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Mai 16

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Mai 2013 – RESISTANCE avec Claude Michelet

 Atelier de Réflexion Ethique et Sociale (ARES)

Compte Rendu de la Réunion du 16 mai 2013

 

Thème : Résistance(s) Intervenants: Claude MICHELET

Témoignages de Lucien COURNIL et Philippe HAMELIN

      Introduction par le Docteur Henri DELAGE qui remercieMadame Raymonde BUCHET, Maire du Lardin-Saint-Lazare,pour son accueil dans la salle municipale très confortable et les participants d’être venus si nombreux (env. 145) pour honorer l’invité principal Claude MICHELET et deux anciens  grands résistants Lucien COURNIL et Philippe HAMELIN, soit trois personnes qui ont vécu des choses intéressantes. Madame Raymonde BUCHET, souligne sa satisfaction de constater « la vigueur de la mémoire locale » ce qui montre que le passé nous intéresse, elle en est émue car sa famille a longuement participé à la résistance, étant fille et nièce de résistants.

On présente le thème : parler de la résistance (de 40 à 44 en France) mais aussi DES résistances, c’est-à-dire la résistance à hauteur d’homme, résistance passée et à venir avec un débat libre.

Présentation rapide de l’ARES et des thèmes étudiés comme cette année sur le cycle de la violence (addiction, torture et guerre, quelle est ma Loi) et prochain thème sur la violence ordinaire sur personnes âgées (le 19 juin à Montignac avec la présence du Docteur LC BARNIER)

Claude MICHELET né en 1938 a baigné dès son enfance dans cette atmosphère de résistance, c’est un écrivain prolixe, dont l’œuvre est très connue chez nous : l’adaptation télévisée de son roman « des grives aux loups » a d’ailleurs été réalisée en Périgord.  Ce soir nous le recevons en tant qu’auteur de « Ils attendaient l’aurore », pérégrinations de trois personnages pendant la dernière guerre. Ce roman présente trois attitudes possibles face à un choix éthique politique.  Il est le fils d’Edmond MICHELET, grande figure nationale de la résistance, chef d’un grand réseau, arrêté en février 43 et déporté à Dachau, qui fut ensuite ministre du général de Gaulle (cf.fin de ce compte rendu)

Lucien COURNIL, natif de la Galibe (le Lardin) entre dès 14 ans au sein de la jeunesse démocratique où on lui confie sa première responsabilité : regrouper la jeunesse patriotique au sein de la résistance. Puis il prend d’autres responsabilités (responsable de la résistance sur Terrasson, Montignac, Excideuil et Thenon, il reçoit les informations de la région qu’il transmet à ses agents de liaison). Membre du groupe FTP Hercule, fut blessé en 1944. Après la guerre devient journaliste et historien de la résistance locale. Il est aussi  représentant de l’ANACR et de l’Association des victimes des camps nazis.

Philippe HAMELIN, minotier comme ses frères, natifs du Lardin, tous grands résistants. Son frère Xavier a traversé l’Espagne et s’est engagé en Afrique du nord, et son autre frère Marcel et lui –même se sont engagés dans  Michelet 5

 

 

CM (Claude MICHELET), avant d’aborder le débat veut expliquer pourquoi il a eu absolument besoin  d‘écrire ce roman. Né sous la troisième république (Albert Lebrun président) il explique que déjà son père Edmond MICHELET savait ce qui se passait  en Allemagne avec les nazis. On recevait déjà chez les catholiques des juifs persécutés. Il baignait déjà dans cette atmosphère.

Son père a fait tirer les premiers textes de résistance. « En temps de guerre, celui qui ne se rend pas est un homme libre qui qu’il soit d’où qu’il vienne et quel que soit son parti ». Son père s’est fait dénoncer et un matin le 25 février 1943 alors qu’il était avec ses frères (il avait 5 ans) il a vu son père se faire arrêter par la gestapo. Cela  l’a incité à s’intéresser très tôt à ce que fut la résistance. Son père a été prisonnier à Dachau.

Et dès son retour Claude a lu des centaines de livres sur la résistance. Il portait donc ce livre en lui dès qu’il a vu son père se faire arrêter.

