«

»

Avr 10

Imprimer ceci Article

Avril 2013 – Quelle est ma loi ?

ARES – réunion du 10 avril 2013 à Montignac – avec Mgr Albert ROUET –

 

Quelle est ma Loi ?

Quelle zst ma loi 1

 

Participants : 36

 

 

Mgr  avait déjà participé à la soirée sur la famille (transmission et éducation) et avait été ravi par la liberté de paroles. Son travail ici sera de lancer le débat : plus précisément 2 débats.

 

1/ La Loi dans la société civile (origine du mot)

 

2/ La Loi religieuse

 

 

1 – LA LOI DANS LA SOCIETE CIVILE – origine du mot Loi –

 

Histoire du mot Loi car c’est la meilleure façon de parcourir l’étendue des significations :

 

il faut partir du latin car le droit romain a beaucoup influencé notre pays.

 

Mot latin Lex = Loi. On ne sait pas son origine mais peut-être le verbe Lire (Legere en latin)

 

La loi religieuse (sens premier, le plus ancien) c’était une loi écrite qui était affichée à la porte des temples. Exemple modalités d’entrer… c’est l’origine dans d’autres cultures des 10 commandements.

 

Ce mot finit par désigner des conventions et accords entre particuliers. C’est un sens qui va se développer pour qualifier des décisions prises par l’ASSEMBLEE et les autorités compétentes (époque ancienne de la république pendant l’empire) où les lois étaient décidées par l’assemblée et les responsables du canton (comme en suisse encore actuellement). Ces lois étaient promulguées : on les écrivait.

 

L’écriture de la loi nécessite une Assemblée dotée d’une autorité compétente : elle est discutée, agréée et publiée avec son décret d’application et selon la Loi : nul n’est censé ignorer la Loi.

 

La loi n’est pas d’abord un problème juridique pour les latins. Le droit est juste, passe par des juges qui font justice et appliquent les décrets d’application des lois.

 

Il y a aussi la coutume. On connait le droit coutumier, et la coutume qui fait loi.

 

 

On arrive au 12eme siècle : le mot Loi désigne deux réalités : les règles d’une société (chaque pays a ses propres lois, ses propres règles) mais également les règles d’un métier : les lois du menuisier , les règles de l’art, les lois de l’art, on entre dans la corporation du métier. Ce sont des lois positives car elles ont été décrétées de manière sûre par les autorités compétentes.

 

On a aussi la pensée de la loi naturelle (qui revient beaucoup en ce moment à cause des débats sur la famille). Cette idée n’est pas dans la bible. Elle vient de la philosophie grecque en passant par l’Italie. Il y aurait des lois dans la nature qui aurait des orientations. La loi naturelle sert à créer une morale pour garantir l’ordre social mais le souci est qu’elle est en principe en faveur des puissants, ce qui la dessert particulièrement.

 

 

Au 16e siècle : la loi devient ce qui s’impose par la vie, la maladie…

 

On est donc passé par une loi créée par la société pour en arriver à quelque chose d’anonyme qui s’impose à tous.

 

Au 17eme : l’expression la loi de la guerre (la loi de la victoire) arrive. On découvre en 1677 que la nature a des lois (les étoiles repassent au même endroit, on le savait déjà, mais on remarque que c’est selon des lois immuables) un siècle plus tard on peut appeler loi de la nature les phénomènes naturels que les sciences ont découverts.

 

 

On a retrouvé maintenant le sens premier de la LOI faite par l’assemblée représentative du peuple et promulguée par l’autorité compétente et écrite.

 

En 20 siècles on a parcouru un grand cercle et on en revient un peu à l’origine du mot à quelques nuances près : dans notre pays nous avons un peu plus de 6000 lois en exercice. Tout député rêve d’en créer une supplémentaire. Méditons sur les conséquences. Sur les 6000 lois certaines (plus de 200) n’ont pas de décret d’application et ne sont donc pas appliquées. L’adage « nul n’est censé ignorer la loi » n’est plus possible. Seuls des ordinateurs compétents peuvent chercher dans ces 6000 lois celles qui peuvent vous défendre. De tels ordinateurs coutent cher donc seuls ceux qui en ont les moyens peuvent chercher les lois qui peuvent les défendre. Mais par ailleurs, on ne demande plus au juge de dire ce qu’est la loi mais on leur demande de dire ce qui est BIEN. Le juge est peut-être la dernière institution qui a encore beaucoup de crédit dans l’opinion publique. Trop de lois tuent la loi.

