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Mar 10

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25 Février et 3 mars 2021 Chemins de SAINT-JACQUES

Les rencontres du 25/02 et du 03/03 “Les chemins de Saint Jacques de Compostelle” ont été très riches : environ 8 témoins ont bien voulu partager leur expérience. Les récits sont très variés, en fonction de l’aventure vécue et surtout de la personnalité et du style du pèlerin. En PJ l’intervention de Chouski, rédigée.

Tout part d’un désir :

Désir contrarié, repoussé, rêvé: travail, maladie, activités professionnelles… s’oppose à sa réalisation.

Désir de se « confronter à la réalité, sans filtre ?

Faire un chemin ou un pèlerinage ? S’évader ? Se détacher ?

Sur le chemin certains ont des motivations touristiques ou sportives.

Tout part d’une motivation intime, secrète.

Pourquoi?

Période de stress, de crise (retraite, maladie personnelle ou de la famille…), retraite…

Volonté de se tester face aux difficultés que la vie moderne nous épargne: effort physique, pluie, froid, chaud…Souvent est évoquée l’envie de se dépouiller. Un beau symbole est l’allégement du sac tout au long du chemin: il est parallèle à l’allègement de la personne, de ses préoccupations futiles, de ses peurs irrationnelles.

Certains parlent de « prière par les pieds ». Envie de fusion avec la nature; de disponibilité à soi-même.

Efforts

Effort physique, effert de volonté avec la douleur, les difficultés, l’inconfort, les blessures.

Une hypothèse: les endorphines sécrétées entrainent une euphorie relative qui permet de surmonter les épreuves. En solitaire, il n’y a pas d’échappatoires, pas de tricherie possible. Et pourtant “des frissons de bonheur”…

El Camino se fait généralement à pied; mais toutes les formules existent : en bus (avec marches intermédiaires), à vélo,  marches organisées en groupe (commercial), portage possible de bagages…

Chacun fait son chemin et la plupart y revient régulièrement année après année.

Rencontres

Tout le monde allant dans la même direction, les pèlerins se dépassent, se retrouvent, logent ensemble. Chacun a pu faire fait l’expérience de la solidarité et des rencontres improbables, très variées. La renommée du chemin est telle qu’il s’est installé sur tout le trajet des lieux pour dormir et manger. A noter le principe du “donativo” où la somme est laissée libre. Inévitablement, on croise aussi sur le chemin des riverains, des hospitaliers et des personnes gérant les gîtes.

Tradition?

Le pèlerinage vers Saint Jacques n’a rien à voir avec le chemin médiéval. Mais il s’est créé de nouvelles traditions, rassemblant des foules internationales, avec un esprit spécial. On est un peu “hors sol”, dans une bulle. Le pèlerinage est pour certains une sorte une retraite monastique.

Conclusion

Ce qui compte est plus le cheminement que le but, Saint Jacques.

Le pèlerin se défait de ce qui en lui le retient d’être pleinement Homme.

« Il vaut mieux faire le bon chemin en boitant que le mauvais d’un pied ferme » (St Augustin)

Le Chemin de Saint Jacques, c’est le chemin de la Vie.

Il faut replacer ce “chemin de Saint Jacques” dans sa réalité, son temps, ses conséquences économiques… il n’existait pas dans la vie des gens dans les années 40… mode?

 

Les chemins de Compostelle – Chouski MARICHAL

« C’est la deuxième réunion et elle vient compléter la première. Nous avons eu les témoignages des pèlerins Jean-Pierre Jaquinet et de Patric Chouzenoux et voici un autre témoignage, un peu différent. Le mien en l’occurrence, mais ça n’est pas ça qui est important.

Cette série de deux réunions porte le titre de « les chemins de Compostelle », mais il est plus exact de parler du pèlerinage de Compostelle car pour s’y rendre, les chemins sont multiples et innombrables puisque le premier pas sur le chemin de Compostelle s’effectue sur le seuil de votre propre maison pour un très long chemin. Une convergence vers Santiago de Compostella.

Comme Jean-Pierre Jaquinet et Patric Chouzenoux, je rêvais depuis des années de «faire Compostelle». Je savais ce que j’en attendais : bouffer du kilomètre, me confronter à moi-même, sortir de mon quotidien et de ma zone de confort, entrer dans un rythme propice à la méditation, à l’introspection, à la réflexion, me taire un peu enfin, et (merci à Patric pour l’expression) prier avec les pieds… Ma démarche était avant tout spirituelle. Sans oublier : faire du sport, bronzer, être en vacances…

Le but n’était pas de faire des rencontres, faire du tourisme, voir du pays… C’était un voyage intérieur, et j’ai donné à mon corps de quoi s’occuper (bouffer du kilomètre) pour me libérer la tête et ranger tout ça.

