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Jan 25

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Janvier 2018 Manger quoi?comment?avec qui?

Bersac le 24/01/2018
MANGER : quoi ? comment ? avec qui ?

Care : « tout geste de la vie est éthique ou pas »

Manger, nécessité physiologique, indispensable à la vie est bien sûr une constante, dans le temps et l’espace, de l’humain. Cette activité, dans ses formes, sa représentation, son contenu se transforme de manière accélérée chez nous. Manger, est aussi une activité sociale sujette à de grandes variations selon la culture et la géographie.

Avoir assez à manger ?
En France : bien sûr on ne meurt pas de faim en France. Cependant des personnes ont un manque quantitatif de nourriture : sans emploi, famille monoparentale (souvent femme), personnes âgées, immigrés, « travailleurs pauvres » surtout dans les villes… A noter l’augmentation de certaines catégories : familles monoparentales et personnes âgées.
Il peut s’agir d’insuffisance de ressources mais aussi, souvent, d’une inversion des priorités : l’achat de tabac, par exemple, ou les différents frais de moyens de communication (écrans, téléphone…)
Des organismes publics ou associations de bénévoles luttent contre ces carences : « banque alimentaire », « restos du cœur », « secours catholique », « croix rouge »… Tous n’en bénéficient pas par pudeur ou honte de faire partie des « assistés ».
Il est noté que cette organisation, publique ou institutionnelle, est venue se substituer à la solidarité des communautés naturelles (famille, voisinage…) d’antan.
A coté du manque quantitatif de nourriture, la « malbouffe » s’est répandue : le gras, le sucre, apportent beaucoup de calories, peu onéreuses, mais induisent l’obésité et ses conséquences : diabète, maladies cardiovasculaires…
Dans le monde : 795 000 000 de personnes en 2015 (815 000 000 en 2016) souffrent de faim dans le monde. Dans les pays en voie de développement 12,9% est dans ce cas (25% de la population subsaharienne).
Concernant les enfants : 3 100 000 enfants de moins de cinq ans décèdent chaque année de malnutrition. 100 000 000 d’enfants sont en insuffisance pondérale. 66 000 000 vont à l’école le ventre vide. Or, selon le PAM (programme alimentaire mondial), 2,2 milliards $ suffiraient à nourrir tous ces enfants. A rapprocher : chaque année la population américaine dépense plus d’argent en « régimes » qu’il n’en faudrait pour nourrir tous les gens qui ont faim dans le monde !
Corruption : témoignage de la situation à Madagascar où une famine par manque de riz a pu être traitée en faisant cesser la spéculation et en permettant le redémarrage de la production locale (action FAO). Les famines sont souvent la conséquence de guerres et de spéculations financières venant aggraver des calamités naturelles (sècheresse, chaleur, épuisement des sols…).
Quelle est l’importance de la surpopulation avec familles très nombreuses, dans des pays en voie de développement où nombreuses sont les personnes souffrant de la faim ?

Qualité suffisante de la nourriture ?
La qualité de la nourriture en France est plébiscitée. La qualité du made en Périgord traditionnel est glorifiée ! (par les présents). La nourriture variée, produite traditionnellement, est jugée appétissante et saine. Le monde entier n’est pas dans le Périgord et les coutumes, les gouts sont variés, parfois étonnants : insectes et vers en Asie, hamburger sorti du frigidaire et mangé solitairement dans les pays anglo-saxons… Les caravaniers en Mauritanie font, essentiellement, un très gros repas hebdomadaire avant un départ et grignotent quotidiennement avec un petit verre de thé !
Il semble exister dans de nombreuses familles une fracture générationnelle avec des jeunes complètement orientés vers l’alimentation rapide importée des pays anglo-saxons : « mac.do » et autres ; Les générations précédentes ne semblent pas prêtes à adhérer à ce mode de vie !
Etre locavore (manger les produits locaux) est hygiénique et vertueux : aliments frais, de saison, dont on connait l’origine et le mode de production, évitant les transports (polluant) et les conservateurs.
La nourriture industrielle, à l’opposé, cumule les inconvénients. Certes les labels, les garanties, les aoc… sont un gage de sérieux minimum. Mais ils ne disent pas tout. Un produit « bio » importé n’a pas été produit avec les mêmes contraintes qu’un produit sous législation française. Des raviolis peuvent être, autre exemple, garanti « pur bœuf ». Certes la viande de cheval en est absente, mais tous les morceaux de bœuf y sont intégrés, peau, viscères et sabots compris !!! Ils contiennent de plus de nombreux colorants, additifs, conservateurs… certes contrôlés en France, mais nombreux sont les produits autorisés telle année qui sont interdits quelques années plus tard. On peut être interpellés et même méfiants !
La préparation familiale (traditionnellement par la femme mais maintenant participation fréquente de l’homme) n’est pas enseignée, pas connue par les jeunes générations. Quel jeune sait tuer un poulet ? écorcher un lapin ?… Autant de lacunes qui obligent à recourir à des plats cuisinés tout faits industriels.

Le mode industriel de production, de transformation et de vente induit, toujours étant donné les finances mises en jeu, la contribution de moyens de persuasion ou de contrainte pour inciter à plus de consommation, plus onéreuse.

