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Jan 16

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Janvier 2013 – Les addictions

Document de réflexions pour préparer la réunion sur les addictions

 

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ADDICTIONS

 

 

Une définition : dans l’addiction quelqu’un vend sa liberté à quelque chose qui lui parait bon, mais en réalité il en devient esclave.

 

Les addictions peuvent être définies comme un comportement auto aliénant avec la dépendance problématique à un comportement répétitif (avec ou sans produit). Lors des addictions avec produit celui-ci a, en plus de son pouvoir de dépendance, une toxicité propre.

 

Les addictions posent un évident problème de santé publique mais les conduites addictives, dans leurs causes et dans leurs conséquences, posent aussi d’importants problèmes éthiques. Elles peuvent être étudiées en elles-mêmes : la conduite addictive étant considérée comme le problème, quelque soit la drogue.

 

Se pose la question : à partir de quel moment commence l’addiction ?

 

 

Nous allons parler des addictions

 

  • Nuisibles à l’individu mais aussi à l’ensemble de la société comme l’alcool, les autres drogues

  • Ou seulement nuisibles à l’individu et son entourage proche comme l’addiction au tabac, l’addiction aux jeux et aux achats inconsidérés, et à internet, tél portable, smartphone, et télévision mais aussi à la nourriture, notamment le sucre.

 

 

Addiction à l’alcool

 

C’est la drogue la plus utilisée et causant le plus de dommages. En France, la vente et la consommation sont légales. L’alcool jouit même d’une sympathie et d’une tolérance culturelle, les repas familiaux et rencontres amicales se faisant autour d’un verre de vin ou d’alcool.

 

La consommation globale est en baisse, mais depuis les années 2000 on constate de nouvelles habitudes très dangereuses de consommation d’alcool chez les jeunes.

 

Nota : la Dordogne compte 2 fois plus de jeunes buveurs masculins quotidiens que les autres départements Aquitains mais avec moins de buveurs ponctuels à risque.

 

Chez les jeunes la consommation de vin est en baisse pour être remplacé par les alcools forts et la bière.

 

Cette addiction comporte une dangerosité immédiate :

 

  • physique : avec forte dose (coma – risque vital – séquelles neurologiques)

  • psychique : fréquence des ivresses pathologiques (panique, risques suicidaires, délires psychiatriques)

  • sociale : cause majeure d’accidents de la circulation, du travail et de délits, viols, bagarres, conduite sexuelle à risque.

 

(en Dordogne 165 décès par an et 420 hospitalisations pour ivresse aigüe)

 

Et une dangerosité liée à la toxicité chronique qui entraine :

 

  • nombreux effets physiques délétères : atteintes du foie, cœur, encéphale, nerfs, pancréas, cancérigène des voies digestives et respiratoires. Hautement toxique lors de la grossesse et de l’allaitement.

  • Pathologie neuropsychiatrique de l’alcool abondante,

  • Nuisance sociale qui est une réalité occultée avec accidents, détérioration des relations familiales, difficultés financières, handicaps, marginalisation allant jusqu’à la clochardisation

 

L’alcool fait partie des drogues qui entraînent une dépendance physique et psychique très puissante, avec l’incapacité de se sentir bien sans alcool dans une situation donnée. La dépendance entraîne un syndrome de sevrage avec tremblements, transpiration, insomnie puis hallucinations et épilepsie. Les besoins impératifs d’alcool sont de plus en plus fréquents et importants.

 

L’arrêt volontaire de cette intoxication devient très difficile, voire impossible sans aide médicale. En général, les cures de désintoxication se succèdent car les rechutes sont fréquentes et violentes.

 

 

 

Addiction aux autres drogues : Cannabis – Cocaïne – Poppers – Héroïnes..

