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Juin 19

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« Cette pandémie… »

Compte-rendu de la rencontre-débat du 18 juin 2021

30 personnes étaient présentes.

Henri Delage, Françoise Gy Gauthier, Liberto Iguacel et Gilbert Vigeant ont animé la séance.
Secrétaire de séance : Chouski MARICHAL

Quels espoirs ? Cessons de désespérer et de déprimer.

77ème rencontre de l’ARES.

« L’ARES, c’est écouter la parole de l’autre avec suffisamment d’attention et de bienveillance jusqu’à être capable de changer d’avis. »

Le Dr Gilbert Vigeant

Médecin à la retraite et membre de l’association Saint Vincent de Paul, avec le président du Point Chaud, quelques bénévoles créent l’association La Bonne Soupe au moment où les Restos du Cœur cessent de fournir des repas chaud en novembre 2015. Le but est de faire à manger aux « gens de la rue » 

Après de multiples recherches, l’évêché a prêté un local situé rue Lamartine dans lequel nous avons aménagé une cuisine professionnelle ainsi qu’une salle à manger pouvant recevoir 35 personnes. Au début les conditions d’hygiène étaient discutables, mais le but était de rapidement être en mesure de pouvoir fournir des repas chaud et équilibrés à midi 3 jours par semaine.

L’association La Bonne Soupe travaille en partenariat avec Maison 24. https://www.lamaison24.net/ et se partage les jours de la semaine.

Les consignes sanitaires liées à la pandémie ont provoqué la fermeture du restaurant en mars 2019 et nous avons distribué des paniers-repas contenant un plat chaud, en extérieur. Notre public a beaucoup changé, ce n’était plus les « clochards barbus ». Nous avons vu arriver une nouvelle population : des jeunes de 18 à 30 ans, des jeunes mamans avec enfants, des familles, des émigrés, des femmes divorcées, des retraités hommes. De 35 repas nous sommes passés à 60/70 en moyenne. Nous sommes allés jusqu’à 95 repas ! De 3 repas par semaine nous sommes passés à 5 repas par semaine à la demande de la DDSPP et nous avons assuré des repas pendant les confinements et tout l’été

Nous ne fournissons pas de repas le soir car, du fait d’addictions diverses, ce public est parfois difficilement gérable l’après-midi et dans la soirée. En 2020 nous avons servi au total : 11500 repas. Il n’y a pas de condition à remplir pour bénéficier de ces repas.

Nous avons l’appui des services de la Préfecture pour le financement des repas. Nous avons aussi bénéficié de dons importants pour financer notre matériel. Mme la Préfète en 2018 a beaucoup apprécié notre cuisine

Les bénévoles ne sont pas recrutés parmi les bénéficiaires car c’est une population très difficile à gérer, désociabilisée, avec souvent des problèmes psychiatriques lourds. Ce qui justifie le passage des infirmières de secteur psychiatrique plusieurs fois par semaine. Nous avons essayé de les embaucher : ils viennent 2 fois, puis on ne les voit plus.

Nous avons été les seuls à Périgueux à servir régulièrement des repas pendant les confinements et de ce fait, nous avons eu les félicitations du préfet qui a su reconnaître notre travail.

La banque alimentaire (https://www.banquealimentaire.org/ ) nous vend la marchandise à 0,25€ le kilo. Nous avons d’une convention avec l’hôpital de Périgueux qui nous fournit les plats excédentaires avec lesquels nos cuisinières font des miracles. Nous avons aussi un accord avec un boulanger du centre-ville qui nous donne ses invendus. Souvent en vrac dans un carton. Il peut ainsi déduire des pertes sur ses comptes de fin d’année…mais cette marchandise est souvent inexploitable !

Dans cette population de la rue il n’y a heureusement pas eu de cas de covid. Aucun malade dans cette population qui pourtant ne respecte ni les gestes barrières ni les consignes gouvernementales. En revanche, il y a des conséquences socio-économiques : il y a eu une aggravation de l’isolement des personnes vulnérables. Les conditions économiques se sont aggravées, les petits boulots ont disparu…et de ce fait nous avons vu les profils de nos bénéficiaires changer.

Nous avons vu aussi intervenir d’autres associations qui ont assuré des distributions de repas dans la rue : les Maraudeuses, le Secours Populaire qui dans les quartiers avec un camion a distribué des légumes et des conserves.

Dans le cadre de Saint Vincent de Paul, nous avons le projet de mettre en place une cellule d’aide et d’écoute quelques heures par semaine et d’essayer par l’intermédiaire des infirmiers libéraux et des facteurs de repérer pour les aider des personnes totalement isolées.

