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Nov 13

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12 decembre 2019 La Parole Les Actes

L’ARES reçoit Monsieur Jean-Claude Guillebaud et Monseigneur Albert Rouet

Sujet de la soirée : la parole et les actes 

Le 12 décembre 2019, l’ARES recevait deux invités, Monsieur Jean-Claude Guillebaud, écrivain, conférencier et grand reporter et Monseigneur Albert Rouet, archevêque émérite, théologien et philosophe, pour un débat sur le thème : la parole et les actes.

Tous deux ne s’étaient jamais rencontrés avant cette soirée mais ils se connaissaient grâce à des échanges de courriers et à leurs écrits, ayant publié chacun une trentaine d’ouvrages.

Monsieur Jean-Claude Guillebaud a ouvert le débat en faisant un point sur ce que représente pour lui la parole. Le premier constat aujourd’hui c’est de reconnaître qu’elle est profanée comme on peut s’en apercevoir sur les réseaux sociaux où l’insulte fuse.

Il constate également qu’elle a perdu de son sens ce qui entraîne une perte de confiance. Chez les dirigeants, par exemple, leurs discours préparés par des communicants se ressemblent tous et leurs messages est « sans vie, sans chair » ce qui entraîne la violence. On peut voir tous les jours combien celle-ci gangrène la société, les entreprises, la politique et la vie quotidienne.

Que dire de la parole d’un dirigeant qui invite un de ses stagiaires à se satisfaire de peu alors que lui-même est dans une situation privilégiée ?

Lorsque la parole est stratégique, elle est souvent imprégnée de mensonge.

Pour Jean-Claude Guillebaud, paroles et actes sont indissociables et il cite Edgar Morin : « quand on ne parle pas comme on vit on se condamne à vivre comme on parle » et il ajoute « nous sommes sauvés non par les malins mais par les belles personnes ».

Ces belles personnes sont pour lui ce professeur qui sait se faire respecter par ses élèves tout simplement parce qu’il croit en ce qu’il dit, c’est-à-dire que sa parole est « habitée ».

Monseigneur Albert Rouet a poursuivi le débat en rappelant qu’en grec et en hébreux, parole et acte se disent de la même façon. Pour lui, l’ARES a choisi un sujet compliqué car il faut savoir que la parole de l’autre est toujours interprétée. Nous interprétons ce que nous entendons à partir de notre vécu, de notre propre histoire et du contexte sachant qu’aujourd’hui dans la relation le désir de plaire compte beaucoup.

Monseigneur Albert Rouet met donc l’accent sur l’importance de l’expression de la personne. « Il y a toujours une traduction car personne ne peut lire dans la tête des autres ». Derrière une parole ou un acte, il peut y avoir un calcul, de l’hypocrisie.

Cette parole double est destructrice de la confiance. On peut se poser les questions suivantes : peut-il y avoir un discours simple, limpide ? sans intérêts contradictoires ?

On sait bien qu’il y a des personnes qui disent vrai mais dont les actes sont faux.

Pour Monseigneur Albert Rouet, humainement cela s’explique car l’homme est divisé, c’est un être fragile mais cette fragilité redonne confiance quand on s’aperçoit que la personne essaie d’unifier sa parole et ses actes. Une personne dans cette démarche nous apparaît vraie et humble même si parfois ses propos et ses actes sont maladroits.

Ces échanges entre les deux invités, ont été nourris par les questions du public sur la véracité, la fiabilité de la parole des institutions, sur le degré de violence aujourd’hui et sur la constatation du fait que l’on n’arrive plus à se parler, pourquoi ?

Monsieur Jean-Claude Guillebaud et Monseigneur Albert Rouet proposent une explication.

Pour Monsieur Jean-Claude Guillebaud, les neurosciences nous donnent des pistes de réflexion en précisant que nous construisons notre mémoire et notre rapport au monde à travers un filtre cognitif. Pourquoi les étrangers et les migrants sont-ils victimes de préjugés ? La réponse serait parce que « notre cerveau fait un tri et n’accepte pas ce qui dérange notre cohérence intérieure ». Il éclaire son propos par une citation de Pierre Claverie « la vraie rencontre ne peut arriver que si j’accepte que l’Autre est porteur d’une vérité qui me manque ».

Quant à la parole des institutions, si l’on prend l’exemple du scandale de la pédophilie, il estime qu’il faut faire la distinction entre l’Église porteuse d’un Message et l’Église comme institution. De son point de vue, l’institution écarte souvent ce qui la gêne.