 

L’ensemble des lois fait le DROIT.

Quelle est ma loi

 

 

INTERVENTIONS et DEBAT

 

Intervenant : il y a une des lois non applicables de nos jours et toujours en exercice (plus de 1000) par ex : une loi qui interdit aux femmes de sortir sur la voie publique en pantalon, elles doivent porter des jupes longues !. Il serait question d’abroger les lois non applicables, mais c’est un lourd travail.

 

 


nt : On est conscient qu’il y a trop de lois, mais les gouvernants n’ont pas compris qu’on devrait peut-être faire le ménage dans les lois et qu’il y ait des juristes prévus pour cela. Ils devraient clarifier les choses. Par exemple quand il faut prendre une décision, en mairie, il y a un tel nombre de lois qu’il faut respecter… on se demande « est-ce qu’on a bien fait les choses ? » et on se fait reprendre par la préfecture et la sous-préfecture. On a des barrières quand on veut avancer. C’est de la politique politicienne. A droite comme à gauche n’importe qui est conscient de cela.

 

Int : Il existe une porosité même une osmose entre la loi républicaine des sociétés et la loi religieuse. Ça fait un trait d’union avec que vous disiez Mgr. Le juge doit dire le bien et non la loi. Il y a une dualité avec la morale et les valeurs religieuses. Sans le dire on revient maintenant aux valeurs religieuses. C’est pour ça que les juges sont marqués par ce genre de choses et préfèrent dire le bien plutôt que la Loi.

 

 

Int : à notre époque où il y a beaucoup de communautarisme en France, est-ce que c’est pas un problème qu’il n’y ait qu’une loi unique, contestée par les différentes communautés. Quand on dit quelle est Ma Loi, la loi qui s’impose semble être en train de disparaitre?

 

 

Int : il y a aussi le fait que cette société voit arriver des personnes étrangères ayant d’autres lois et qui tentent de faire modifier la nôtre.

 

 

Mgr :

 

Les remarques faites touchent au fondement de la république. Imaginez ce que pouvait être avant la révolution française la situation. Chaque province avait ses propres coutumes et sa propre législation et quelques lois communes. La révolution avait pour but d’unifier ces différentes lois. La république est UNE et INDIVISIBLE. Ce qui en reste aujourd’hui c’est que devant l’état il y a le citoyen. Il ne doit pas y avoir théoriquement de barrière locale ou autre entre l’état et le citoyen. Remarquons le nombre de statuts ayant des dérogations par rapport à l’impôt. Certains sont même garantis par la loi. On fait donc des lois d’exception. Ces lois d’exception qui se multiplient n’arrangent pas la lisibilité de la loi.

 

Quand Napoléon a exigé le concordat entre la France et le Vatican (1801 applicable le jour de Pâques 1802) le concordat a établi la paix religieuse en France. Ce concordat a été accompagné d’une vingtaine d’articles organiques que Napoléon a imposés de sa propre autorité. Ces articles n’ont jamais été retenus par le concordat. (ex : à chaque office dans une église une chaise doit être réservée au maire de la commune).

 

On ne reconnaissait que quatre religions en France : catholiques, luthériens, religion réformiste d’Alsace Lorraine et le consistoire israélite.

 

En 1905 quand il y a eu rupture du concordat, les articles organiques sont restés donc toujours valables. On a toujours 18 articles du concordat. Le problème des musulmans c’est qu’ils ne sont pas reconnus. Ils peuvent être association loi 1901 mais pas reconnus par la loi. Le défi maintenant c’est de faire reconnaitre le culte musulman de façon nationale. Il faudrait placer les musulmans (*) dans le droit commun : plus ils seront dans le droit commun, moins ils seront tentés d’aller dans le communautarisme car si on n’est pas dans un cadre légal on se regroupe pour exister.

