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Avril 2018 LES RELATIONS INTERGENERATIONNELLES

ARES le 27 Avril 2018

LES RELATIONS INTERGENERATIONNELLES

Pour aider et éclairer le débat l’ARES avait invité de jeunes adultes habitués à encadrer des enfants et adolescents : Jacob AYLEY (responsable de la pastorale des jeunes) accompagné d’Océane (son épouse), Edouard et Carole tous animateurs et dirigeants chevronnés de groupes et de camps.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité les « jeunes » enseignent les générations précédentes dans un domaine vaste et important : l’informatique, les écrans et ce qui en découle (internet, circulation de l’information privée et publique). Il en découle une rupture culturelle qui aboutit parfois à une rupture de la relation parent/enfant ou grand parent/enfant. Cette séparation, voire hostilité, entre les générations avait été constatée lors de la rencontre ARES, « Internet est il bon pour l’Homme ? » en Novembre 2017.

Le téléphone portable est le signe et le « marqueur » de la révolution numérique pour les nouvelles générations. Portable permettant de communiquer (vocalement, sms, Facebook), d’accéder à une information sans limites (films, journaux…) et surtout de jouer parfois sans limites de temps (des mois toutes les nuits) ou morales : on tue, bombarde, agresse, domine… dans ces jeux.

Pour les animateurs-jeunesse présents « c’est impossible à interdire et difficile à limiter ». En effet l’utilisation « massive » du portable est autorisée dans les familles, sans limites souvent. « Le portable fait partie d’eux ». Il en a été ainsi de toutes les introductions de techniques : avant c’était la TV, puis la Gameboy, puis la Gamegear… Or ces technologies existent et « il n’y aura pas de retour en arrière ».

Pourquoi le portable a-t-il pris une telle place dans la vie des jeunes ? Il y a une angoisse du « vide », la nécessité « d’une relation permanente, d’une illusion de contact qui, paradoxalement, les isole ». Chez les petits, il y a une fascination réflexe pour les écrans, sans discrimination. La séparation d’avec le portable est angoissante, voire paniquante. Cependant, dans de petits groupes, lors d’activités spécifiques (temps calme, lecture de BD…) et pendant ce temps, la séparation est possible et bénéfique, en particulier pour la vie de groupe et de relation.

Quelles en sont les conséquences ? Il est constaté « une baisse de l’imaginaire, une impossibilité à se projeter, à s’impliquer, à avoir un désir d’action ». De plus la solitude, recherchée initialement, devient un handicap social induisant une grande anxiété pour entrer en relation réelle aggravant l’isolement par phobie du contact (phobie sociale).

Il existe aussi un risque que les jeunes soit exposés à des images traumatisantes : « il est fréquent que en allant normalement sur le net, il me soit imposée la vision de spams, avec des scènes explicites de rapports sexuels ou de décapitation par exemple ». Il existe une banalisation, des mots et des images, de la violence et de la pornographie. Cette diffusion répétée peut entrainer chez les jeunes un mal-être et parfois des passages à l’acte.

« Le portable existe. Le problème n’est pas son existence mais comment il est utilisé. Cela pose le problème de l’éducation en général et de l’indispensable éducation aux écrans ». Il est nécessaire, très souvent, d’envisager une éducation des parents préalable à une éducation respectueuse et efficace des enfants.

L’éducation problème central. Les familles se sont beaucoup reposées sur l’éducation nationale, se dédouanant du devoir d’éducation des enfants. Or, l’école est chargée de l’instruction et non de l’éducation. Ces 2 fonctions étaient possibles quand les familles coopéraient loyalement avec l’enseignant. Depuis « l’enfant roi », les enseignants craignent et redoutent les réactions des parents ; ils se protègent en étant parfois laxistes.

Une éducation familiale absente ou laxiste favorise l’isolement et est cause du refus de l’autorité ou des contraintes. Selon les participants là est le problème central de l’éducation.

« Il ne faut pas accuser les parents qui sont dépassés. Soit pour des raisons professionnelles (maman qui travaille…) ou culturelles (origines) ou sociales (mères isolées, situation précaire, dépression des parents…). Ils sont eux aussi isolés devant leur écran ».