Il est à craindre qu’une des conséquences de cette pandémie soit la disparition d’un certain nombre d’associations ; leurs bénévoles ayant un certain âge, ils ne reprendront peut-être pas du service quand nous serons revenus à une certaine normalité. »

Liberto Iguacel

Président depuis 1997 des Restaurants du Cœur de Dordogne et de Terrasson.

« Il y a 29 centres en Dordogne. Un atelier de chantier d’insertion : maraîchage, jardinage.

Sur Terrasson il y a 35 bénévoles. Notre public, ce sont « les gens de la rue ». Les « gens de la rue, ce ne sont pas que les gens qui dorment dans la rue, ce sont aussi toutes ces personnes qui se trouvent dans une extrême précarité au niveau entre autres de leur loyer, eau, gaz, électricité, et alimentaire.

Autrefois, les Restos du cœur n’étaient ouverts qu’en hiver. Maintenant ils sont ouverts toute l’année

Nous avons un bus place du 8 mai 1945 : les gens dînent dans le bus. On leur fournit un repas chaud.

Nous avons ensuite cherché et trouvé un local de 1000m². Des travaux d’aménagement ont été effectués afin de rendre le lieu accueillant et convivial : lumière, chauffage. Nous fournissons un repas chaud le soir préparé par nos cuisiniers, une ambiance, de la chaleur. Nous avons servi jusqu’à 90 repas. (Nous avons un barème sur présentation des originaux des justificatifs. Le « reste à vivre » doit être inférieur à 500€)

Sur le canton élargi de Terrasson nous avons 140 familles. Cela représente 400 personnes et  3000 repas par semaine.

Nous avions même un animateur, Maurice, qui anime les soirées. Ça a duré 2 ans et demi.

Ça a dû s’arrêter car il est difficile de trouver des bénévoles. Notre public est un public difficile. Les » gens de la rue » sont des personnes qui ont d’autres problèmes que juste trouver à manger. Nous avons dû arrêter.

Trouver des aides financières n’est pas le plus difficile. Une fois qu’on a décidé, on trouve les moyens.

La mairie de Terrasson nous a fourni un terrain. Au départ c’était pour produire des pommes de terre. Nous avons nettoyé ce terrain qui était une décharge sauvage et maintenant nous produisons toutes sortes de légumes ! 9 tonnes en 2020 et nous comptons battre ce record en 2021 : 10 ou 11 tonnes. Produire en masse des légumes pour les plus démunis.

Au départ, nous n’avions pas d’outils. La mairie du Lardin a permis l’achat d’un motoculteur et nous a acheté une partie de notre production. Ce jardin est cultivé par des bénévoles, qui ne sont généralement pas des bénéficiaires. « Le social par le travail »

Le conseil départemental est prêt à aider et soutenir : quand nous avons eu besoin d’un nouveau motoculteur, la réponse a été oui.

Nos jardins fournissent les produits disponibles pour tous, il n’y a pas de barème d’entrée. Les bénéficiaires peuvent devenir bénévoles.

Nous avons 6 bénévoles au jardin :  un retraité chasse les taupes, c’est notre « taupier ».

Nous avons 5 bénévoles bénéficiaires SDF qu’on loge ici ou là. Moyenne d’âge 55 ans.

Certains ont un caractère compliqué, ce n’est pas forcément lié à l’alcool.

Il y en a un dont on peut dire que le jardin lui a sauvé la vie. Cet homme de 53 ans avait une addiction à l’alcool, plus le plus de dents, plus de permis. Le jardin l’a sauvé

« Maison 24 » a été créé par un moine bouddhiste. C’est une association dynamique qui compte beaucoup de bénévoles.

Certains pourraient bénéficier de nos structures mais ne se présentent pas, pour diverses raisons. Ceux qui n’ont pas de voiture peuvent être livrés par d’autres bénéficiaires qui ont une voiture. Des camions peuvent livrer, mais c’est cher.

Je compte passer la main. Je vais être remplacé car j’ai un nouveau projet qui a vu le jour en juin 2021 : une ressourcerie. Recyclage et réparation d’électroménager, formation informatique, prêt de véhicule…

Paradoxalement, cette pandémie me donne de l’espoir : des subsides sont distribués, quelque chose s’équilibre, ma population a de l’espoir. La difficulté liée à la pandémie pour eux est plus l’accès au vaccin par exemple… En général nous pensons que nous avons là une opportunité historique de redresser les choses, de les rééquilibrer. Au niveau de la précarité ça n’est pas mieux mais ça n’est pas pire. Dès le premier confinement, j’ai ressenti une forme d’espoir car cette pandémie concerne tout le monde, de la même façon, au même niveau, indépendamment des catégories socio-professionnelles.