Mais le plus important était de me « quitter moi-même », de prendre une sorte de distance. Prendre du recul.

Début 2008, je me suis dit : « Tiens, en septembre, je vais avoir 50 ans. Comment vais-je fêter ça ? » Je n’avais pas envie de m’étourdir de fête, de musique et de nourriture. J’ai décidé de m’offrir un truc dont j’avais envie depuis longtemps. J’ai réfléchi et je me suis dit « Compostelle ! » J’ai potassé le sujet, et j’ai pris conscience que bien que rêvant de ce voyage mythique, je ne savais pas qui était ce Jacques, et … qu’il ne m’attirait pas particulièrement. Je n’étais pas « aimantée » par ce lieu. C’était juste le nom, le concept qui m’attiraient depuis longtemps.

Alors j’ai cherché vers quoi je désirais pérégriner. J’ai cherché, et la réponse m’est apparue, très nette et très claire : vers moi-même. Je voulais me rencontrer moi-même. Attention ! Aucun égocentrisme, aucun culte rendu, aucun piédestal au contraire. Silence et humilité, difficulté…

Mon chemin de Compostelle à moi partait d’Avignon le 1er septembre 2008, et se terminait à Terrasson, devant la porte de ma maison le 30 septembre 2008.

La veille de mon départ, je me trouvais à Nantes, et le trajet de Nantes à Avignon en TGV, train à grande vitesse m’a fait méditer sur la notion de vitesse, mon voyage avait commencé. À grande vitesse d’abord, à échelle humaine ensuite.

600 ou 700km, seule, sac au dos. Je dormais sous la tente que je plantais dans les prés, dans les bois, une ou deux fois chez l’habitant. Voilà le concept : marcher pendant un mois, seule, dans un silence total.

Pour ma nourriture, j’ai appliqué un principe que je n’ai pas inventé et qui s’appelle « jeûne et randonnée ». Les quinze premiers jours j’ai marché en jeûnant, et les quinze derniers jours, j’ai fait la reprise alimentaire. Le jeûne libère des endorphines et j’ai fait les quinze premiers jours au volant de mon petit nuage. On dirait un exploit, mais ça n’en est pas un et ce n’est pas le sujet.

Un tel périple donne lieu à de multiples péripéties, et bien sûr c’est vraiment génial, mais ce n’est pas le sujet. Ce dont je veux parler, c’est ce qui émerge de ce silence intérieur. J’ai mis mon corps en pilotage automatique. Le corps est occupé à avancer et libère l’esprit, qui à son tour lâche la grappe à l’âme. J’ai vu les choses se décanter en moi, jour après jour, pas après pas, montée après descente.

Par exemple, seule avec mes pensées, j’ai listé les divers problèmes de ma vie : les gens que j’aime pas, les peaux de bananes sur lesquelles je glisse sens cesse, les cailloux dans la chaussure, les grains de sable dans l’engrenage. J’ai eu l’impression de mettre tout ça dans une passoire genre égouttoir à nouilles, (je vous raconte ça comme je l’ai ressenti), et de passer un jet d’eau sur tout ça. Ça fait comme une douche mentale. (Ce qui est une des définitions de la méditation). Et tout ce qui était soluble dans le silence s’est écoulé, tout ce qui était trop petit pour mériter de me pourrir la vie a disparu par les trous de la passoire, disparu à jamais. J’ai véritablement fait le tri. J’ai oublié, j’ai pardonné, j’ai haussé les épaules, j’ai souri… Bien sûr quelques gros cailloux sont restés, insolubles. Mais au moins je les voyais clairement, ils n’étaient plus noyés dans un marécage de petites préoccupations terre à terre. Et, surprise, il y en avait très peu, de gros cailloux, deux ou trois. Non deux. Non, en fait, un seul. Et je ne m’attendais pas à ce que ce soit ce truc qui reste dans ma passoire. Le truc que j’avais du mal à digérer. Et j’ai pu m’y atteler en temps utile à tête reposée. Je me suis délestée, c’est le mot. D’ailleurs, bien que n’ayant emporté que le strict minimum, le quatrième jour j’ai retrié entièrement mon sac et j’ai renvoyé un gros colis de choses dont je pouvais me passer.