La scolarité était (années soixante) l’occasion, et la chance, de promotion sociale et aussi d’une éducation, en particulier dans les milieux populaires : ex la Nicle à Terrasson : « la discipline apprise à l’école rendait de jolis services ; qui duraient toute la vie. Hélas cette discipline n’existe plus et c’est désolant».

Du fait de la présence envahissante des écrans les jeux de société et les jeux psychomoteurs ne sont plus utilisés : dommage !  «J’avais le meccano qui permettait le développement de l’imaginaire ; maintenant ils n’ont plus d’imaginaire, plus de rêves ; ils sont passifs ; le meccano est sans doute à l’origine de ma carrière d’ingénieur » 

« Finalement c’est le très ancien problème de la bête humaine : l’enfant est-il bon par nature (Rousseau) ? et donc il ne faut pas de contraintes ; ou, est-il nécessaire de l’éduquer, dans la discipline ? »

Les transformations de la famille ont des conséquences profondes sur les capacités de relation des jeunes, à l’intérieur de leur famille mais aussi dans la société.

«Les deux, famille et société sont responsables. Les familles n’ont plus la cote ». La famille nucléaire (papa-maman-enfant) n’est plus la règle. Les parents sont parfois absents du fait de leurs horaires de travail. Ils peuvent démissionner, se décourager, devant les difficultés de l’éducation.

La société incite à la consommation (surconsommation ?) entrainant une obsession du matériel, de l’argent. « Les parents de mes petits voisins ne parlent que d’argent. C’est l’apparence, la voiture, les voyages toujours plus…Les enfants le voient. Il n’y a pas de dialogue dans la famille. Il manque les mots, le vocabulaire. Ils ne connaissent pas les noms des choses les plus simples ».

Cet enfant-roi est il responsabilisé ? Le statut d’enfant dure longtemps (on parle d’adulescent pour les jeunes jusqu’à 25 ans). Dépendants économiques ils ne sont pas actifs et même, souvent, pas concernés par la vie économique et sociale. Dans les générations précédentes, dés 8-9 ans les enfants aidaient les parents dans des tâches ménagères, de jardinage, de ménage…Ce changement n’est pas sans conséquences sur leur vie et aussi sur les rapports entre les générations.

La place des grands parents est spécifique et très importante : « ne croyez pas que nous nous désintéressons des récits de votre jeunesse. Au contraire, c’est tellement loin de ce que nous vivons. Il est plus facile de dialoguer avec les grands-parents. Avec les parents il y a toujours des conflits qui parasitent la relation ». Les souvenirs difficiles ou dramatiques (vie en temps de guerre, grande précarité) sont enrichissants pour les descendants mais ne doivent pas être envahissant et récurrents.

Attention !!! le dialogue n’est possible que si le discours n’est pas trop moralisateur et péremptoire : « moi je… » ; «vous c’est facile..» ; « de mon temps nous faisions…» ; «c’est comme moi que vous devez faire…» sont des ruptures de dialogue qui doit être respectueux et laisser place à la parole de chacun. ». Le changement de langage (en particulier pour les marques de respect et la politesse) ne doit pas être une cause de rupture de lien.

La génération des grands-parents a un rôle social et éducatif très important ; par la distance acceptée avec le vécu de l’enfant ils peuvent être une référence non conflictuelle. « Au Pélé VTT (240 personnes concernées), c’est intergénérationnel. Chacun a une fonction les enfants, les adolescents, les adultes et les grands parents. Les enfants aiment côtoyer les anciens, le soir en particulier ».

Les écrans, largement utilisés par les parents, sont une solution de facilité ou la seule possible : l’enfant est occupé, passif, sans efforts. Il reste dans sa bulle, dans l’appartement.

L’exemplarité des parents, est un préalable. Elle est bien plus efficace que les recommandations ou les attitudes strictes et autoritaires.

Pour vous (responsables de jeunes) quelle est la plus grande difficulté des jeunes actuels ? « C’est le manque d’engagement et de se tenir à son choix. Ils pensent « j’ai tous les droits ». Il leur est difficile de s’engager : trop de propositions ?manque de volonté ? Ils sont incapables de se projeter dans le futur ». Pour ce qui est de l’expérience des invités, il est impossible de prévoir la participation à un camp pourtant choisi par le jeune. Organiser une activité quelques mois à l’avance est impossible.