 

 

Cannabis

 

Le cannabis est un chanvre, qui ressemble à une fougère, facile à cultiver, et se consomme en feuilles ou sous forme de résine. En cigarette, il s’appelle aussi marijuana

 

marie-jeanne, herbe, kif….mélangé à du tabac : pétard, joint, bédo, teuteu, buzz…ou narguilé. En barrette de résine on l’appelle : haschich, hasch, shit…

 

 

C’est un produit connu de longue date au Maghreb et Moyen Orient, qui connait une grande diffusion en Europe depuis les années 60. Il constitue un problème de santé publique, constitue un fait économique (importé à 80% du Maroc). C’est le produit illicite le plus consommé en France, aussi bien en milieu rural qu’urbain, (15 millions de français l’ont expérimenté) mais les jeunes sont les plus concernés et nous sommes les plus gros consommateurs d’Europe.

 

Il est utilisé en prise du soir pour s’endormir, et à usage festif occasionnel , et est fréquemment associé à d’autres produits psycho actifs comme l’alcool, et autres cocktails.

 

 

Les effets recherchés sont : la désinhibition, l’effet relaxant, l’euphorie, parfois l’hilarité, il facilite le sommeil. A fortes doses il amplifie les perceptions auditives et visuelles, et les idées délirantes : c’est le « bad trip »

 

 

La dangerosité peut être immédiate : crise d’anxiété sévère voire psychose cannabique aigue avec angoisse majeure, délire, hallucinations

 

Tout ceci facilite rapidement les accidents en particulier de la circulation (7% des décès de la route) et les crimes et délits, notamment viols très fréquents.

 

Sur l’individu, le cannabis est toxique sur de nombreux organes : poumons, système nerveux, baisse de la mémoire, reproduction (gamètes et hormones) et altération cognitives pour les enfants issus de mère droguées, baisse du système immunitaire.

 

Sur le plan social : problèmes financiers qui entraines des actes asociaux ou délictueux.

 

 

Règlementation :

 

conduite automobile : tolérance zéro – commerce, don, détention, consommation : interdits et condamnables, mais pression pour un assouplissement de la législation.

 

 

Autres drogues

 

Consommation moins élevée mais exposition importante avec des expérimentateurs très jeunes : 1.5 millions pour la cocaine, 1.1 M pour l’ecstasy, 500.000 pour l’héroïne, et 10% des jeunes de 18/25 ans ont expérimenté les poppers.

 

 

Cocaïne

 

Drogue en progression importante auprès des jeunes.

 

Extrait de la feuille de coca, se présente sous forme d’une poudre blanche inhalée, injectée ou prisée, elle est appelée : poudre, drepou, coke, coca, caroline, charlie, neige..

 

Très utilisée dans les milieux mondains et intellectuels, c’est la drogue à la mode !

 

Elle provoque rapidement un flash jouissif intense, puis une période d’euphorie, de confiance en soi pendant environ 2 h puis c’est la descente sans déprime suivie d’une reprise normale.

 

Dangerosité : hyperthermie, pouls et tension en augmentation, nervosité, insomnie, anorexie, hyperactivité sans fatigue, baisse de la libido

 

Et chroniquement : traits ou délire paranoïaque, convulsions, et risques liés à l’usage des seringues (sida, abcès hépatites)

 

 

La tolérance et la dépendance s’installent progressivement en 4 à 6 mois. La cure est efficace sur la dépendance physique. La dépendance psychologique est maximale et difficile à stopper.

 

 

Poppers

 

De plus en plus consommés par les jeunes particulièrement dans les milieux homosexuels.

 

Liquide dans une ampoule ou petit flacon composé de nitrites d’amyle et de butyle, produit vasodilatateur puissant. Il se sniffe. Son effet est bref : euphorie, désinhibition, dilatation des muscles et érection. Risque de dépression respiratoire.

 

En général associé à d’autres produits il facilite les addictions.

 

 

Héroïne

 

L’héroïne est un produit injectable, entrainant une dépendance dès les premières injections : il est très dangereux, mais régresse chez les jeunes.

 

 

 

Addiction au tabac

 

20 millions de fumeurs réguliers en France actuellement : 30% des femmes, 40 % des hommes.

 

Plus on commence tôt à fumer plus la dépendance est forte. Chez les hommes c’est un signe de virilité, pour les femmes d’émancipation.

 

La nicotine contenue dans le tabac, est le facteur de dépendance, les autres composants comme les goudrons les facteurs de maladies comme les cancers.