Mais pour écrire ce livre dont le sujet est la résistance, il lui était impossible d’écrire des bêtises par respect pour ceux qui y avaient consacré leur vie. Ensuite il a pu se décharger du souvenir, mais avec un texte rigoureux vis-à-vis de l’histoire. Il faut aussi remercier ceux qui se sont battus pour permettre à ce pays de conserver dans son drapeau le mot « liberté ». C’est grâce aux résistants que nous sommes libres. Sans eux on serait rouges ou bleus ou  noirs mais pas libres.

A la question « pourquoi vous battiez vous ? Son père a répondu « pour conserver le mot LIBERTE  sur  la devise nationale ! »

Claude s’est posé la question de savoir ce qu’il aurait fait à 20 ans s’il avait été dans cette condition.  Il a donc pris trois jeunes, étudiants, pas très marqués du point de vue politique ou idéal.

Ils sont insouciants, et s’attendent à tout sauf à la guerre. Lorsqu’elle arrive, l’un d’eux est marqué par un de ses professeurs qui a une tendance à apprécier la rectitude nazie ; un autre décide qu’il s’en moque ; le dernier va devenir résistant, un peu par accident : un camarade lui passe un tract pour une manifestation interdite ; il y va mais manque de chance, il y a une bagarre et y perd sa gabardine dans laquelle il y a ses papiers. Il est d’office obligé d’entrer dans la résistance.

On a toujours tendance à ne voir que les grands chefs, mais CM a voulu aussi s’intéresser aux petits. Tous ont pris les mêmes risques dès l’instant qu’ils ont résisté. Celui qui résiste « Jean » va faire ce qu’il doit, transmettre les journaux résistants, passer dans le territoire libre. Le deuxième  « Albert » va devenir collaborationniste  à cause de son professeur. Le troisième « René » l’hédoniste non engagé, qui ne veut rien savoir se retrouve à 21 ans obligé de faire le Service de Travail Obligatoire et est envoyé en Allemagne. CM a voulu faire en sorte que les jeunes sachent un jour,  qu’il s’est passé des choses essentielles et qu’il faut tout faire pour qu’elles ne récidivent pas, et pour ça il faut savoir ce qui se passe et ne pas baisser les bras.

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DrHD (Docteur Henri DELAGE) : on peut parler de l’engagement, pourquoi et comment s’engage-ton ?

LC (Lucien COURNIL) : Je n’ai eu aucun mérite, car de par la famille on était déjà opposés au régime de vichy donc c’est naturellement que j’ai été amené là où j’ai été (résistant). Par rapport à des jeunes qui sont très loin de l’esprit d’opposition (on parle plutôt d’opposition que de résistance en 40). On se rappelle de la venue au Lardin d’un membre du Cabinet de PETAIN, et il  y avait un monde fou pour l’écouter. On a ramé longtemps et tout n’a pas été simple. A partir de 42-43 (plutôt 43) les choses se sont davantage organisées au niveau des légaux. La résistance armée n’est arrivée que décembre 43-janvier 44 (armée secrète). C’est d’ailleurs de leur chef que je veux parler, en relation avec Michelet.

CM : mais on retrouve toute la famille (même tantes, cousines…) qui résistait donc on était imprégné

LC : Raymond LACOMBE (membre du mouvement « combat ») qui habitait le Lardin est un cas particulier très lié à la famille MICHELET : en juin 42, il est employé à la Banque Populaire à Terrasson. Il était habitué à rencontrer des gens pour transmettre des données de banques. Son cousin, Michel  (nom de résistant Douchet, Secrétaire Général du comité de Condat)  lui dit de trouver à Terrasson quelqu’un pour le réseau. Il se met en relation avec le lieutenant-colonel  FARRO (nom de résistant Fromental -*-) qui était de descendance juive.

-*- Colonel Raymond Raoul Isaac FARRO – Saint Cyrrien – ( 1939- avril 1944) FFI, membre du mouvement « combat » créé en 42 par E. Michelet, chef régional de l’AS pour la R5, arrêté, évadé, intercepté à nouveau à Brive fin mars 44, torturé, exécuté, son dernier cri fut « vive la France ! » Epoux de Paulette PAROUTY, il est le symbole du patriotisme le plus pur. A reçu la distinction de Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de guerre, Médaillé de la résistance.