 

(*) Il faudrait donc officialiser le« conseil du culte musulman » unique en France, mais le problème est que chaque pays a une association religieuse en France, et donc pour ce « conseil » chaque association veut le pouvoir , il y a donc de grandes batailles de pouvoir entre les grandes mosquées car le nombre de siège au « conseil » est attribué en fonction de la surface en m² de chaque mosquée.

 

 

Int : il y a d’autres communautés, autres que religieuses, ex le lobby gay LGBT-I (**)

 

Mgr : ce sont peut-être des groupes d’intérêt plutôt que de communautés.

 

(**)LGBT-I signifie Lesbienne Gay Trans Bi et Intersexe : c’est une association qui tend à faire connaître son exisence et donc les droits des personnes qu’elles que soient leur orientation sexuelle et quelles que soient leurs identités sexuelles (2 choses bien différentes) ce groupuscule très riche grâce à ses sponsors (comme P. Bergé, et quête Sida) comporte environ 1200 membres, très actif et bien introduit au gouvernement sur lequel il exerce une pression permanente. Il ne représente pas la majorité des « homos » beaucoup moins extrémistes.

 

 

Int : Il y a peut-être trop de lois, mais il n’y en a pas assez. A propos de tous ces attentats dans tous les coins, tout ce terrorisme… je lis un livre d’un juge qui se sent désarmé en France car il n’y a pas de lois efficaces contre ce terrorisme. Il faut jouer avec ce qu’il y a, il manque les textes adéquats.

 

 

Int : Les juges ne peuvent condamner que si l’acte a été commis. S’il n’y a que présomption et menaces, on peut aller à la gendarmerie, il y aura une main courante, mais on ne peut rien faire. C’est une carence dans toutes ces lois

 

 

Int : C’est pour éviter les abus, car si on condamnait trop tôt… on a supprimé la peine de mort pour protéger d’abus.

 

 

M

2

gr : le contraire serait dangereux, on jugerait sur des intentions.

 

Int : Je reviens sur les lois, par rapport à la révolution française : on a par exemple généralisé le système décimétrique, mais il n’empêche qu’on continue d’utiliser des anciennes mesures, par exemple pour les escargots les huitres, les moules… (souvent à la douzaine et non au poids) et on n’imagine pas tout ce qu’il y a dans une loi.

 

J’ai participé à l’élaboration d’une loi en entier (*). On est partis au départ de 99 articles pour arriver à 101 articles. J’ai assisté à tous les amendements proposés pour la loi. C’est impressionnant la qualité des interlocuteurs en face qui connaissaient certains détails de chaque amendement proposé. On n’imagine pas le travail qu’il faut pour gérer une chose dans son ensemble. On voulait pour avancer supprimer d’anciennes choses et rajouter des nouvelles. Mais ça a été un travail d’un an ! Cette loi a été validée, et ce qui est très important, avec les décrets d’application. Et ce n’est pas parce que la loi a été votée que les décrets d’application vont correspondre à ce qu’a voulu le législateur.

 

(*) il s’agit de la Loi portant statut général des militaires, du 24 mars 2005 qui remplace la Loi du 13 juillet 1972. Le statut général des militaires est une matière législative en vertu de l’article 34 de la Constitution. Cette Loi a été consolidée le 1er juillet 2011, le nombre d’articles étant passé de 101 à 109, et de nombreux articles ayant été abrogés et remplacés.

 

 

Mgr : ce que vous nous dites nous pose une question à nous tous électeurs. Il y a eu un énorme débat sur le statut des élus du peuple. Ils sont élus de la nation. Ils sont élus dans les départements mais ne sont pas les élus du département. C’est fondamental. La première volonté n’était pas de représenter le département. Il fallait créer des lois pour la nation. La loi (on l’a vu) nécessite l’assemblée du peuple. Quand on vote pour quelqu’un, il faut se poser la question de sa capacité législatrice.

 

 

Int : les liens du sang sont-ils plus forts et permettent-ils de contourner la loi ? ex : une famille orientale monte une entreprise, les enfants travaillent au noir pour les parents… a- t’on le droit dans ce cas de contourner la loi ?