Manger sous influence ? des lobbys, des médias, de la publicité…
La consommation, en particulier alimentaire, est une activité économique faisant circuler d’énormes sommes d’argent : il n’est pas étonnant que des lobbys de producteurs, de l’agroalimentaire, de distributeurs influencent et essaient de capter ces flux. Ainsi la mode des fast-food qui séduit tant de jeunes est promue aussi bien par les séries tv américaine que par de la publicité directe. Sans nier l’intérêt de l’alimentation « bio », nous notons que, par exemple, sur 2 jours consécutifs aucune publicité tv pour des produits alimentaires mais uniquement des publicités pour produits « bio » : est-ce une coïncidence si l’augmentation de chiffre d’affaire (et des marges) de la grande distribution et de l’agroalimentaire se fait à 100% par substitution de produits « bio » à des produits conventionnels moins chers ?
La publicité dans ce domaine, comme dans d’autres, incite à la surconsommation : dates de péremption rapides (dont l’expérience prouve qu’elles sont abusives) et excitation des désirs poussent à l’achat. Le principe étant de faire acheter le plus cher possible des produits dont on peut se passer.
Un légalisme exacerbé (les dates de péremption en sont un exemple, comme l’interdiction de don direct- pour non traçabilité-) entraine un gaspillage scandaleux aussi bien chez les producteurs que dans la grande distribution.

Peut-on manger de tout avec tout le monde ? régimes, tabous, singularités…
Il existe de vraies allergies alimentaires et de vraies intolérances. Elles ont généralement vérifiables par la biologie (Ac anti-transglutaminases pour l’intolérance au gluten, appelée maladie cœliaque, par exemple). Il est noté une multiplication de refus de certains aliments « pour cause médicale », qu’aucun argument scientifique ne vient étayer. Les modes dans ces domaines évoluent très vite : ont été accusés les œufs, le sucre, le lait et laitages, la viande, le gluten… Avec parfois une réhabilitation quelques années plus tard. On est en droit de se poser la question : ces habitudes de consommation ne coïncident-elles pas avec l’augmentation de longueur des rayons dédiés aux aliments « spéciaux » dans les supermarchés ? et la possibilité d’augmentation de leurs marges bénéficiaires ? Sans entrer dans le complotisme ne sommes nous pas manipulés par les médias, les écrans, la publicité… ? jusqu’à penser choisir librement un mode de consommation alimentaire en fait induit par la communication de groupes ayant un intérêt direct en ce domaine ?
Autres ont les interdits et tabous alimentaires d’origine idéologique ou religieuse. C’est l’interdiction du porc et de nombreuses viandes par l’islam et le judaïsme pour suivre des injonctions « sacrées » d’une part. Et les végétariens, végétaliens, végans… d’autre part par soucis de la vie et de la sensibilité animale.
Cela peut poser des problèmes sociaux : cantines scolaires ou d’entreprise par exemple.
Cela pose aussi des problèmes relationnels : ces personnes peuvent vous inviter mais ne peuvent accepter votre invitation, sauf si vous faites partie du même groupe de croyance et de pratiques : il s’en suit une séparation des populations radicales : ceux qui font comme moi (les bons) et ceux qui ne le font pas (les mauvais).
Hypothèse : dans un monde où les décisions impactant nos vies sont incompréhensibles, prises loin, par des gens que l’on ne connait pas… il existe un sentiment d’impuissance et de dépossession. Il est alors tentant de, inconsciemment, se singulariser en agissant sur les seules choses que l’on contrôle encore : l’alimentation ; et aussi le style des vêtements, un prénom original pour les enfants, des tatouages, une coiffure très personnelle, des rites spéciaux… Pour avoir l’impression de ne pas faire partie du troupeau, d’être une personne à part entière, libre.

Manger est une nécessité mais c’est aussi un acte social et socialisant. On mange avec ses amis, en famille. Il est des rituels, des traditions, des « arts de la table », fort développés en France. Mais ce n’est pas universel, c’est un choix culturel. A noter que le repas gastronomique Français est reconnu comme patrimoine immatériel universelDans de nombreux pays on mange en collectivité, de voisinage ou tribale. L’accueil alimentaire de l’affamé ou du passant est spontanée et habituelle dans certaines cultures (Proche Orient, Chine, régions d’Afrique…)
Manger seul, quand ce n’est pas choisi, est une épreuve pour beaucoup. Pourquoi et pour qui cuisiner ? pourquoi s’appliquer et s’efforcer ?

Enfance, jeunesse, éducation :
Il existe une véritable rupture de transmission entre les générations en particulier pour les habitudes alimentaires. Le grignotage, manger devant un écran, des plats industriels (hamburger, pizza, kebab, frites…) et des sodas pour boisson, tous aliments déconseillés par les diététiciens, sont habituels. Les goûts prononcés, les aliments naturels (légumes…), les aliments de consistance dure ou ferme sont évités : « je n’aime pas ». Il y a une méconnaissance des plats traditionnels et peu de curiosité pour les découvrir.
Des campagnes, dans les cantines scolaires, lors de « semaine du goût » tentent d’atténuer cette tendance forte.

Pistes pour une réflexion éthique :
· Encourager et développer l’éducation diététique des enfants et des parents ?
· Le consommateur est responsable : il peut choisir ses achats et dépenses avec une préoccupation éthique.
· Informer largement (spots tv comme pour la lutte anti-tabac ?) sur une alimentation respectueuse en particulier des consommateurs, des producteurs mais aussi de la terre ?
· Partager ? Retisser les liens de proximité, les solidarités naturelles.
· Contrôle plus serré de l’information des consommateurs et de la publicité ?
· A l’international seule des décisions collectives peuvent avoir une efficacité : les citoyens peuvent peser sur les élus… ne serait ce que par leur bulletin de vote et des interpellations.

 

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