CM : c’est mon père qui l’a fait monter de grade après sa mort,  quand il était ministre,  car sa veuve n’avait rien.

LC : Raymond LACOMBE a été chargé par le lieutenant-colonel FARRO de s’occuper du recrutement. Le 29 janvier 44, la R5 (compte tenu des arrestations, Edmond MICHELET avait été arrêté, sous son nom de résistant  Duval) qui était en relation avec tous ces gens-là, s’est déplacée aux Escures à Terrassons et y est restée du 29 janvier 43 au 29 janvier 44. En janvier Léonid a remplacé Duval et la R5 s’est déplacé vers le lot. Il y a un deuxième épisode important parfois critiqué car les gens ne savaient pas. Compte tenu de ses relations avec la banque, FARRO avait demandé à LACOMBE de voir ce qu’il pourrait faire. Un jour un jeune électricien à Terrassons lui a demandé s’il ne pouvait pas rentrer dans la milice avec eux. Il n’avait que 18 ans. Il a rendu compte à FARRO  de cette proposition et FARRO l’a encouragé à le faire. Alors qu’il recueillait des renseignements il a été suspecté à tort de vendre les autres de la milice.

PH (Philippe HAMELIN) : pourquoi on s ‘engage ? en ce qui me concerne il y a eu 2 événements : d’une part ma mère était d’origine belge, elle avait 16 ans dans la guerre de 14-18 à Bruxelles. Elle  nous racontait que les allemands coupaient les mains des enfants pour pas qu’ils se battent à la prochaine guerre et coupaient les arbres pour que la famine s’installe. Ça nous a marqués. D’autre part à St Joseph de Périgueux où j’étais pensionnaire, je jouais avec une petite balle et d’un coup elle a disparu. Au pied du mur où je jouais j’aperçois un trou. Je me propose d’aller voir à l’intérieur, le bâtiment était un grand théâtre avec un trou de souffleur. Je descends là où ma balle était tombée. Mais il me fallait des allumettes. J’en trouve et je reviens à cet endroit, je trouve ma balle et je vois que tout le fond de ce théâtre était rempli d’armes (en 1941-42) donc St Joseph était déjà dans la résistance. Je sais que je ne peux pas garder ce secret mais je ne peux pas le divulguer. Je vais voir le confesseur qui  me dit d’aller voir le directeur qui me dit de ne jamais en parler. Plus tard en revenant à ce même endroit il n’y avait plus aucune arme. En 43 je suis entré dans un réseau de résistance.

CM : ce qui a donné une impulsion à la totalité de la résistance est l’obligation de STO en octobre 43. A ce moment là, beaucoup de jeunes (18 ans et +), plutôt que d’aller travailler en Allemagne, ont pris le maquis. C’était difficile parce qu’ils n’avaient pas d’armes, pas d’entrainement, ils risquaient de se faire « flinguer »  bêtement. Il a fallu l’arrivée de l’armée secrète supervisée par des vrais militaires pour organiser tout ça. Les jeunes de 18 ans n’étaient pas aptes, seuls, à se battre. Mon père a été mis rapidement en relation avec le premier réseau, près de Montpellier, mais il a fallu attendre plusieurs mois que ça s’organise. Si l’on voulait avoir une vraie utilité il fallait se mettre en relation avec Londres. Ça n’a pas été facile mais c’était nécessaire. Les résistants sous-estimaient ceux qu’ils avaient en face d’eux. Le nazisme, en face d’eux, était créé depuis 1933 et fonctionnait très bien depuis l’Allemagne. Il était très organisé. On dit qu’on ne savait pas ce qui se passait en Allemagne mais j’ai retrouvé des archives avril 1934 avec des photos, il y a dix pages sur le premier camp de concentration de Dachau. Les gens ne voulaient pas savoir parce que c’était moins fatigant, mais ça ne voulait pas dire qu’ils étaient collabo. Ils attendaient de savoir ce qui allait se passer. Les débuts de la résistance étaient très difficiles. Mais le résultat est là

Un intervenant s’adressant à LC :  il y a dix pages dans un de tes livres consacrées à mon cousin et à ta femme mais ce livre n’est plus édité.