Ce n’est pas un chemin jonché de pétales de roses. Chutes, égratignures, blessures, baisse de moral, fatigue et coups de soleil… En faisant le bilan, tout ça n’est rien comparé au bénéfice, physique, mental et spirituel. Toutefois, si je n’avais pas atteint le stade où je me suis dit « Bon sang de bonsoir qu’est-ce que je fous là ! Personne ne m’y oblige, pourquoi je fais ça ? », c’est que je ne serais pas allée au bout de ce que je pouvais expérimenter. Ce n’est pas que physique, je parle des moments de doute, des moments où la démarche semble perdre son sens. C’est dans ces moments, rares mais douloureusement réels que j’ai rencontré mon humilité.

On m’a demandé si je n’avais pas peur. C’est ce qui m’a obligée à lister mes peurs. Mes peurs au cours d’un tel voyage, mes peurs dans la vie, la peur d’une manière générale. C’est une introspection très bénéfique. Comme le sujet d’aujourd’hui ne tourne pas autour de moi, je ne vais pas vous lire la liste de mes peurs. Juste vous dire que je les ai traitées et gérées préalablement et que la seule chose que je pouvais redouter concrètement, c’était de me retrouver groin à groin avec un sanglier. Et je l’ai eu mon sanglier, le mâle apoplexique qui a tourné une nuit entière autour de ma tente. Mais là, on tombe dans l’anecdotique… Je ne risquais pas grand-chose. J’avais imprimé à l’avance trente cartes postales à l’adresse de mon fils aîné. Au recto, la date et l’image de l’itinéraire prévu ce jour-là. Au verso, quelques cases à cocher : météo, physique, moral etc… Timbrées à l’avance. Juste pour que ma tribu ne s’inquiète pas, qu’ils me sachent en vie. Pendant les jours où j’ai croisé la via Podensis, j’y ai fait apposer le tampon crédencial.

À l’époque mon mari (décédé depuis) était très malade. J’avais donc un petit téléphone avec moi, avec un numéro que j’avais pris spécialement pour l’occasion. Je regardais une fois par jour si mon fils aîné m’avait envoyé un message, il avait pour mission de ne le faire qu’en cas de force majeure. Il n’y a pas eu de cas de force majeure. Mon mari était paralysé et j’ai « marché pour lui ». J’ai écrit dans mon carnet : « Je marche pour toi. Ça veut dire quoi ? pas grand-chose. Je ne sais pas. Mais aujourd’hui je marche pour toi, en pleine conscience ».

Sur le plateau de l’Aubrac, j’ai écrit un texte sur le silence, si dense qu’on peut l’écouter. Sur le plateau de l’Aubrac, j’ai assisté, coup de chance, à la messe qui réunit une fois par an les derniers buronniers, ceux qui créchaient dans les burons isolés à la saison du fromage.

A Saint-Chély-d’Aubrac, je me suis retrouvée sur le chemin de Compostelle. L’autoroute. Après la première contrariété, j’ai ressenti un agréable frisson d’humilité en sortant de ce village par le « pont des pèlerins », un étroit pont de pierre. Et je me suis sentie mettre mes pas dans ceux des pèlerins qui ont emprunté ce pont depuis le moyen-âge. Comment dire, ça me soulageait du poids de ce besoin d’être unique, extraordinaire avec mon périple de femme seule sur les routes. Simple pèlerin. C’était délicieux. Il y a eu là des rencontres éphémères et bienveillantes, des gens aux motivations multiples, vraiment multiples, il y a de tout, comme vous pouvez vous en douter. J’en retiens une, parce que je l’ai trouvée marrante, un peu décalée : un couple qui voulait faire un GR, (chemin de grande randonnée) « On s’est dit, tant qu’à faire un GR, autant faire le GR65 ! Eh ben j’vois pas c’qu’on lui trouve à ce GR65, j’en ai vu des plus beaux » Parce que voilà, ce chemin il traverse ce qu’il traverse, et c’est parfois très beau. Mais pas forcément et c’est pas le but premier. C’est pas exactement du tourisme.

Sue ce chemin, un homme à vélo m’a doublé. Il faisait les 1400km de la via Podensis à vélo, en 10 jours. Il était heureux, toutefois il me disait que le vélo était un handicap, parce qu’il fallait prendre soin du matériel. La suite de ma réflexion en marchant a été qu’il m’appartenait de prendre soin de mon corps, de ma forme physique, de mon état de santé, il me fallait être judicieusement prudente.

