

*Et les filles ?: Les filles n’ont pas de rites d’initiation à la vie adulte codifiés. Leur formation (en plus d’éventuelles études) se fait à la maison avec apprentissage des gestes ménagers. Elles ne sont qu’observateurs lors des rites initiatiques des garçons. Ces cérémonies sont l’occasion d’évaluation et de choix des qualités de l’initié, mais aussi de rencontres, de séduction. Cela peut déboucher sur un projet d’union avec un garçon qui doit avoir subi brillamment les rites (sauf la circoncision qui est familiale). Le mariage n’est généralement pas organisé par les parents mais est un libre choix des époux.

L’accouchement peut être considéré comme une initiation. « Comment réagissent les femmes devant un statut inférieur aux hommes ? ». « Elles l’acceptent avec joie ! » ???

*La forêt : dans tous les rites la forêt apparait importante. Elle est, peut-être, mythiquement, l’origine des hommes. Paradis perdu, plein de richesses et de potentialités. Lieu de ressourcement.

*Le repas terminal : est très important. La circoncision se termine par l’offrande au circoncis, par son père, d’un poulet entier avec le gésier. Il est de coutume que l’adolescent partage ensuite ce poulet et en offrent des morceaux aux convives. Il est adulte et propriétaire du plat… mais aussi membre de la communauté. Droits et servitude de l’état adulte.

*Critères de hiérarchisation : « la force », « la  puissance », « le courage », « la résistance à la douleur » sont les critères pour recevoir le patrimoine et choisir une femme…

Société camerounaise. Questions :

*Le « village de papa », la « lignée de papa » : Ce qui compte c’est la lignée des mâles. « Pour garder le nom. Pour garder la famille ça passe obligatoirement par le père ».

Quand une fille se marie elle va dans le village de son mari et donc sort, en quelque sorte, de la lignée. La famille est étroitement liée à la terre et au village d’origine. Chacun a à cœur de construire une case ou une maison dans ce village, sur les terres de la famille (de papa). De même chacun tient à être enterré dans cette terre, sur la propriété familiale (les cimetières n’existent pas au Cameroun ; les tombes sont sur un terrain privé de la famille).

*Structure familiale : La « famille » est très élargie. Ainsi un enfant peut appeler « papa » tous ses oncles et « cousins » toute la parentèle. En fait la famille est étendue au village.

Il arrive qu’une mère de famille nombreuse choisisse pour « père » de l’enfant un oncle ou cousin qui devient alors « papa ». Cette adoption est généralement annoncée par le choix du prénom de l’enfant : c’est celui du futur « papa » choisi par les parents biologiques.

La polygamie est admise et officielle « mais ce n’est que des problèmes, c’est bien mieux avec une seule femme ». La dernière épousée a un statut privilégié, en général.

*Le respect dû aux anciens : cette règle ne souffre pas d’exception. Elle peut être pointilleuse ; dans toute organisation, même un jour de plus d’ancienneté induit un statut prééminent.

*L’homosexualité ose se déclarer dans les grandes villes. Elle est strictement interdite. La personne est rejetée du village et de sa famille, ignorée radicalement.

*Les repas sont ritualisés. Par exemple il est marquant pour un adolescent de recevoir de la main de son père, un morceau de boa. La place et l’ordre des invités au repas sont très codifiés.

Les pouvoirs du rite (essai d’analyse Henri Delage) Comme tous les rites les rites d’initiation au Cameroun répondent à des besoins et désirs universels. Nous pouvons facilement retrouver les mêmes mécanismes dans notre société, dans l’histoire et dans toutes les cultures. Ils répondent au besoin de transmettre culture et biens, de se protéger, de se survivre. Et surtout de créer des liens. Le passage à l’âge adulte est une période de crise nécessitant réassurance et orientation sociale.

Comme tout rite l’initiation à la vie adulte a (au moins) 3 pouvoirs : c’est une représentation (récit et image) ; une enveloppe protectrice (contenante) ; elle a un pouvoir de transformation.

Ces 3 pouvoirs s’exercent sur la société et sur l’individu.

Pour la société la cérémonie est représentation des origines (plus ou moins mythiques) du peuple ; représentation aussi des Lois (respect aux anciens, hiérarchie, séparation des sexes et des générations…) du groupe. Elle est aussi enveloppe protectrice (puissante) par la ritualisation des gestes qui permet d’inscrire la vie de l’individu dans un groupe « éternel » enveloppant les ancêtres, les adultes et les jeunes. Elle est aussi transformation (modeste) en intégrant des jeunes initiés qui vont enrichir le groupe, en transmettant.

Pour les jeunes hommes la cérémonie est représentation du partage du statut de membre intégré du groupe et de son statut d’adulte. La cérémonie est médiatrice entre 2 générations, mais aussi individu/société, monde des vivants/morts, présent/éternel, monde visible/monde des esprits. Elle est protectrice (puissante) car l’adolescent est conforté par son statut « officiel » d’homme adulte faisant partie d’une communauté. Le jeune adulte est réassuré par la solidarité du groupe et la certitude de partager une même culture, de mêmes références culturelles, de mêmes symboles. Elle est transformation (modeste) puisque son statut change radicalement. La cérémonie n’est pas que magique : elle agit.

Dans cette culture, cette société, la fonction enveloppe protectrice est très importante et la fonction transformation moins importante.

Les rites créent des liens : entre membres du clan, entre générations, entre passé et présent, entre le visible et l’invisible…

Mais les liens ont 2 sens ! Lien comme garrot et lien comme relation… à méditer !

 

Bonne journée !!!

 

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