Un intervenant : le sujet est passionnant, il pose beaucoup d’interrogations et il est très vaste pas seulement pour l’Histoire. Il introduit les mécanismes qui font qu’on a été obligés de résister. Mais il y a autant d’histoires que de personnages. Mais comment peut-on avoir résisté dans sa vie et ne plus être résistant ensuite. Comment peut-on avoir résisté mais sur un seul sujet, et ne plus résister ensuite. (Comparaison avec les collectionneurs qui collectionnent un truc puis plus rien)

CM déjà on résiste contre quoi ?

Ça peut perdurer à condition d’avoir un thème qui pousse à la résistance. Evidemment. On peut résister sur d’autres sujets à travers le monde. On peut s’insurger mais qu’est-ce qu’on peut faire pour des sujets dans le monde. Là la résistance, c’est vrai que ça se passait en France. On était obligés de se positionner. A partir de 1940 beaucoup de français savaient ce qui allait se passer, la seule chose à faire était de résister. Une fois que la guerre était finie on pouvait résister encore mais où ? Contre quoi ? Ensuite la guerre d’Algérie ou autres c’est de la politique. Pourquoi on résiste à la base ? Ça peut être par accident. N’importe quoi peut être susceptible de vous pousser à la résistance mais également la prise de conscience du risque qui menace la civilisation. Mon père faisait des conférences avant la guerre sur les menaces qui pèsent sur la religion catholique. Ça préparait déjà la résistance. On a beaucoup écrit sur cette époque, il y a eu beaucoup de partis pris. Beaucoup de survivants ont défendu leur bout de gras sans tenir compte du fait que ça ne s’était pas passé partout pareil. Quand PETAIN est arrivé à Paris il y avait du monde dans les rues. Plus tard pour de GAULLE  il y en avait autant, et c’étaient surement les mêmes. On découvrira tout cela  à l’ouverture des archives car le Général de GAULLE  a dit « pas avant 70 ans après sa mort ! » Ce sera intéressant pour les historiens.

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Un intervenant : toutes les petites histoires font l’Histoire. La question de la résistance c’est l’individu qui entre en résistance, on est donc bien à hauteur d’homme. Mais on peut se demander pourquoi certains n’ont pas été indignés AVANT que ça les touche personnellement.

BM : il y a un cheminement : c’était la liberté qui était en jeu. LC a parlé d’opposition avant de parler de résistance. La résistance armée est arrivée beaucoup plus tard.

Un intervenant : quand y avait l’occupation, il y avait encore des combattants de la guerre de 14 voyant l’occupant allemand, le « bosche »,  qui était pour eux encore l’ennemi. Tout ce que faisait l’ennemi créait chez eux un mouvement d’opposition.

LC : la résistance a eu 2 côtés : d’une part c’était de l’opposition. D’autre part et ensuite de multitudes de groupes de résistants se sont formés, très disparates, avec des opinions très différentes, mais l’idéal commun étant qu’il fallait se débarrasser des allemands. Mais pour faire de la résistance armée il fallait des armes, ce n’était pas facile. Le premier parachutage de l’armée secrète à Terrasson a été décidé le 4/2/44 et a eu lieu à la Tannerie le 17/2/44 (mot de passe « les chaussettes sont trouées ») et celui du Lardin (mot de passe « ma cravate est verte ») n’a pu avoir lieu. Pour le parachutage il fallait une pleine lune, un éclairage précis par rapport à la carte Michelin au 1/200000è,  et au Lardin , le terrain n’était pas prêt, l’avion n’a pas suivi et a filé faire le deuxième parachutage à Terrasson. Le matériel a été amené à LACHAUD de Terrasson et c’est MANIERE qui a caché les conteneurs dans sa bergerie jusqu’au moment où il a pu les emporter à la grotte de St Sour (29/3/44).