 

Int : ça va être à l’inspection du travail de démêler cela, le parent doit être employeur et les enfants salariés y a pas d’autre alternative

 

 

Int : mais quelle est ma loi ? est-ce que la loi des personnes n’est pas la loi de leur désir et ça revient un peu à la loi du plus fort. Pour revenir à la famille de l’exemple ci-dessus, elle vit en autarcie et n’a de comptes à rendre à personne.

 

 

Int : ce groupe là décide qu’il ne fait de mal à personne et ne respecte pas la loi, mais dans ce cas, le groupe d’à côté peut dire qu’il veut garder son argent et le mettre en suisse.

 

Int : mais est-ce que le lien du sang ne peut pas justifier de contourner la loi ?

 

Int : oui, par exemple une famille qui aurait caché un de ses fils pour pas qu’il parte à la guerre.

 

La loi morale ou l’éthique peut passer avant la loi écrite qui peut être dépassée. Les droits personnels ne sont pas toujours écrits. Tout repose sur l’éthique. Il n’y a pas de code à proprement parler. Ça traite de la liberté de l’humain, des droits, et moins des obligations.

 

 

Int : les droits de l’homme devraient être uniformisés mais selon les cultures, ils ne vont pas être interprétés de la même manière. La loi trouve toujours ses limites car elle va se trouver dans certains cas antinomique de ce qu’elle veut faire. Est-ce que ce n’est pas seulement un cadre posé, mais comme tout cadre posé on a la liberté de circuler mais également dont on est quand même prisonniers.

 

 

Mgr : La loi n’a pas été faite pour la police (cité en grec) pour réguler les rapports entre citoyens dans une zone géographique réduite. C’est moins éthique à ce moment là. C’est plus politique au sens de la cité. Si on parle de morale ou d’éthique, on parlera plutôt de droit.

 

 

Int: La constitution française nous donne le droit de défendre nos biens et notre vie. Mais si on le fait, on trinque.

 

En fait cela va dépendre du juge

 

 

Mgr : je trouve extraordinaire ces questions. 3 questions difficiles :

 

1

3

) les limites de la loi : il y a beaucoup de limites à la loi. On repart de l’individualisme. Il a été voulu, le premier article est bien « tous les hommes naissent libres et égaux en droit » mais on a mis un siècle à s’en rendre compte, y en a qui sont plus libres que d’autres parce qu’ils sont plus forts ou riches que d’autres. La loi a été votée et affichée pour résoudre la violence. Toutes les luttes syndicales ont permis de se rendre compte que l’égalité de naissance a besoin d’une justice d’application. Napoléon avait interdit d’employer des enfants de moins de 12 ans. Il y a eu une campagne pour lutter contre le travail des enfants, notamment les enfants qui tissaient les tapis de soie. Cette loi a ruiné toute une vallée. Malgré de bonnes intentions, la Loi peut avoir des conséquences catastrophiques. Par exemple une loi : au bout de 5 ans, toute voiture doit être révisée. Un homme avait un travail à 40km de chez lui, ça coutait 5000 francs pour réviser sa voiture, et ne les ayant pas il a perdu son emploi !

 

Int : mais si une voiture n’a plus de frein elle peut tuer quelqu’un

 

 

Mgr : mais s’il ne peut pas payer il ne faut pas lui enlever sa voiture, il faut trouver moyen de lui faire un prêt… le décret d’application peut être absurde

 

2) la loi du sang et des familles : ça rejoint l’histoire des tapis. Si vous n’introduisez pas une progressivité dans l’effet de la loi, elle n’est pas pédagogique. On entre dans la répression qui n’éduque pas. Je pense qu’une des fonctions de la Loi est d’éduquer.

 

3) la loi de la conscience : on a tous entendu parler d’Antigone : elle a été tuée par son oncle Créon. Elle a deux frères, il y a une révolte contre le roi de Thèbes, l’oncle d’Antigone. Les deux frères sont tués au combat. L’un est pour le roi Créon et a des obsèques magnifiques alors que l’autre était contre et est laissé pourrir. Antigone fait appel à sa loi de sa conscience et veut enterrer son frère, et Créon fait appel à la loi de l’ordre public : si tu l’enterres, ça troublera l’ordre public. Je n’ai pas trouvé d’équilibre entre la loi de la conscience et la loi de l’état. Le problème d’Antigone est de chaque époque. Un état prend des règles publiques, des règles générales. Les règles sont faites par des élus.