A Périgueux, à Terrasson, on voit arriver des retraités qui s’investissent dans le bénévolat. Ils n’étaient pas bénévoles avant.  « Les jeunes d’aujourd’hui sont les vieux de demain »

L’isolement a surtout été créé par une certaine peur : nous avons dû appliquer des protocoles qui ont fait peur aux gens. Alors que notre salle a été créée pour proposer de la convivialité, nous étions obligés de servir dehors. Nous donnons un sac avec un repas complet et il n’y a plus cette convivialité essentielle. Il n’y a plus d’échange, juste une distribution. Les bénéficiaires ne trouvaient plus ce qu’ils étaient venus chercher, alors ils ont cessé de venir. Nous avons aussi perdu des bénévoles. Avec l’allègement des protocoles sanitaires, ça commence à revenir, lentement. Il est urgent de revenir à une situation normale.

Le premier confinement était contraignant. La population était sous le choc. Cela nous a incité à prendre constater nos limites, à revenir à des choses simples, à prendre conscience que nous dépendons les uns des autres. Le deuxième confinement était moins contraignant et beaucoup de personnes l’ont vécu avec une certaine liberté. »

 

Le Dr Vigeant et Liberto Iguacel ont tous deux exprimé que leur investissement et leurs actions les rendaient heureux.

Interventions du public :

Le premier confinement a été l’occasion de beaucoup d’entraide entre voisin. Plus qu’au deuxième confinement. Dans les villages il y a moins de proximité. Le masque gêne la lecture des réactions, on voit moins de gens et les relations sociales se sont appauvries.

Certaines associations vont avoir du mal à se remettre de cette coupure sociale on craint qu’il n’y ait pas de relève. (C’est la raison pour laquelle l’ARES a tenu à faire cette réunion d’aujourd’hui pour maintenir ce lien)

Pour les personnes âgées c’est dur. Le club de gym par exemple, est fermé.

Il y a changement de schéma donc on va voir les choses autrement. Ça va prendre des formes nouvelles.

Il y a l’espoir que plein de jeunes soient prêts à s’investir

Le lien entre l’individu et le collectif se perd : autrefois c’était un devoir d’aller vers le milieu associatif. Il y avait là un élément fondamental du lien social.

 

Quel espoir ?

La solidarité.

Ce n’est pas un vain mot.

La situation est difficile. Avec cette pandémie on n’a pas d’autre choix que d’avoir de l’espoir.

Il faut aller de nouveau frapper aux portes les besoins les élus ont besoin qu’on aille les trouver pour leur proposer action, aide et solutions

Maître-mot : SOLIDARITÉ

-la solidarité individuelle

– la solidarité des associations

– la solidarité de la société

Ce n’est pas la peine d’aller très loin, il faut aider les voisins. Hélas, l’amour-propre fait que ce n’est pas facile d’accepter d’être aidé ! La pandémie nous a mis le nez dans le mur, nous avons découvert nos limites.

Il n’est pas possible de sortir de cette pandémie sans avoir compris que nous avons besoin les uns des autres et qu’on ne peut pas s’en sortir tout seul. Il est pas possible de vivre sans interaction sociale.

Ce n’est pas une solution de trouver des boucs émissaires : il faut individuellement se retrousser les manches.

On prend conscience que l’égocentrisme nous mène droit dans le mur

La liste des effets négatifs de cette pandémie est facile a établir, mais parmi les effets positifs de cette pandémie, on pense aux couturières pour les masques, le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) a remis à jour la liste des personnes a visiter en cas de canicule, certains ont pendant le confinement établi une relation avec des voisins isolés ou désemparés, d’autres se sont mis au tricot, à la couture, ou la cuisine, certaines familles ont été réunies pendant le confinement…

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères,

sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

Martin Luther-King

Lien Permanent pour cet article : http://ares-perigord.fr/cette-pandemie/

2 Commentaires

  1. Laurent

    Ce n’est pas l’accumulation de biens, d’objets, de gloire… qui rend heureux. Dr Vigean et Liberto Iguacel témoignent du bonheur qu’ils ont à être en relation et aider des démunis. Et quand, en plus, il y a des résultats positifs, alors la solidarité rend très heureux ( toujours d’après eux..).
    Très beaux témoignages de très belles personnes.

  2. Daniel Sourny

    Je regrette bien de n’avoir pas put venir car le sujet était fort intéressant

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