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Jan 26

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Janvier 2017 – L’eau: le prix à payer

P1010299L’eau: Le prix à payer

Rencontre-débat du 26 janvier 2017, 39 personnes présentes

Présentation:

-Le sujet n’est l’eau qui gèle à 0° et bout à 100°.
-Le sujet n’est pas l’eau insalubre des marécages avec les moustiques qui transmettent des maladies, ni les marais hantés par des feux follets.
-Très intéressant, mais c’est pas le sujet de ce soir, la relation culturelle autour de l’eau: les lavoirs, qui réunissaient au fil des saisons les femmes du village, tissaient le lien d’une vie sociale, la liaison entre les foyers, les sources (naturelles), ou les puits (creusés par l’homme) auxquels s’effectuait un geste chargé de sens: avec un seau, une cruche: on puisait. On faisait remonter des profondeurs quelque chose de propre, frais, vital. Ces lieux où naissaient les rumeurs et les légendes. Un geste de partage, profondément social et culturel, fondateur, un geste aujourd’hui pratiquement disparu.
-Nous ne parlerons pas de l’eau salée, ça a déjà été fait avec « Le droit de la mer ».
-Le sujet n’est pas non plus l’inégalité de l’accès à l’eau à l’échelle planétaire. Une autre fois peut-être.
-Le sujet n’est pas la glace des pôles, ni les glaciers, ni les neiges du Kilimandjaro et du Fujiyama, qui rétrécissent comme une peau de chagrin, bien que sujet soit crucial et justement pour ça. Une autre fois peut-être.

-Nous ne parlerons pas non plus du Ricard et des glaçons.
Non, juste l’eau plate, cette ressource essentielle, ce bien commun que nous devons respecter.

Qu’il suffise de savoir qu’on peut passer une vie entière sans fumer, 30 jours sans manger, mais seulement 3 jours sans boire (et 3 minutes sans respirer!).

 

Quelques chiffres:

La Terre est appelée la Planète bleue parce que 71% de sa surface est recouverte d’eau.
De l’eau y’en a partout. On pourrait se dire qu’elle est très abondante.
Toutefois cette eau n’est pas disponible en totalité pour l’usage qu’on en fait.

-97,2% de cette eau est salée
-2,8% est de l’eau douce.

Les 2,8 % d’eau douce se répartissent ainsi:
-2,2% constituent les glaciers et les calottes polaires
-0,6% se trouvent dans les nappes souterraines, dont seulement la moitié est utilisable par l’homme, les nappes phréatiques (Phréatique, du grec, « puisable »)
-environ 0.01 %, dans cours d’eau et les lacs, est exploitable.

 

Une partie de cette eau arrive propre, dans nos foyers sous forme buvable/potable…

On l’utilise pour boire, faire boire les animaux, préparer notre nourriture, faire la vaisselle, laver par terre, nous laver, irriguer, arroser les plantes vertes, laver les légumes et les voitures, et… tirer la chasse. Tout ça avec la même eau…

 

En France, le geste est devenu simple: tourner un robinet, ce qui estompe une grande partie de la symbolique liée à l’eau.
Ce robinet nous ferait presque croire que c’est magique et que l’eau est inépuisable…

 

Nos intervenants de ce soir:

Pascal Damiani: Directeur d’agence chez SUEZ-Eau
Jean Demaison: Président du SIAEP: Syndicat Intercommunal d’Adduction en Eau Potable pour l’Est de notre département.
Eric Sourbé: Elu à la chambre d’agriculture de la Dordogne, en charge de l’hydraulique sur le département.

 

 

Comment l’eau nous arrive-t-elle ?

Il existe un cycle de l’eau. C’est ce cycle qui est important. Mais ce cycle peut se décaler dans le temps et sa durée n’est pas fixe.
L’eau dite «potable» répond à des normes (64 critères).
L’eau dite «buvable» n’est pas assujettie à des normes mais obéit à des recommandations de l’OMS (Office Mondial de la Santé).
L’eau que nous avons chez nous (en France) a trois provenances essentielles : sources (et résurgences), forages, eaux de surfaces (rivières, lacs).
Les forages les plus profonds sont de l’ordre de 1400 m. En Dordogne, la plupart des forages se situent entre 80 et 240 m de profondeur.
A noter que les prélèvements en eaux de surface sont plutôt abandonnés depuis quelques années (étiages variables et traitements plus difficiles).

L’exploitation en Dordogne

L’exploitation consiste en la surveillance de la qualité après traitement. C’est à dire à ce qui se passe lors de l’envoi dans le système de distribution : réservoirs, château d’eau, tuyaux.

Ici sur le secteur, un syndicat créé il y a un peu plus de 50 ans et qui, initialement englobait 14 communes.
Il y a un an il y avait 54 syndicats en Dordogne. L’eau est plutôt abondante et présente 400 points de prélèvement sur le département.
La loi NOTRe (Nouvelle Organisation des Territoires de la République) a imposé une nouvelle diminution du nombre des syndicats. 4 syndicats ont été fusionnés pour donner naissance au syndicat actuel et qui regroupe 39 communes : de Saint Raphaël à Nadaillac.