 

 

Int : dans l’ancien testament les tables de la loi sont brisées. Alors que dans le nouveau testament il est question d’une loi de l’amour.

 

 

Int : par exemple sur la loi du mariage pour tous, certains maires ont dit qu’ils ne l’appliqueraient pas. On attend le décret, mais un maire peut-il refuse d’appliquer la loi parce qu’il suit la loi de sa conscience.

 

Int : ça rejoint les médecins et infirmières qui refusent de pratiquer des IVG.

 

Int : oui, mais dans la loi il y a une clause de conscience. Ils peuvent refuser de pratiquer un IVG par contre ils doivent orienter vers un confrère.

 

 

Mgr : mais le maire est officier d’état civil donc il doit obéir aux règles de la loi

 

Int : il y avait bien les objecteurs de conscience

 

Int : ce n’est pas reconnu par la loi dans tous les cas, l’objection de conscience.

 

Int : il y avait une loi de l’objection de conscience, mais il est interdit d’en faire publicité

 

Int : mais nul n’étant censé ignorer la loi, elle doit être publique. Le juge doit avoir le code civil sur la table

 

Mgr : ils ont surtout la jurisprudence.

 

Int : les objecteurs de conscience, il y a en a eu partout. Mais maintenant avec l’arrêt de la conscription il n’y en a plus. Pour faire objection de conscience pour éviter le service militaire, il fallait justifier de son objection et faire partie d’une organisation (exemple justice et paix). Et au lieu de donner un an de service militaire l’objecteur a donné deux ans à l’état. Dans le cas de mon petit-fils ça a changé sa vie.

 

 

Int : les lois laissent une grande liberté d’action au juge, et ça peut être la meilleure comme la pire des choses.

 

 

Mgr : c’est vrai dans le clergé et dans le public. Il y aura toujours des gens intelligents et des gens moins, on trouvera toujours des juges qui font intelligemment leur métier et d’autres moins. C’est déjà remarquable que ce soient des gens comme nous (passant par une école et concours, grâce à napoléon) qui faisons cela. Ce ne sont plus des personnes désignées ou nommées.

 

Int : Oui mais de plus en plus la politique entre dans la justice. Ça enlève la pureté que vous voulez voir dans la justice. La justice est de plus en plus sur la sellette à cause de la politique.

 

Mgr : il semblerait qu’un des grands progrès soit l’indépendance de la nomination des juges. C’est la chancellerie qui nomme les juges mais elle est sous le couvert de la politique.

 

Mgr : On passe à l’autre débat ?!

Quelle zst ma loi 1

 

 

2 – LA LOI RELIGIEUSE

 

M

4

gr : Etablissons les bases historiques : tout se passe à peu près dans le désert de Sinaï. A l’époque ce n’était pas le désert. Y avait des mines de cuivre, de fer et de turquoise avec énormément d’ouvriers qui venaient y travailler. Il y avait donc beaucoup de temples. Ces temples avaient des inscriptions sur le portes. On a retrouvé des inscriptions qui étaient à l’origine des dix commandements : « tu ne tueras pas » n’est pas une découverte de la bible. L’ajout fait par la bible c’est d’avoir rattaché « tu ne tueras pas, tu ne prendras pas la femme du voisin » à « il n’y a qu’un seul dieu dont tu ne feras pas d’image » : sur le plan religieux c’est une révolution.

Cette expression « la Loi» ce sont les dix commandements. La première chose que le peuple a fait c’est de faire un veau d’or (un taureau donc la fécondité, et la richesse). On ne peut pas servir dieu et l’argent donc les tables sont fracassées et d’autres sont réécrites. La loi on va la décliner dans d’autres façons et donner des détails mais cet idéal de loi va traverser tout l’ancien testament. En arrivant au nouveau testament avec Jésus.