Il s’agit là d’une évolution rapide et récente : les portables sont ils responsables ? les injonctions de la société hyper matérialiste et marchande ? le manque d’autorité et de principes des parents ?

Pour Jacob « le problème est qu’ils ne croient en rien. Il faut croire en quelque chose ; croyance religieuse mais aussi autre croyance » ; « il n’y a plus de communautés ce qui manque pour un développement harmonieux de l’enfant » ; « ils ont des difficultés d’identification ».

La baisse de vigueur des communautés religieuses, mais aussi villageoises, familiales… ne permet pas à l’enfant (ou adolescent) d’avoir des certitudes sur son importance et sur son destin. Il en résulte un marasme ou une angoisse permanente. Parfois les clubs sportifs, les fans de chanteur ou vedette sont un substitut à ce manque de modèle, d’idéal. « C’est mieux que rien, que de ne faire partie d’aucun groupe ».

Un exemple réussi d’adhésion à un groupe est « le scoutisme. Il y a de plus en plus d’adhérents, les demandes étant parfois trop importantes (toutes obédiences). Les jeunes viennent chercher un cadre ferme, une responsabilisation. Un cadre qui ne lui est pas donné. Il doit s’engager lors du serment ». « La vie dans la nature, être responsable du feu, de la construction de l’abri… sont des activités valorisantes et plaisantes. ». Ce qui explique, pour une part, le succès du scoutisme actuellement. Un cadre strict et bien posé rassure tout le monde : les jeunes, les parents et les grands parents.

Jacob : « Croire en quelque chose entraine le respect qui entraine des conduites respectueuses »

Questions diverses :

*La drogue ? « Dans nos camps et regroupements nous n’avons jamais eu un seul problème. Si une fois un adolescent avait amené des alcools forts. Il a été expulsé définitivement du camp ». Les animateurs reconnaissent qu’ils ont affaire à des jeunes «cathos», avec une éducation et une présence parentale qui n’est pas forcément la même pour tous les enfants.

*Le projet de service national est il attendu ? : « on n’en a pas entendu parler. Ce n’est pas un sujet de discussion entre nous ».Pour les générations précédentes l’avis diverge radicalement : « Dans le passé c’était très important. Il inculquait des valeurs et une discipline ».

*L’Europe ? « Pas un sujet. Pas même avec le voisin de palier. Nous n’avons plus du tout confiance dans la politique. Qui peut croire qu’ils vont appliquer leurs propositions ? »

La défiance envers les politiques est généralisée et radicale : la politique n’a aucune importance. « C’est une répulsion ! ».

*Patriotes ? «La France, l’Europe cela ne nous évoque rien». «Moi je défends ma petite patrie : le Périgord». L’humanitaire, la mondialisation les mobilisent plus.

*L’avenir, en particulier professionnel : « C’est difficile de s’insérer. On a le choix entre : faire des études et après les études, travailler et ne rien faire ». Pour les générations précédentes il n’y avait qu’une seule option : travailler. Il s’agit là d’un changement de société majeur.

On en revient à la question : « ils rêvent de quoi ??? »

Des raisons d’espérer :

  • Il ne faut pas idéaliser le passé : dans les années 70 seulement 0,5% des diplômés de 3° cycle étaient des enfants d’ouvriers ! (actuellement 5,2% d’enfants d’ouvriers et 7% d’employés)

  • Nous avons déjà vu que de nombreux enfants cherchent spontanément un cadre « sérieux » (ex scouts). Tous les jeunes et toutes les familles ne sont pas semblables.

  • Une expérience intéressante : « nous sommes un groupe qui a été dans des collèges et lycées exposer  « l’amour intégral», c’est-à-dire l’amour dans toutes ses dimensions, physique, affectif, spirituel. Ils sont habitués à entendre des discours sur l’amour physique, la mécanique. Ils ont été fort intéressés. A la fin du cycle 80% des élèves ont été convaincus de la beauté de l’amour intégral, de l’intérêt de cette approche ». Les enfants sont demandeurs d’éducation ; encore faut- il qu’ils aient des propositions.

Jacob conclut « c’est à nous de leur donner envie de faire partie de quelque chose » ; bien sûr en sauvegardant la relation : pas de moralisme, pas de «nous on faisait…», pas de «au bon temps…»…

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