 

La nicotine absorbée arrive au cerveau en 10 à 20 secondes, elle modifie les neuro-transmetteurs qui libèrent de la dopamine, l’hormone du bien-être, mais l’effet s’arrête en moins d’une heure. Donc on prends une autre cigarette.

 

C’est le sevrage le plus difficile et le plus long. Même après avoir arrêté depuis plusieurs années on peut rechuter, car la cigarette fumée longtemps entraîne une habitude manuelle de prise.

 

 

Sur le plan santé, le tabac fragilise le fumeur face aux maladies, est nuisible au fœtus des femmes enceintes, (enfants fragilisés, nerveux, hyperactifs, voire autistes) et est gênant, voire très gênant pour l’entourage.

 

 

C’est un produit qui apporte une grosse contribution financière à la collecte d’impôts indirects, mais qui induit des coûts importants au budget santé.

 

 

 

Addiction à l’achat compulsif et aux jeux d’argent

 

 

L’achat compulsif connu sous le nom de frénésie incontrôlable d’achats représente une pathologie en augmentation (1.5% de la population) qui touche à plus de 80% des femmes et plus d’un tiers des dépressifs connus.

 

Elle s’apparente à un besoin de drogue ou alcool, pour des personnes qui cherchent un compensation à un sentiment d’infériorité et d’existence perçue comme médiocre

 

L’addiction est liée à des troubles mentaux et comportementaux, elle entraîne le sujet vers le surendettement ce qui peut l’amener à consulter pour réclamer une aide

 

 

Addiction aux jeux d’argent : l’objet de l’addiction est consommé par besoin même si plus aucun plaisir n’y est associé et comme une échappatoire à la réalité. Le jeu domine la vie du sujet au détriment des valeurs et obligations sociales, professionnelles, matérielles et familiales.

 

Elle se développe surtout chez des sujets présentant des troubles narcissiques de la personnalité, victimes d’un sentiment d’infériorité vécu dans l’enfance (enfant rejeté, ayant toujours tort), les gains accroissent la surestimation et confirment un sentiment de supériorité de la personne qui lui procure un effet positif très passager. Cela concerne surtout les hommes, célibataires de la trentaine, et environ un quart d’entre eux ont déjà tenté de se suicider.

 

 

Cyber-addiction

 

 

C’est une réelle pathologie qui doit être prise en charge, elle est en constante et forte expansion, particulièrement parmi les jeunes et majoritairement chez les garçons (2 sur 3) En France il y avait en moyenne 10 écrans par foyer en 2011.

 

Il s’agit d’une dépendance qui s’installe chez une personne faisant un usage distordu des moyens de communication offerts par internet, d’une recherche constante de connexion afin d’établir une communication, d’y trouver une information, des images sexistes ou des jeux virtuels. Le jeune éprouve une anxiété désorganisatrice s’ il ne peut se connecter et sa vie sociale et personnelle s’organise autour de la connexion.

 

La privation induit malaise, anxiété, irritabilité voire authentique dépression, le jeu devient le principal centre d’intérêt. L’adolescent est dans l’illusion de communiquer, d’échanger. Dans les cas graves il fait partie des « no life » retranchés du réel et de toute relation humaine. La déréalisation est une conséquence inquiétante.

 

 

Les pratiques concernent les jeux, en particulier jeux de rôle avec son avatar qui en général possède plusieurs vies, ou des jeux de « cyber-sexualité », mais aussi pour les les « chats » excessifs, les messages.

 

 

A l’addiction des ordinateurs et tablettes diverses on peut ajouter les téléphones, smartphones, et les dernières générations d’androïd qui sont de véritables mini-ordinateurs. Des jeunes collégiens avouent envoyer 150 sms par jour et en recevoir autant pour ne rien se dire, cela devient une obsession dès qu’ils quittent la classe ou rentrent chez eux.