Histoire particulière : Robert REY, ouvrier originaire d’Ajat et garçon boucher à La Rivière de Mansac. Il y a eu 2 réquisitions : quand ils avaient besoin de spécialistes (en 1941) donc il a été pris en Pyrénées Atlantiques et y resté jusqu’au décret de février 43. Il en est parti et s’est retrouvé à Beauregard et a rejoint Raymond LACOMBE. Il cherchait à entrer en maquis mais il n’y avait pas encore de maquis à ce moment-là. Ensuite il est parti avec le 126è en Allemagne. Il est resté dans l’armée avec le grade de capitaine. On l’appelait le « grand robert ».

LC évoque aussi d’autres résistants ou familles de résistants : Jean ROUBY, Georges DELORD, CHARRIERAS, les frères REYNAUD, le Dr DAUNOIX, le Dr MAZEL, les frères BOUDY……

L’intervenant E. : je suis étonné, mais pas plus que ça, que s’agissant de répondre à la question « qu’est-ce qui vous a fait vous engager » il y a un mot qui n’est pas venu. Il n’est pas venu en 2013 mais il serait venu immédiatement à la bouche il y a 70 ans : c’est « patriotisme ». C’est ça que les jeunes avaient à la bouche. Lecture du tract manuscrit d’Edmond MICHELET qui dénonce la capitulation et appelle à la résistance,  il appelle les étudiants à aller commémorer le 11 novembre 1940 contre la décision de l’occupant, avec un extrait de l’œuvre de Charles PEGUY : « en temps de guerre, celui qui ne se rend pas a raison contre celui qui se rend ! ». Est-ce qu’il faut parler d’acte de résistance ? En tout cas c’est un état d’esprit de résistant.

CM : mon père avait organisé à Brive une manifestation énorme. J’avais 4 ans mais je m’en souviens car cela  a été une très grande peur. Au moment où la manif était à Brive les troupes allemandes sont arrivées et se sont fait  hurler dessus.

L’intervenant E.: parmi ces étudiants, certains se sont fait embastillés à la prison de la Santé à Paris. Ils n’étaient pas les premiers. On peut entrer en résistance pour une futilité, pour une bêtise de gamin, pour un tas de raisons qui font que lorsqu’on y a mis le doigt… dès que les étudiants sont entrés à la santé, ils sont devenus « résistants ». Et ils n’étaient pas les premiers : la semaine précédente il y avait une alsacienne qui avait été arrêtée le 6 novembre : je vais lire la condamnation : « accusée de s’être livrée le 4 novembre 1940, il y a trois mois environ, à des actes  contre les allemands en tirant la langue et crachant contre des allemands » : deux mois de prison. Elle a demandé plus tard à être reconnue comme entrée en résistance, mais on lui a dit qu’il fallait trois mois d’emprisonnement sous motif de résistance.  L’intervenant E. l’a rencontré 40 ans plus tard, et n’a rien obtenu en reconnaissance des faits pour elle.

Un intervenant signale que  les allemands ont occupé la zone libre au mois d’octobre et non en novembre. Ils sont entrés à Brive en octobre et il  a été fait prisonnier en octobre.

CM : l’invasion importante des troupes d’occupation était le 11 novembre 1942. C’est à cette date que  la zone libre a été supprimée.

L’intervenant E.: le 10 novembre 1942 les américains débarquent en Afrique du Nord. Les allemands qui avaient laissé une moitié de la France libre ne veulent pas que les américains arrivent par le sud et décident donc d’envahir le sud aussi. Le 12 novembre pour ne pas tomber aux mains des allemands, la flotte française de Toulon se saborde !

Un intervenant : une question à propos du STO et des jeunes qui étaient concernés par cette obligation d’aller travailler en Allemagne. Beaucoup aller se cacher dans le maquis et avaient la peur au ventre des représailles possibles contre leurs familles mais est-ce qu’on sait combien ont décidé de refuser  le STO et d’entrer en résistance.

LC : Le STO concernait  tous les jeunes de la classe 42 y compris les filles (18 ans en 1942). Donc à ce moment-là  sont arrivés de partout des jeunes qui se cachaient et dont ne savait plus quoi faire. Un des médecins résistants était appelé à faire passer en revue à la commission médicale les jeunes qui devaient partir. Il a refusé d’abord de le faire mais finalement s’est dit que ça pouvait être utile pour faire de faux certificats d’ajournement.