 

On ne peut pas résumer en disant que l’ancienne loi est une loi de violences et celle du nouveau une loi de l’amour. C’est plutôt une libération d’une loi extérieure. Plusieurs fois vient l’expression « loi de la conscience ». Nous sommes délivrés de la loi. Nous sommes à ce moment-là sous une loi de l’esprit. Nous ne sommes plus sous le « j’y ai droit » mais une loi de générosité, ce qui va donner pour la République Française « liberté égalité fraternité ». Le but de la loi c’est le Christ, la loi arrête d’être un code, pour devenir une personne. C’est donc une loi de liberté. Ça revient 42 fois dans le nouveau testament.

 

On est là devant quelque chose d’extrêmement important. Dans le catholicisme la loi c’est la conscience. La conscience est formée, ne doit pas être idiote. Il n’y a aucune autorité au dessus de votre propre conscience pas même celle du pape. Le rôle de l’évêque n’est pas de dire ce qu’il faut faire mais d’en appeler à votre conscience.

 

 

Int : j’aurais voulu qu’on aborde le sujet de la conscience de l’Eglise. Par rapport aux prêtres fautifs qui au lieu d’être mis de côté pour qu’ils cessent leurs méfaits, soient punis. Ils ont été seulement changés de paroisse pour étouffer l’affaire. Comment l’Eglise se place-t-elle vis-à-vis de cela ? Comment réagir quand on m’agresse en tant que catholique sur ce sujet ?

 

 

Mgr : il y a 60 ans l’Eglise agissait comme les autres institutions. Dans le village où j’étais l’instituteur a eu ce genre de problème, il a été muté dans une autre commune. Autrement dit, sans rien excuser (la pédophilie est quelque chose de terrible), toute institution réagit de la même façon en déplaçant le fautif pour étouffer l’affaire. Ces pratiques touchent toujours (qu’il s’agisse de curé, d’instituteur, de moniteur de sport, de père de famille) le pouvoir. Il faut deux choses pour la pédophilie : le pouvoir et la perversion. Toutes les histoires qu’on a vues quel que soit le lieu, c’est toujours dans un lieu de pouvoir. La vraie riposte, c’est contrôler l’exercice du pouvoir et réduire le secret. Mais pas seulement dans l’Eglise. Il y a un troisième problème auquel on en pense pas : c’est dénoncer qui est victime qui est coupable. Le jugement à lui tout seul ne suffit pas à rétablir qui est quelqu’un. Il y a une reconstruction de la victime qui est indispensable. Si on veut reconstruire la victime, il faut payer ce dont elle a besoin, mais les complications financières compliquent l’aide plus que de besoin.

 

 

Int  : j’ai constaté qu’il y a un déchainement sur les prêtres ou instituteurs car ils sont extérieurs à la famille, mais quand il s’agit de l’intérieur de la famille on essaie de préserver : par exemple si la victime parle et que donc le père va en prison il n’y aura plus de revenus financiers pour la famille. Dans notre conscience de chrétien, on doit parler, pour aider.

 

 

Mgr : quand j’étais à Paris j’ai eu ce type de problème. J’accorderais beaucoup de crédit au comportement des petits enfants de 6 ans et en dessous, mais je reste prudent pour des enfants plus âgés, il y a eu trop d’exemples de fausse déclaration. Auparavant, la pédophilie n’était pas pointée du doigt. Mais maintenant dans une société permissive c’est presque devenu le seul péché. Maintenant la loi doit voir le changement de mentalité et gérer cela.

 

 

Int : le problème c’est que la loi définit par l’âge à 18 ans qu’on est adulte. Donc par exemple si on a un rapport avec un enfant de 17 ans et demi c’est de la pédophilie et juste après quand il a 18 ans ce n’en est pas.

 

 

Int : dans une histoire de pédophilie : le père abuse de sa fille. Averti par la voisine, le père et la mère sont saisis. Le père fait 2 mois de prison et est libéré pour vice de forme au lieu de faire 3 ans de prison. Où est la justice ?

 

Int : il y a un problème dans la justice entre les riches et les pauvres. Pas forcément les pauvres qui manquent d’argent mais ceux qui n’ont pas les moyens de chercher le bon avocat.