A l’heure actuelle le syndicat est en affermage avec VEOLIA. Les contrats arrivent à échéance en 2020. Il est probable que, à terme, on arrive à une départementalisation de l’eau.
Ceci représente 850 kms de réseau et 9000 abonnés pour 1 million de m3 vendus ainsi qu’une quarantaine d’ouvrages (groupes de pompage, systèmes de stockage). Ces ouvrages sont nécessaires pour faire des reprises nécessaires au bon acheminement de l’eau, ils nécessitent à peu près 2,5 kWh /m3 d’eau utilisés.
 2 forages sur Condat (40m).
 1 sur la Bachellerie (230m).
 2 forages dans la vallée du Coly (250m).
 2 forages à Peyrenègre.
 1 prélèvement sur une source à St. Orse.
 1 prélèvement à Tourtoirac.

Le devoir de gérer au mieux la ressource est un combat de tous les jours.

En ce qui concerne les prix : on est en Dordogne à 350 € / 120 m3 consommés. La moyenne constatée sur le Bassin Adour Garonne est de l’ordre de 380 €.
Le syndicat de Lalinde qui fonctionne en régie présente un prix à peu près identique.

La plupart des réseaux ont été construits dans les années 50, et il y a lieu de les renouveler. Du fait des fuites, le rendement des réseaux est de l’ordre de 72 à 75%. Ceci nécessite la pose d’instrumentation et de débitmètres en même temps que le respect des normes qui deviennent de plus en plus exigeantes.

Le traitement de l’eau

Pas de traitement chimique hormis le chlore pour la bactériologie (0,4 mg/l). Filtration sur sable (Condat).
Les frais de fonctionnement de l’ordre de 2% du budget. On estime que le rendement d’une station se situe autour de 90%.
Le taux de nitrate oscille entre 4 et 6 mg/l. Il y a des nitrates naturels ainsi que des sulfates.
Les réseaux actuels ne permettent pas l’interconnexion, il s’agit d’une problématique compliquée. L’intérêt de l’interconnexion serait de l’ordre de la sécurité d’approvisionnement.

L’élimination des résidus de médicaments est un problème constaté assez récemment et sur lequel on n’a pas encore de retour d’expérience significatif. La plupart des déchets en cause sont liés au paracétamol. A noter que les concentrations sont très faibles. L’absorption quotidienne d’un verre d’eau ainsi affecté reviendrait à l’ingestion d’un comprimé au bout d’un an.
Une étude a été menée sur l’Isle en amont et en aval de Périgueux et qui a permis d’identifier 150 molécules différentes (avec prépondérance de paracétamol).
Aujourd’hui, peu de stations bloquent les résidus médicamenteux. Ils repartent donc en rivière.
On fait en sorte que la concentration rejetée soit traitée par la nature.

On est en phase découverte pour les médicaments. A l’essai des « zones libellules » qui sont des zones humides recréées. On arrive à traiter environ 80% de traitement des rejets de type paracétamol.

En ce qui concerne le traitement du calcaire (de Titre Hydrotimétrique ou TH supérieur à 25), il y a lieu de savoir qu’une usine de décarbonatation est chère (pour une ville comme Terrasson = 2M€).
Attention !! Si l’eau est complètement décarbonatée, elle devient agressive. L’eau doit être équilibrée et une solution collective est toujours meilleure qu’une solution individuelle.
Les adoucisseurs d’eau ne devraient être installés uniquement que sur le réseau eau chaude. Attention à ne pas boire que de l’eau déminéralisée. Réglage à 17° 18° TH. Ce n’est pas complètement anodin.

Une déconnexion est obligatoire entre les eaux de récupération et les eaux de puisage avec eaux de réseau.

L’eau en agriculture

On parle ici de «l’eau brute» Il s’agit d’une eau prise dans le milieu et qui sert essentiellement à arroser. L’irrigation sert à confectionner 40% de ce que l’on consomme. C’est une technique très ancienne à comprendre comme une assurance quant à la qualité et aux revenus.
Chaque préleveur est fiché. Le système est de type déclaratif. Il y a lieu de déposer une demande en début de campagne.
Une redevance à l’Agence de l’Eau concernée est exigible.
La répartition de la demande est pour l’irrigation de 40 %, pour la consommation 40% et pour l’industrie de 20%.
On considère qu’il y a 70 millions d’ha irrigués en Chine, 65 en Inde, 3 en Italie, 2 en Espagne, 1 en France.
Le Grand sud-ouest couvre environ 250 milliers d’ha.

En irrigation on raisonne en bassins versants. Un bassin versant est un territoire qui draine l’ensemble de ses eaux vers un exutoire commun, cours d’eau ou mer.
A l’intérieur d’un même bassin, toutes les eaux reçues suivent, du fait du relief, une pente naturelle et se concentrent vers un même point de sortie appelé exutoire. Sur notre bassin versant 1500 éleveurs pour 60 millions de m3.