 

 

Le besoin en forte expansion de ces outils (les plus récents valent 800 €) entraine un marché parallèle d’articles volés, et les voyous qui organisés en groupe de 4 ou 5, abandonnent la revente de drogues qui leur rapportait moins de 400€ en moyenne par jour, pour pratiquer le vol à l’arracher dans les gares ou stations des transports en commun, se protégeant les uns les autres ils atteignent chacun 800 à 1000€ par jour en volant 2 à 3 produits et les revendant rapidement. Parfois ils utilisent des petits poignards pour blesser et mieux arracher le portable. Arrêtés, ils encourent une peine très faible eu égard aux peines liées à la drogue.

 

Les victimes elles-mêmes alimentent ensuite le marché parallèle pour racheter le produit dont elles ne peuvent se passer.

 

 

 

Télévision à outrance

 

Cette addiction entraîne un repli sur soi-même, on passe des heures et des nuits à regarder des films, on ne peut plus décrocher, on ne fait plus rien, on est fatigué car on ne dort plus.

 

Cela pourrait paraître moins grave, mais on devient marginal car on ne peut plus se lever le matin pour aller au travail, et l’abus de violence, rend celle-ci comme normale, et peut entraîner des réactions de violence chez les jeunes.

 

On vit en dehors de la réalité.

 

 

Et parfois la chambre d’un jeune comprend une télé, un ordinateur, et bien entendu un smartphone récent …. L’ensemble créant un parfait isolement face au monde réel, mais aussi à terme des problèmes de santé et d’explosion de la famille.

 

 

Addiction à la nourriture et au sucre

 

C’est un fait de société, une augmentation croissante de jeunes obèses, qui progressivement se mettent en marge de la société, subissent les moqueries, railleries des autres, qui « en manque total d’affection et de valorisation » se consolent dans des boulimies alimentaires, et entrent dans une dépendance entrainant la non estime de soi, et la dépression. Parfois le revirement est brutal, surtout chez les filles entrainant des anorexies graves qui détruisent peu à peu tout le potentiel féminin de ces adolescentes.

 

 

Chez les très jeunes la dépendance au sucre entraine à l’adolescence un besoin d’alcool (bière notamment) qui remplace le sucre, et donne l’impression que l’on grandit puisque l’on ne boit plus les boissons de bébés… et avec l’alcool on connait la suite.

 

 

Cette mauvaise hygiène de vie, est causée aussi par les autres addictions à la télé, internet, téléphone, qui isolent et dispensent d’une vie familiale structurée, et peu à peu on se nourrit n’importe comment, en passant des sms….

 

 

Addiction plus secrète  : l’addiction sexuelle

 

Il existe aussi une addiction sexuelle qui se développe depuis les années 70. C’est un processus dans lequel on développe une relation pathologique avec le sexe, elle est généralement croisée avec d’autres addictions. Elle devient de plus en plus envahissante bien que cachée et parfois vécue dans la honte. On peut la considérer comme une maladie.

 

 

 

 

Conclusion

 

 

Les jeunes sont informés dès l’enfance (école – collège) des risques d’une utilisation constante et abusive de ces produits de consommation ou de communication, les adolescents ont l’impression de leur toute puissance et de la maitrise parfaite de leur corps et esprit. Ils pensent qu’ils peuvent s’arrêter dès qu’ils le souhaitent.

 

 

Pour certains ce sont des rites d’initialisation à entrer dans le monde des adultes, et là d’une façon générale les médias ont un rôle néfaste.

 

 

Les études montrent que certains facteurs extérieurs augmentent ces besoins comme la dépression, la déception amoureuse, la dépendance affective, le manque d’affection, le manque d’activité, le manque d’argent. Pour combler un vide on « entre dans une sorte de boulimie face au tabac, à l’alcool, la drogue, les jeux, la nourriture », on ne cherche pas vraiment à s’en sortir, mais on s’isole, on s’enferme dans un cocon pour ne plus voir ou transformer la réalité. On se jette sur ce qui nous fait du bien, et en réalité on se fait du mal par l’addiction qui en découle.

 

L’ensemble de ces addictions représente un mal-être qui augmente.

 

 

A notre niveau :

 

  • que faire, comment éviter d’arriver à l’addiction ?

  • comment protéger vraiment nos jeunes ?

