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Avr 16

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Avril 2015 – Médias et liberté

 Invité : Denis Tillinac (écrivain, journaliste, polémiste…)

Présentation de D.Tillinac

MEDIAS ET LIBERTES

 

 

Au centre socioculturel du Lardin le 16 Avril 2015; 100 participants (environ)

 

 

Denis Tillinac retrace son parcours professionnel. Il a occupé toutes les fonctions du journalisme : localier à « La Dépêche du Midi », éditorialiste, chroniqueur…dans différents journaux régionaux ou nationaux. Il a aussi une très large expérience des différents médias, radio, télévision, presse… à l’exception d’internet ! Pour Denis Tillinac le journalisme a été une activité nécessaire pour atteindre sa vocation véritable : être écrivain. Il donne son expérience et son point de vue personnel et subjectif.

 

Les journaux sont tous, depuis 2007, financièrement déficitaires (à l’exception notable de « Valeurs Actuelles » qui profite du fait d’être dans l’opposition frontale au gouvernement). Cela correspond à la diffusion d’internet ; mais la presse s’adapte et chaque titre a maintenant son portail internet.

 

La liberté de la presse apparait, en France, à la suite de la Révolution de 1848. Ensuite, sous Napoléon III, elle s’affirme progressivement : censurée durement puis plus mollement avec des emprisonnements et amendes puis des peines plus symboliques : l’exil de Victor Hugo à Jersey en est l’épisode le plus célèbre. La liberté de la presse est totale avec la IIIème République, après 1870, ce qui est un grand acquis. La presse constitue depuis lors un quatrième pouvoir.

Les Français, ce qui étonne les autres pays, sont très « politiques » mais très peu lecteurs de presse (dix fois moins que dans certains pays !!!)

Tout journal a son histoire et sa « ligne éditoriale » qui représente une famille politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite, avec toutes les nuances existantes.

 

La presse façonne-t-elle ou reflète-t-elle l’opinion publique ? La réponse est ambiguë et les faits contradictoires. Par exemple à la veille de la dernière élection présidentielle un sondage, chez les étudiants des écoles de journalisme, attribuait 0% à N. Sarkozy et 0% à M Le Pen. Tous les élèves journalistes votaient pour F. Hollande, J.L. Mélenchon ou E. Joly. Actuellement le modèle unanime des jeunes journalistes est « Canal Plus » après avoir été « Libération » et auparavant « Le Monde ».

Mais « preuve par le FN (quoi que l’on en pense) ; plus il est décrié par la presse plus il monte ; il y a même peut être un effet contraire à celui recherché »

Cela après l’élection de F. Mitterrand alors que la presse préférait M. Rocard, celle de J. Chirac alors que le favori des médias était E. Balladur.

Une seule explication est possible : les électeurs ne suivent pas les recommandations de la presse, n’aiment pas être orientés par quiconque. Les médias sont plutôt « les reflets de l’air du temps ».

 

Les médias sont plutôt structurants « d’un espace mental ». « Ce n’est pas vrai que l’opinion française est façonnée directement par les médias. Mais, plus que le politique, la presse façonne un univers mental, une culture, une parole flottante ; et c’est plus grave ». Surtout depuis l’avènement des écrans (tv, internet, jeux vidéo), par l’omniprésence et la répétition des images, par la forme de leur message, les médias ont un redoutable pouvoir. Jouant sur l’émotion plus que sur la raison, sur l’immédiat, la vitesse, leur but est de formater « des consommateurs, sans réflexion propre » en excitant les désirs matérialistes :l’injonction est « le bonheur c’est d’avoir toujours plus ! ».

La forme des émissions (« les couleurs criardes, la vulgarité ricanante, le bruit perpétuel, toujours plus de transgressions… », « les jeux avec compétition, élimination, argent, humiliations… »), contribue à former « des petits fauves, égocentriques, prédateurs sexuels, avides et méprisant l’autre ». « C’est plus les jeux qui forment la culture ambiante que les journalistes politiques ».

 

La presse, les médias et la politique ont des relations intimes, et souvent amicales, parfois dans un jeu théâtral. Fréquentant « quatre ou cinq cantines parisiennes », journalistes, politiques, éditeurs et quelques grands patrons forment un petit monde, « une caste ». Chacun connait son rôle et est bien éloigné des préoccupations du citoyen ordinaire !

« Après la présidence Chirac les politiques ont pris des postures de journalistes. Commentant l’actualité en direct, l’obsession est d’occuper les écrans et de réagir le premier, le plus vite possible». La politique menée est en fait dépendante de l’immédiate actualité. Ce sont les « communicants » qui orientent les choix : si on parle de tel sujet, si on est vu au J.T. cela rapporte tel pourcentage dans les sondages… On est très loin de réflexions ou de convictions ! « Je ne crois pas un mot de ce qui se dit dans les médias ! »

« Le poids des politiques est nul dans le système médiatique depuis internet ». « Actuellement ils réagissent très vite, jouent sur l’émotion. Mais l’émotion ne dure pas. C’est un système qui risque de fatiguer et d’user l’opinion. Il faut parfois être rare ».

 

L’Education Nationale n’est elle pas là pour éduquer les futurs consommateurs de médias ? La question est posée par une participante. « Il y a une perte de la verticalité ». Le savoir classique est dévalorisé avec la perte du sacré, de l’autorité parentale, la discipline collective… « C’est d’abord dans les familles que s’acquièrent les capacités de discernement, les bases ».

« Le modèle des hussards noirs de la République, de Jules Ferry, est terminé depuis les années 60. Ils ont rempli leur mission qui était d’alphabétiser la jeunesse française dans un contexte de patriotisme. Cela est très bien. Mais l’histoire avance et on ne peut recommencer. Il faut un nouveau modèle adapté au monde tel qu’il est ». D. Tillinac cite Mao Tsé Toung : « On ne se baigne jamais dans la même eau du fleuve » en reprenant Héraclite.