La Dordogne est bien irriguée (1 milliard de m3 en réserve). La répartition des besoins est de 40% pour la consommation, 20% pour l’industrie et 40% pour l’irrigation. On assiste cependant à un changement important de pratique de l’irrigation en direction des vergers notamment.

L’une des problématiques importante de la région est relative à l’augmentation de population de Bordeaux et Toulouse. Ceci constitue un besoin supplémentaire de 10millions de m3 en plus des contraintes liées aux aléas du changement climatique et dont on estime qu’il peut susciter 20% d’eau en moins.

La sécurité

Elle passe essentiellement par des moyens de contrôle et des moyens de surveillance qui y sont rattachés.

Ainsi les prélèvements en Vézère sont soumis à déclaration avec des seuils autorisés (débits de crise au-delà desquels on n’a pas le droit de pomper; par exemple ici 3,5 m3/seconde).

La nappe de l’Eocène (profondeur de 250 m environ pour la partie haute) est surveillée et protégée selon une gestion globale de cette nappe. Les industriels sont interdits de puisage. La consommation humaine est privilégiée par les collectivités locales.

La surveillance du Coly est par exemple un indicateur du changement. En Dordogne, il n’y a pas trop de problèmes qualitatifs (les captages critiques dits « Grenelle » sont situés en limite du département de la Charente).

L’évolution des menaces subversives a amené les gestionnaires de services d’eau à pourvoir de protection physiques les points de prélèvements. A ceci s’ajoutent des dispositifs de surveillance qui permettent en cas d’intrusion constatée de déployer des mesures de confinement, de contrôle et de remise en état.
Simultanément des consignes pour surchlorer l’eau ont été énoncées afin de se prémunir contre une attaque bactériologique.

L’analyse de l’eau reste sous l’égide des ARS (Agences Régionales de Santé).
Analyses classiques et analyses complètes (recherche pesticides, métaux lourds. L’ensemble des analyses est répertorié dans le RPQS (Rapport sur les Prix et la Qualité des Services – accessible dans toutes les mairies -)
On consultera également avec intérêt le site dédié à la gestion de l’eau http://www.services.eaufrance.fr/

 

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Eau potable

(Merci à Jean-Pierre Lervat pour la prise de notes)

Lien Permanent pour cet article : http://ares-perigord.fr/leau-le-prix-a-payer/

6 Commentaires

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  1. LAURENT

    Très beau texte d’Orsenna relayé par Daniel (merci à lui…). Dommage qu’il n’ait pas été lu en conclusion de la réunion !

  2. Daniel

    Dans dix ans, dans vingt ans, aurons nous assez d’eau?
    Assez d’eau pour boire? Assez d’eau pour faire pousser les plantes? Assez d’eau pour éviter qu’à toutes les
    raisons défaire la guerre s’ajoute celle du manque d’eau?
    Dans l’espoir de répondre à ces questions, je me suis promené. Longuement. Du Nil au Huang He (Fleuve Jaune). De l’Amazone à la toute petite rivière Neste, affluent de la Garonne. De l’Austalie qui meurt de soif aux îles du Brahmapoutre noyées par les inondations..
    J’ai rencontré des scientifiques, des paysans, des religieux, des constructeurs de barrages, des physiciens alpinistes qui mesurent sur tout les toits du monde la fonte des glaciers. Jai passé du temps avec les médecins de Calcutta qui luttent contre le choléra. J’ai écouté d’innombrables leçons, dont celle du scarabée de Namibie et celle du kangourou. Quelles sont leurs techniques pour survivre en plein cœur du désert?
    Peu à peu, j’ai fait plus ample connaissance avec notre planète. Jai vu s’aggraver partout les inégalités, notamment climatiques. ais j’ai vu aussi la réussite du pragmatisme, de belles coopérations entre administrations et entreprises privées. Jai vu des illusions et des férocités à l’oeuvre.
    De retour de voyage, voici maintenant le moment de raconter.
    Un habitant de la planète sur six continue de n’avoir pas accès à l’eau.
    Un sur deux vit sans système d’evacuation.
    Pourquoi ?

    Erik ORSENNA L’avenir de l’eau 2008

  3. LAURENT

    Rencontre documentée et éclairante sur les enjeux écologiques et économiques. Sans négliger le souci des générations futures avec le défi, entre autres, d’éliminer les molécules de médicaments, de pesticides, métaux lourds… Deux regrets (mais cela n’était peut-être pas possible!): le compte rendu ne rend pas compte des questions et échanges de la soirée; il a manqué l’expérience de chacun, consommateur, dans sa pratique, pour économiser cette ressource et pour ne pas la polluer.
    Mais je répète trés bonne soirée.

    1. admin

      C’est vrai. Et c’est précisément ce genre de débat qu’il serait bien de continuer sur le site ares.périgord…

  4. admin

    Oui, quelle chance d’avoir cette eau qui coule à volonté à notre robinet.
    Il fallait que ce soit dit!

  5. Daniel

    Malgré tout les soucis qu’elle nous cause, l’approvisionnement, son prix et principalement son influence
    sur notre santé, quelle chance d’avoir cette eau qui coule à volonté à notre robinet.

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