Un intervenant : j’ai entendu parler par mon père et mon grand père de ceux d’ici, qui refusaient le STO  et qui ont fui. Mais s’ils étaient opposants, ils n’étaient pas vraiment des résistants. Ce n’est pas le même degré de résistance que les cas que vous avez évoqué notamment dans les  grandes familles de résistants.

CM : oui, certains ont choisi le bon moment quand il est venu. Beaucoup de jeunes se sont « barrés » non pas par patriotisme mais juste pour ne pas partir en Allemagne. Mais ça n’a pas empêché certains de se faire fusiller.

DHD : être hors-la-loi n’est-ce pas être trop difficile ! Et quand il n’ya  plus de loi, comment on réglait-on  les rivalités par exemple ? Comment être chef ?

LC : les gens se connaissaient et ça faisait beaucoup. Toute la résistance terrassonnaise (tout confondu) avait organisé un repas avec 100 couverts, tout s’est très bien passé. Mais il y a eu des problèmes entre AS et FTP notamment au moment des parachutages (qui devait travailler, qui devait décider et diriger ?)

DHD : et le pardon ?

LC : c’est difficile, même pour la jeunesse allemande, mais les gens de la Wehrmacht n’étaient pas tous des nazis.

CM : il faut revenir à l’histoire : je ne peux que citer mon père. Il a été interrogé 6 mois à Fresnes puis a été fait prisonnier presque 2 ans à Dachau. Un de ses premiers soucis dès 1945 quand il est rentré, a été la réconciliation. Partant du principe que la notion de « nazisme »  n’est pas à confondre avec le peuple allemand, même si elle était appréciée par une grande quantité d’allemands. Il a dit qu’il ne faut pas confondre le peuple allemand et le nazisme, ce serait une bêtise. En tant que député de la Corrèze, il a fait voter en 1951 une loi d’amnistie vis-à-vis de tous ceux qui avaient été bannis, pour ne pas continuer de rechercher et de risquer de retomber dans une troisième guerre mondiale avec les allemands. Il fallait travailler dans le sens de la réconciliation, (confère le livre « rue de la liberté » livre non pas de revanche mais de réconciliation). Comme l’a dit Mauriac : « je pardonne mais je n’oublie pas».

LC : je n’utiliserai pas le terme de pardon,  mais la réconciliation franco-allemande était une nécessité pour les jeunes, pour notre génération et la leur.

PH : devant les événements et l’évolution du monde il faut arriver à s’entendre donc le pardon oui mais pas l’oubli.

Autre : est-ce que c’est dans cet esprit là que dans le tournage de « grives aux loups » que vous avez accepté de porter l’uniforme allemand ?

CM : le tournage s’est très bien passé mais oui, c’est dans cet esprit-là. L’avant-veille, celui qui devait jouer le rôle de l’officier allemand a lâché. D’autres m’ont dit que j’étais un dégonflé que je ne pourrais pas, j’ai dit si, mais à une condition : je veux bien faire un officier allemand mais pas un SS.

Autre : la réconciliation, on peut la poser aussi entre français : il y a beaucoup de querelles qui restent dans les campagnes.

CM : ça dépend de chaque individu. Il y a des gens qui aiment « gratter leurs croutes » qui aiment entretenir les querelles. Il y a certains individus qui sont ainsi, c’est une question de caractère et de tempérament, et aussi parce qu’on ne sait pas le pourquoi du comment, le choix d’untel ou d’unetelle. On ne peut obliger personne à passer l’éponge. Même mon père n’a jamais voulu savoir qui l’avait dénoncé.

LC : quand je parle de résistance je ne mets jamais les familles en cause. Les familles d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier. Ce qu’ont fait les parents, les enfants ne sont pas censés en porter les conséquences, ils ne sont pas responsables de ça.