 

 

 

 

(Prépa de la réunion du 16 janvier 2013 ARES

 

Par – Irène BADINI

 

 

Fin de réunion : lecture d’un texte de Benoît XVI, message délivré en septembre 2012 aux jeunes lors de son voyage au Liban

ARES – compte rendu de la réunion du mercredi 16 janvier 2013 au Lardin

 

Thème de la réunion : l’addiction chez les jeunes.

 

 

En raison d’une météo défavorable (neige) peu de monde a pu se déplacer, soit 20 participants, dont les représentants du GRE de Périgueux.

 

 

Le GRE « Groupe de Réflexion Ethique » a été mis en place il y a 30 ans à la demande de l’Eglise représentée par son Evêque. Il s’agit d’une instance de l’Eglise, du Diocèse qui réfléchit sur des sujets choisis par l’Evêque ou les membres, comme la crémation, les maltraitances faites aux enfants, des questions de bioéthique, et en 2012 sur l’addiction des jeunes. Il est sous la responsabilité de Jean-Michel BOUYGUES, Vicaire Général, et comme instance de l’Eglise ne peut être ouvert à tout le monde, car sa Parole engage l’Eglise. Il est animé actuellement par 7-8 personnes représentants la famille et le secteur médical. Ce groupe souhaite montrer une solidarité avec l’ARES afin de trouver une manière d’élargir à plus de personnes ses réflexions éthiques.

 

Au niveau de l’ARES, il est rappelé que ce n’est pas un groupe religieux à proprement parler, qui ne fait pas de prosélytisme, ni exige la « bien-pensance », mais que les membres se rassemblent, prennent le parole et écoutent, c’est un groupe qui pense et réfléchit. Et de plus, le docteur Henri DELAGE (membre également du GRE) a souhaité faire évoluer son fonctionnement par la préparation des thèmes en petits groupes avant la réunion. Pour ce thème « l’addiction chez les jeunes » deux groupes ont réfléchi avant la réunion (*) sur l’état des lieux des addictions existantes en France, et bien entendu sur les causes ou conditions d’apparition de l’addiction et les pistes de réflexion sur l’attitude à avoir avant et pendant l’addiction des jeunes.

 

Les causes des addictions possibles ont apporté les remarques suivantes :

 

  • Il n’y a pas de causes évidentes, pas de consensus car de nombreux facteurs interviennent : il y a des prédispositions génétiques (innées) mais aussi acquises (reproduction du comportement social de l’éducation reçue) ou de combinaison entre les deux. A ce titre il est rappelé la mauvaise habitude de donner à un nourrisson qui ne peut s’endormir un médicament léger voire de la fleur d’oranger. Ce n’est pas une addiction chimique mais c’est une habitude prise qui pourrait inciter plus tard le besoin de reproduire ce rituel.

  • Chez les ados on trouve des dépendances aux boissons aux goûts marqués, notamment sucrés qui induisent ultérieurement d’autres comportements

  • L’adolescence n’est pas un passage facile, il est chaotique entre l’enfance et l’adulte avec changements de statuts, physiologique, endocrinien, morphologique et génital. L’enfant a envie de voler de ses propres ailes, est débordant d’activité, recherche des sensations nouvelles. Toutes ces situations d’angoisse et de défense peuvent occasionner la rupture avec les parents et autres adultes (corps enseignant) il y a des réminiscences d’habitudes anciennes qui peuvent revenir (fleur d’oranger par ex) résolues dans le nouveau contexte par toutes sortes de stupéfiants et substances dangereuses et addictives.

  • On s’étonne de ce rapport à la fleur d’oranger, mais médicalement le fait de penser à un produit qui est une solution à un problème entraîne le comportement d’aller vers ce produit ce qui induit ensuite l’addiction. Mais ce qui a été connu dans l’enfance ne conduit pas nécessairement à l’addiction.

  • On pense à la « faute des parents » parce que lorsque ça tourne mal ceux-ci se demandent s’ils ont été trop laxistes ou trop sévères en voulant les protéger. Doit-on organiser dès le départ une éducation faite d’occupations, de sports, de principes.. y a-t-il pour les parents un chemin qui limite les risques ?