 

 

Int : on peut revenir à la conscience et à la Loi ? Dans une attitude chrétienne, quand il y a conflit entre les deux (par exemple en cas d’euthanasie) quelle est l’attitude à adopter par rapport à la foi personnelle et la loi

 

 

M

5

gr : c’est un problème sur lequel les penseurs du moyen âge ont énormément réfléchi. Pour donner priorité à la conscience sur la loi civile, la loi générale, ils ont indiqué trois critères : ils se sont posé le problème et ont essayé de le cadrer : 1/ connaissance : suis-je bien informé des conditions et de l’environnement du cas ? 2/ est-ce que j’ai envisagé toutes les solutions ou l’absence de solutions ? 3/ est-ce que le résultat ne sera pas pire en obéissant à ma conscience et pas à la loi ? Ce sont donc des critères de conscience et non d’ordre moral. Si on répond « oui » aux trois questions, alors la conscience est l’arbitre suprême. Malgré toute la science des médecins, la médecine reste un art d’appréciation, d’approche humaine et de jugement humain. C’est précisément parce que c’est un art et que ça reste humain qu’il peut y avoir des problèmes de conscience. Imaginez une morale qui prévoit tout, ce serait l’immoralité suprême car il n’y aurait plus de choix de conscience. Tant qu’il y a de l’humain il y a l’indécis, il y a ombre et lumière, il y a un choix. On peut donner un exemple clair où beaucoup d’ecclésiastiques se trompent : l’interdiction de la conception assistée par le Pape  Paul VI : il était question dans l’article de différencier «  mari et femme » ou « avec donneur ». Quand c’est au sein du couple c’est illicite et quand c’est hors du couple c’est interdit. Illicite veut dire que ce n’est pas la manière habituelle et naturelle de procéder, mais illicite ne veut pas dire interdit. On fait dire à l’Eglise des choses qui la font paraître plus dure qu’elle n’est.

 

Int : comme dans le cas lors des prêtres jureurs et des réfractaires, lors du concordat.

 

 

Mgr : il faut rappeler quelques détails historiques : on prêtait serment au Roi (Roi de droit divin) Le Pape Pie VI avait autorisé le concordat avec l’Autriche mais a mis un an à prendre sa décision pour la France, l’Autriche et n’avait pas autorisé la France, et c’est pendant ce laps de temps que les prêtres jureurs ont signé le concordat.

 

 

Rappel historique :

 

Le 29 mars 1790, le pape Pie VI tient un consistoire secret, au cours duquel il dénonce particulièrement la sécularisation des biens ecclésiastiques et la suppression des vœux de religion. La Constitution civile du clergé est un décret adopté en France par l’Assemblée nationale constituante le 12 juillet 1790. Sanctionnée par Louis XVI le 24 août 1790, elle devient la loi des 12 juillet. Elle réorganise le clergé séculier français, et provoque la division de celui-ci en clergé constitutionnel (qui va jurer) et clergé réfractaire.

 

Le serment était le suivant : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse (ou du diocèse) qui m’est confiée, d’être fidèle à la nation, à la loi, au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le Roi. »

 

Ceux qui ne le prêteront pas serment seront réputés avoir renoncé à leur office et il sera pourvu à leur remplacement

 

Elle sera condamnée par le pape Pie VI et abrogée par le Concordat de 1801.

 

 

Nous nous quittons par la lecture par Monseigneur, d’un texte issu du nouveau testament qui touche à la loi de la conscience, l’ Evangile de Luc chapitre 12 :

 

 

54Jésus disait encore à la foule foules : “Quand vous voyez un nuage monter au couchant,vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir et c’est ce qui arrive ! 55 Et quand le vent du sud se lève, vous dites : ‘Il fera chaud ! et c’est ce qui arrive. 56 Esprits faux ! l’aspect de la terre et du ciel, vous savez le juger ; mais le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger ?

 

57 Seriez-vous incapables de juger par vous-mêmes ce qui est juste ?

 

 

 

 

Compte rendu réalisé par Aël JACQUEL et Irène BADINI avec l’appui de Christian FERRET et Henri DELAGE

 

Lien Permanent pour cet article : http://ares-perigord.fr/avril-2013-quelle-est-ma-loi/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>