Contrairement à l’éducation, « les médias ne sont pas faits pour réfléchir. Ils fonctionnent sur un mode binaire, sans nuance : bien/pas bien, j’aime/je n’aime pas… Il n’y a pas de place pour la réflexion, la nuance ». « L’école est elle faite pour former des citoyens libres, éclairés, conscients et responsables ».

« C’était la grande intuition et ambition de Malraux : faire de la télévision un grand outil d’éducation populaire. On s’en éloigne beaucoup, c’est raté ».

 

Charlie Hebdo. « Je l’ai écrit dans Valeurs Actuelles, je ne suis pas Charlie. Je n’aime pas leur vulgarité, leur obscénité, la laideur de leur graphisme… ». « Les journalistes sont irresponsables, c’est la seule profession ayant ce privilège ». « Si un autre journal, par exemple Minute que je n’apprécie pas plus, avait été attaqué qu’auraient dit les journalistes ; je suis Minute ? ». Se pose la question de la responsabilité des médias : Charlie savait bien qu’un milliard de musulmans étaient choqués par les caricatures de Mahomet. Il y a eu les assassinats ignobles et monstrueux des journalistes qui avaient pris risque de la provocation, mais aussi les assassinats collatéraux (policiers, passants, juifs…). Il ne faut pas oublier les centaines de personnes, en Afrique et Asie, qui ont été assassinées à cause des caricatures et l’incendie de nombreuses églises.

Pour la presse « la liberté ne va pas sans une responsabilité que l’on doit mesurer ».

« Moi, je n’attaquerai personne sur sa religion quelle qu’elle soit. La religion c’est le plus intime des intimes de l’homme ».

Une participante soutient, que comme des millions de personnes, elle a défilé le 12 Janvier, choquée par l’attaque criminelle. « Je ne suis pas Charlie. Mais je veux vivre librement, dire et dessiner ce que je veux, sans censure venant d’où que ce soit. C’est un droit et j’y tiens ».

 

Des signes d’espoir. D. Tillinac voit, dans l’émergence de nouveaux médias (Médiapart, Causeur…), dans des manifestations spontanées (La Manif Pour Tous), dans les libertés que prennent des écrivains… des raisons d’espérer la sortie d’un carcan de conformisme de pensée.

« La création d’écoles libres, confessionnelles ou non, est aussi un avenir »

« Quand j’ai débuté, mon modèle c’étaient les grands journalistes enquêteurs écrivains de terrain : Albert Londres, Joseph Kessel… ». Cette tradition peut renaitre… même dans un monde sans zone blanche inexplorée, dans la dénonciation de scandales, dans des enquêtes sensibles (ex Médiapart)

 

 

Droits et devoirs des journalistes. Comment se fait il que des journalistes, américains, se permettent de divulguer des éléments de l’enquête sur le crash dans les Alpes, avant que le juge en ait connaissance ? de même pendant la prise d’otages (Charlie) avec le risque de rendre plus périlleux le travail des forces de l’ordre ? « Moi, personnellement jamais je ne m’immiscerai dans les affaires d’un pays ou trahirai un ami. Peut être si je connaissais un projet d’attentat ou de meurtre ? C’est comme le secret du confessionnal… »

Les rapports de la presse et de la justice ? « L’affaire DSK à Lille : tout le monde savait bien qu’il n’était pas proxénète ! » Mais cela alimentait les médias et un juge non insensible aux désirs de sa hiérarchie a lancé cette accusation. Médias, pouvoir et certains juges peuvent avoir des intérêts communs !

Si la presse est déficitaire comment vit-elle ? « Ce sont vos impôts. Toute la presse est largement subventionnée ». De plus la presse appartient à de grands groupes financiers : les banquiers Niel, Pigasse et Bergé pour « Le Monde », S. Dassault pour « Le Figaro », P. Fabre pour « Valeurs Actuelles », les hommes d’affaires P. Drahi, B. Ledous et Rothschild pour « Libération »…

 

Nombreuses questions de l’assistance.

Pourquoi manifeste t on pour la liberté de parole (Charlie) et censure t on Dieudonné ? « Vous avez raison. Je ne suis pas un adepte de Dieudonné mais il y a deux mesures pour juger des opinions ». « Je ne crois pas en la neutralité totale, à l’objectivité entière, mais au mieux à une distance pour essayer de nuancer ».

A l’heure où ferment de nombreuses usines pourquoi écrire sur des sujets futiles, loin des préoccupations des travailleurs ?

Ne pourrait-on pas arriver à un pragmatisme de la presse, acceptant ce qu’il y a de bon dans le camp opposé ?

Que penser vous de l’idéologie du modernisme ? « L’idéologie du modernisme c’est penser que c’est bien parce que c’est nouveau. On ne se pose pas la question. Par exemple qu’est ce qui est mieux : aller en Amérique en 8 jours, à l’ancienne, en paquebot avec une jolie et agréable femme ou très vite en avion avec une femme politique revêche ? Je vous pose la question ». « La vitesse pour la vitesse, l’obsession d’être moderne, c’est aussi les médias… »

 

Hélas de nombreuses questions sur ces sujets passionnés ne peuvent être posées, l’heure de conclure étant dépassée. Denis Tillinac est chaleureusement remercié pour son aimable présence et sa disponibilité.

 

REFLEXION APRES LA  SEANCE:

Si les médias sont tels qu’ils sont, n’est ce pas aussi notre responsabilité ? C’est nous qui en les consultant les validons et les encourageons !

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