  • Il semble surtout qu’il faille créer un climat de confiance, il faut être à l’écoute, répondre, expliquer les choses, mais être ferme, donner des repères, et le langage ne sera pas le même selon les âges. Les repères peuvent être accompagnés de récompenses mesurées (l’enfant gâté devient un tyran). On peut remplacer la fleur d’oranger par une histoire, une chanson… rituel dont on se débarrassera plus facilement que d’un médoc ! On ne peut pas garantir, mais il semble qu’une éducation équilibrée peut empêcher la déviance addictive.

  • Un octogénaire s’interroge à juste titre et se demande s’il est question d’éducation ou d’élevage ? Eduquer c’est apprendre ou faire aimer des valeurs et des principes, quand on met cela de coté il faut aller chercher des garde fou, de artifices, on parle alors d’élevage. S’il y a autant d’addiction aujourd’hui, c’est parce qu’on a démissionné devant l’éducation qui commence aussi à l’école.

  • Mais l’école ne peut pas tout, elle n’a les enfants que 24 h par semaine, et si l’enfant n’a rien chez lui c’est un vrai problème car c’est d’abord la famille qui doit soutenir, sinon l’école ne peut rien

  • Ce n’est pas seulement la famille, ce sont les générations, même si l’on n’a pas d’enfant, on se sent coupable et responsable de la mauvaise éduction de notre génération et des suivantes.

 

Le débat s’oriente sur des constats sur les addictions et les sujets addicts :

 

  • Quand on parle des grands toxicomanes on dit que ce sont des gens « vides », vide de désirs, vides de tout, inintéressants, ils sont intoxiqués parce qu’ils sont vides ! (et pas l’inverse) On se pose la question si la suractivité devant la télévision par exemple, le fait que les enfants n’ont jamais le temps de se poser, de réfléchir, qui n’ont pas le temps de silence, de s’assoir, de s’ennuyer un peu, apporte un potentiel de toxicomanie par le besoin d’hyperconsommation

  • Il faut éviter le silence, ils ont besoin qu’on leur parle ! oui, mais pas leur parler du bruit de la télé qui gêne, de fautes… en fait les parents font ce qu’ils peuvent.

  • La société a changé, avant les enfants allaient à l’école à vélo, maintenant les parents qui ont peur des prédateurs (kidnapping) et qui sont pressés, les emmènent en voiture.

  • Un membre du GRE rappelle que s’il y a une responsabilité des parents qui donnent la vie à un enfant, il ne faut pas les culpabiliser. Il faut établir et garder une relation de confiance. Quand on dit que les toxicomanes sont « vides » s’il n’y a rien pour les pousser de l’avant, pas d’intérêt dans la vie, ils sont vides. Et la société est addictogène, on voit partout autour de nous que l’on veut nous accrocher à un produit, on veut nous fidéliser. De nombreux jeunes font des essais d’alcool, de cannabis, mais cela ne dure pas lorsque la relation aux parents et aussi aux autres adultes est effective. Mais maintenant on est de plus en plus individualiste, et la voiture et la télé sont des facteurs de repli des gens sur eux-mêmes, et aussi d’agressivité.

  • Les bistrots qui étaient aussi un lieu d’échange et de lien social, sont fermés le soir parce que les gens sont devant la télé, égocentriquement.

  • Le mode de boire a changé aussi, les jeunes veulent boire beaucoup en peu de temps, pour un coma éthylique immédiat, ce qui n’est pas exceptionnel. S’ « éclater » veut dire boire jusqu’à tomber et prendre des stupéfiants.

  • Avant les gens buvaient mais pas dans un but d’isolement, on était saoul parce qu’on avait bu, maintenant on boit pour être saoul, et les filles aussi. Il y a des cas de filles violées pendant ces comas éthyliques.

  • Les parents qui voient rentrer leurs enfants dans cet état sont-ils vigilants après ? N’est-ce pas trop tard une fois que c’est déjà fait ? Ce n’est pas après 18 ans que l’on peut créer ce climat de confiance, c’est un long cheminement depuis la naissance.