Pour Monseigneur Albert Rouet, l’institution est un squelette et l’on sait que sans squelette rien ne peut tenir debout. Toutefois, il précise que ceux qui parlent au nom d’une institution sont souvent mus par leur propre peur d’où cette impression de fausseté. L’institution n’est pas une parole, elle a pour rôle d’instituer et si elle ne rend pas libre, elle a perdu son rôle.

Aux questions posées par le public sur le degré actuel de violence et de perte de confiance, Monseigneur Albert Rouet explique que nous sommes passés d’une parole engagée à une parole anonyme. On dit « je » mais en réalité c’est « on » qui est signifié.

La réalité, c’est que beaucoup de personnes disent « je » mais en fait elles expriment le reflet de leur appartenance, de leur position. Elles sont piégées dans un discours déjà constitué ce qui conduit à l’explosion. L’anonymat, trop de « on » dans les discours induit la violence comme toujours plus de mondialisation induit toujours plus de revendications identitaires.

On ne peut dire « je » que par un gros effort pour sortir de l’anonymat, du « on ».

On sait que le pluralisme de la parole est la situation normale d’une société démocratique. L’espérance se trouve donc dans les lieux d’échanges, de dialogues vrais où les personnes travaillent pour prendre le recul nécessaire et dire « je » (comme à l’ARES par exemple).

Monsieur Jean-Claude Guillebaud rejoint ce point de vue en précisant que pour sa part il préfère être optimiste et dire qu’il a l’Espérance car c’est ainsi que l’on peut « jouer un rôle dans l’évolution des choses et du temps ».

Suivre les autres résonne faux et engendre violence et suspicion. Alors, comment réparer le dialogue et la confiance ? Pour lui, le dialogue et la confiance sont toujours là car nécessaires aux échanges, à l’économie et à la vie quotidienne.

Rien n’est perdu et il préfère citer Albert Camus qui dans la phrase suivante porte cette espérance : « La génération précédente était soucieuse de refaire le monde. La suivante essaiera qu’il ne se défasse pas ».

Monseigneur Albert Rouet, termine ce débat en reprenant les thèmes évoqués au cours de la soirée et en proposant quatre séries de mesures comme pistes de solutions.

Oui, il est vrai que tout le monde se plaint. On n’écoute plus les handicapés, les malades, les personnes seules. On est rentré dans un monde administré qui fait appliquer le règlement. La pluralité des langues nécessiterait des traducteurs et des lieux où l’on peut parler, se comprendre et non des lieux artificiels comme les cellules d’écoute qui se multiplient.

Les quatre solutions qui pourraient être proposées sont les suivantes :

– ramener les décisions à l’échelle où les problèmes se posent en responsabilisant les communes, les départements et en réapprenant la démocratie locale ;

– apprendre la vie en communauté dès l’enfance comme cela se fait dans les clubs sportifs sous réserve que ces clubs ne deviennent pas des « usines à champions » ;

– réapprendre la pluralité des langues et trouver la place dans les programmes scolaires pour l’apprentissage du dialogue ;

– redistribuer de façon plus juste les richesses produites.

Pour conclure, Monseigneur Albert Rouet ajoute que les paroles et les actes n’expriment pas tout. L’art et la poésie sont également des moyens d’accéder à la connaissance tout comme la  beauté du monde décrite par Monsieur Jean-Claude Guillebaud dans son dernier ouvrage*.

L’ARES, le 18/12/2019

*« Sauver la beauté du monde »

Excellent  article  de EWANEWS    voir le lien suivant

http://www.ewanews.com/index.php?option=com_content&view=article&id=6125:2019-12-12-16-32-30&catid=5:terrassonnais-societe

 

 

 

Présentation par Henri Delage

 

 

 

La  salle

 

 

 

 

Jean Claude  Guillebaud

Monseigneur   ROUET    à droite

Lien Permanent pour cet article : http://ares-perigord.fr/25-octobre-2019-la-parole-les-actes/

1 Commentaire

  1. Christian Ferret

    SOIREE EXCEPTIONNELLE. Un grand MERCI à toutes celles et ceux qui ont permis la réalisation de cette rencontre et sa diffusion. Les ouvrages de Jean Claude Guillebaud et ceux de Mgr Albert Rouet sont en vente à Cultura à Brive , à la FNAC et sur Amazon (neuf ou occasion)…

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