Je suis restée une semaine sur la Via Podensis, de Saint-Chély-d’Aubrac à Figeac, et c’était bien. Parce que ça m’avait bousculé dans mon idée de voyage héroïque sauvage et solitaire.

À mi-chemin, j’avais le sentiment d’être sur la route depuis toujours et pour toujours. J’étais tour à tour pèlerin, randonneur, sdf, routier… Je me souviens d’un moment en fin d’après-midi, faisant une pause pendant une montée interminable. Assise sur un rocher rugueux, grignotant un gâteau sec accompagné d’une gorgée d’eau, j’ai senti brièvement un désir de vivre toute ma vie de cette manière.

Ma préparation a duré des mois, de janvier à septembre : itinéraire, matos, vêtements, lecture de témoignages, forum de randonneurs, conseils… J’ai tout préparé avec des frissons de bonheur et de saine excitation. J’ai bouclé mon sac avec satisfaction, je me suis dit « Rien de trop, rien ne manque » (Même si j’ai trouvé du superflu au bout de quatre jours, preuve que mon besoin de confort s’était allégé). Peu d’entraînement physique. J’avais décidé que le premier jour de marche servirait d’entraînement pour le deuxième jour, le deuxième pour le troisième, etc… Ce qui me permettait de faire comme ça, c’est que je marchais seule, à mon rythme donc. Je ne risquais pas le claquage à vouloir suivre un groupe plus endurant que moi. Pour les ampoules, je vous donne le truc : deux paires de chaussettes fines l’une sur l’autre plutôt qu’une paire épaisse. Le frottement se fait entre les deux chaussettes ! Pour l’hygiène, je me lavais dans chaque ruisseau, j’ai traversé des rivières à la nage, et tant pis si mon odeur a peut-être une ou deux fois fait fuir les bêtes sauvages.

J’écrivais en marchant. Tous les jours, tout au long de la journée. Le carnet et le stylo suspendus à mon côté, prêts à faire feu. J’ai rempli quatre gros carnets, qui sont revenus de l’aventure chiffonnés, mouillés, tordus, magnifiques donc. Il ne s’agit pas d’un guide touristique, bien sûr. Ni d’un journal. Pas même un carnet de route. J’y ai juste consigné tout ce qui émerge quand on marche seul et en silence, sans verbiage. Des pensées parfois si brutes qu’il me fallait chercher les mots pour les transcrire.

Pas d’appareil photo. C’était un choix. Je voulais graver chaque instant dans mon souvenir, et pas que le visuel. Même s’il y a des paysages époustouflants, des scènes insolites, des couchers de soleil magnifiques, aucune photo ne peut immortaliser à la fois l’image, la sensation de bonheur, le souffle court, le mal au pied, l’odeur de la bruyère et les pensées du moment. Mais surtout, je craignais qu’ensuite les photos prennent le pas sur mes souvenirs et finissent par occulter toutes les petites choses. J’ai vraiment le sentiment que le fait de ne prendre aucune photo m’a permis de garder intact l’ensemble de mon voyage et de mon itinéraire intérieur.

Beaucoup de gens m’ont dit : « Tu as de la chance de pouvoir prendre un mois de vacances. » Oui, et non. C’est pas de la chance, c’est un choix. On peut dire que j’ai la chance d’avoir pu faire ce choix, ou d’avoir une vie dans laquelle ce genre de chose trouve sa place. Mais, au-delà de la « chance », il fallait que je fasse ce choix, que je fasse ce voyage. Il le fallait. A quelqu’un qui me disait que j’avais de la chance de pouvoir prendre un mois de vacances, je me suis entendu répondre qu’on trouve toujours le temps de faire un mois d’hôpital, et que je préférais faire un mois de pèlerinage… vers moi-même. Je ne dis pas que cette réponse est intelligente, ni qu’elle est valable pour tout le monde, mais c’est ce qui était vrai pour moi sur le moment. Il le fallait, il fallait que je me retire en moi-même, ou de moi-même.

Voilà mon expérience. Une expérience parmi d’autres. Une autre manière de partir à la rencontre de soi-même. »

 

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1 Commentaire

  1. daniel

    je marche régulièrement pour le plaisir mais ce que tu as accomplie n’ est vraiment pas comparable
    bravo

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