  • On distingue en médecine la consommation à risque et la toxicomanie (le sujet ne peut pas s’en sortir tout seul) ça fait appel à d’autres mécanismes (déni), et à tous les stades tout est réversible, on n’est pas addict à vie, même si on leur rappelle afin d’éviter de retomber dans leurs travers.

  • On n’est pas libre de l’addiction vis-à-vis du produit, et ce sont des gens qui sont quand même vides, déprimés, désoeuvrés.

  • Il y a une fêlure, ils sont déjà abimés avant de devenir addict.

  • Au niveau de la société on rappelle qu’elle a évolué, que les citoyens parlent plus de leurs droits que de leurs devoirs. Notamment nous avons le Japon avec une société très exigeante et qui est très concernée par la toxicomanie. Alors ?

  • En matière d’alimentation ce qui rend addict ce sont le sucre et le gras. Mais on ne peut supprimer les produits qui en contiennent beaucoup simplement parce que quelques uns en surconsomment. On ne peut nier le libre arbitre de chacun.

  • Pour le cannabis, un projet gouvernemental était de casser l’économie de marché en autorisant une vente règlementée. Quelle solution ? Comment faire prendre conscience au sujet de son problème et faire en sorte qu’il ne reste pas seul avec son problème 

  • Dans les projets gouvernementaux certains ont suggéré des salles de « shoot » où les gens se drogueraient avec leur propres produits et leur matériel, mais entourés par des personnes médicalement formées. Est-ce vraiment un espoir pour les sortir du système, pour éviter qu’ils soient trop seuls, éviter qu’il y ait trop de sida…

  • Il faut voir les solutions dans l’enfance, dans l’adolescence et lorsqu’une toxicomanie s’est installée, comme l’addiction à l’écran.

  • Mais il ne faut pas diaboliser, il faut savoir mettre le « hôla », penser à des solutions de groupes comme un sac où chacun pose son portable pour le bien de tous pendant un certain temps, mettre en œuvre des limites naturelles en les organisant ! Bien avoir en mémoire que pour des personnes solitaires, l’ordinateur qui permet en théorie le dialogue avec d’autres, en fait les isole encore plus. C’est l’illusion de la relation.

  • Faire des distinctions : l’héroïne c’est mauvais tout court !, l’ordinateur n’est pas que mauvais, la société bouge, bougera toujours, il faut garder des nuances.

  • Il est rappelé qu’il ne faut pas non plus penser que tous les jeunes sont addicts. La proportion constatée sur une aumônerie de 1800 jeunes au fil du temps s’est située de 5 à 10% ce qui veut dire que 90 à 95 % vont bien, donc il ne faut pas tomber dans le pessimisme absolu. De plus il ne faut pas confondre conduite à risque, même très fréquente avec addiction.

  • Il est parfois difficile de prendre conscience qu’il y a un addict dans la famille, cela vient d’un déni, et beaucoup pensent que ce n’est qu’un passage, que cela va s’arranger.

  • Il est reconnu que ceux qui sont confrontés aux sujets addicts, comme les autres ados, s’ils veulent l’aider sans faire de délation ils risquent de tomber avec eu en s’en rapprochant. Un ado ne peut sauver un autre ado addict tout seul. Pour ceux qui veulent s’en sortir il y a médicalement des aides pour les différentes addictions.

 

Quelles solutions, attitudes pourraient être envisagées ?

 

  • En quoi l’éducation peut éviter ou favoriser l’addiction

  • Il y a surement un évènement lié au mimétisme, on veut faire comme les autres, surtout si les parents n’expliquent pas

  • Les enfants copient le comportement addictif de leurs parents, comment un parent qui regarde son feuilleton, le soir, religieusement à la télé, peut-il interdire les écrans à son enfant ?

  • Les très jeunes enfants peuvent déjà être addicts : ils veulent telle marque de vêtement, sac, chaussure, et se polarisent sur un produit.

  • Il faut beaucoup de pédagogie, de conseils donnés. On dit « il ne faut pas frustrer l’enfant » c’est une erreur, si l’enfant est confronté à la frustration et qu’on lui explique, quand il sera grand, face à cette même frustration il saura mieux gérer. Il y a des enfants qui s’ennuient, donc on les gave d’activité, mais ça rejoint la frustration, on se croit sans limite si on est « rempli ». Beaucoup d’enfants manquent d’imagination, ils n’ont pas de vie fantasmatique, de rêves, il faut leur permettre de rêver aussi. Si l’on dit à un jeune : « t’auras pas de travail ! » il ne peut par rêver, on critique beaucoup la société mais on en fait partie aussi, donc il faut nous aussi nous mettre des contraintes.

  • Les sociétés toxicomaniaques sont des sociétés qui ont honte d’elles-mêmes. Les chinois consommaient de l’opium quand ils ont été colonisés, ensuite la consommation a explosé. Les indiens d’amérique du sud mâchaient des feuilles de coca, et ils en ont consommé encore plus quand ils ont été colonisés, etc. ; Notre société qui s’interroge tout le temps, qui a honte de son passé, qui fait la course tout le temps, est-ce que ce n’est pas justement ce qui est une raison sociétale à l’addiction ?

  • La victimisation vis-à-vis du voisin, de l’entreprise.

 

Des jeunes qui ne sont pas fiers d’eux, pas fiers de ce qu’ils sont !

 

  • On leur demande beaucoup d’être les meilleurs, de réussir, donc c’est une échappatoire de sortir de cette réalité et de se dire qu’on y est le plus fort ? Le fait que ce soit plus dur dans la société d’aujourd’hui économiquement, que les parents mettent plus la pression qui fait que les jeunes ont plus besoin de s’évader ?

  • Ils ne se rendent pas compte que c’est nocif pour eux, mais c’est une façon de gérer la pression.

  • Avant la drogue ne circulait pas comme cela, maintenant cela semble facile pour les petits enfants, et quel est mon rôle de grand parent ? C’est aussi le rôle de l’entourage familial, oncles, tantes, amis…

  • Un octogénaire trouve que la réunion de ce soir n’est pas bonne pour sa génération qui est un peu « larguée », mais s’inquiète d’une société qui est devenue une société post chrétienne, ou post religieuse et s’interroge sur l’éthique hors religion.

  • Il y a un comité d’éthique à l’hôpital, mais il s’interroge s’il y a apparentée entre l’éthique et la morale. La société dont il parle est pour lui sans morale, et c’est déprimant, car les enfants dont on vient de parler sont des malheureux, plus que nous, et ce n’est pas de leur faute, mais de la nôtre, toutes personnes et organisations confondues.

 

Conclusion synthétique sur l’action et l’attitude que nous devons avoir :

 

  • Considérer l’enfant comme une personne à part entière avec ses faiblesses et ses points forts, ne pas le « rêver » ce qui entrainera inévitablement désillusion et rejet

  • Maintenir la relation avec les sujets addicts, (les ados sont tête à claque, pénibles et c’est souvent l’occasion de rompre la relation) car la toxicomanie est une pathologie de la relation.

  • Attention éducative familiale et scolaire : exemplarité indispensable et amour inconditionnel et lucide

  • Valoriser l’essentiel, avec une hiérarchie des valeurs et des actes

  • Responsabilité de chacun au moins comme citoyen et s’engager personnellement, avec aussi, des critères éthiques.

 

 

Un dossier complet sur les diverses addictions et les réflexions apportées par le GRE et l’ARES va être rédigé sur la base de la documentation existante, et sera remis ultérieurement.

 

 

Compte rendu rédigé par Irène Badini, sur la base des notes complètes des interventions recueillies par Aël Jacquel. Parmi les intervenants principaux : deux médecins (Docteur Henri Delage et Docteur Jean-Pierre Jacquinet) et deux prêtres ( Jean-Michel Bouygues et Thomas Magimel) Le 20 janvier 2013

 

 

(*) les deux groupes ARES qui ont préparé la réunion ont été constitués l’un par le Docteur Jean-Pierre Jacquinet, Madame Hamelin et Monsieur de Fleurieu, l’autre parIrène Badini – tous deux ont travaillé sur la base d’une documentation remise par le Docteur Henri Delage –

 

 

 

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