Autre : il y avait beaucoup de collaborateurs mais après la libération il avait beaucoup de gaullistes

Un intervenant LF. : Je fais partie d’une famille qui a eu des problèmes avec les allemands (un cousin fusillé et brulé dans sa maison) ça ne m’empêche pas d’avoir des relations avec des allemands, d’être reçu dans des familles allemandes mais je n’oublie pas quand même.

Intervenant  : C’est beau quand même d’avoir réussi à créer la réconciliation. Votre père chrétien fervent, après tout ce qu’il a vécu, me fait penser que Jésus Christ lui-même a demandé à Dieu son père « pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » et cela n’empêche pas qu’on se souvienne de la crucifixion.

L’intervenant E. : vous parlez de réconciliation. Nous avons parlé de résistance. Il n’est pas inutile de donner une précision : le thème de la réunion de ce soir était la résistance française entre 40 et 44 mais pas la notion de résistance en long en large et en travers, cousine de  l’opposition, des rebellions etc. Le hasard de l’histoire veut que le ministre Michelet se soit trouvé aux prises, beaucoup d’années plus tard, avec des événements qu’il n’avait sans doute pas prévus, et sur lesquels il a du s’impliquer dans les années 61 quand il était Garde des Sceaux. M. Edmond MICHELET, homme d’Etat, a certainement dû avoir à combattre avec l’homme MICHELET  (tout court) car le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice a du  donner des instructions pour requérir la peine de mort pour les chefs de la rébellion (guerre d’Algérie)avec une argumentation curieuse : Si la peine de mort n’est pas requise pour les chefs de la rébellion, compte tenu des effets de la hiérarchie, il ne sera plus possible de requérir des peines suffisamment lourdes et cela nuira à la répression. Moi, je pense que ça ne ressemble pas à l’humain MICHELET et qu’il y a du avoir un conflit intime

CM je vous explique : dès l’instant où il s’est vu nommer Garde des Sceaux Ministre de la Justice, à une époque très difficile (1959)  mon père avait le sens de ce qu’il appelait le «  devoir d’Etat ». Il était Garde des Sceaux, il était nommé, il a fait son devoir d’Etat face à cette rébellion qui allait déboucher sur une guerre civile. Il était gêné pour appliquer la Loi car en conflit intime, mais c’était la Loi, il faisait donc son devoir d’Etat. En aout 1961 il a quitté le gouvernement, en désaccord avec DEBRE, sur justement cette notion de devoir, (MICHELET était partisan de la négociation avec le FLN et  DEBRE l’a jugé trop laxiste). Je veux aussi vous dire qu’il a pleuré lorsque Jean BASTIEN-THIRY,  (lieutenant colonel de l’armée de l’air), a été condamné à mort (par un tribunal d’exception pour avoir dirigé l’attentat du Petit-Clamart dans le but d’assassiner Charles de Gaule, président de la République. Il fut fusillé au fort d’Ivry en 1963 – infos complètes sur http://www.bastien-thiry.fr/ )

DrHD : on va conclure avec deux choses : l’ARES : on se rassemble on est venus de nos différents horizons. On s’assoit, on se parle, et on s’écoute sincèrement. Parfois il y a des contentieux. Mais on se respecte et j’espère qu’on continuera longtemps. La deuxième chose : on fait une lecture qui peut être une pensée, une lecture religieuse.

L’intervenant E. rend un hommage émouvant à Edmond MICHELET :

 

 

« Dieu d’Amour, Tu as guidé Edmond Michelet sur les routes du monde,

Dans une totale fidélité à la foi de son baptême. Marié, père de famille,

Déporté à Dachau, homme politique, il a recherché avec persévérance la

réconciliation des personnes avec elles-mêmes et avec Toi. Il a voulu

retrouver Ton visage en chacune d’elles.

Chaque jour, avec sa femme et en famille, il a prié. Parfois au péril de sa vie,

Il a partagé son pain, ouvert sa maison et puisé dans l’Eucharistie reçue

l’assurance de Ta présence salvatrice au cœur même des ténèbres du monde.

Dieu d’Amour, daigne glorifier ton serviteur Edmond Michelet et permets que,

Guidés par lui, nous puissions Te connaître et Te recevoir aujourd’hui, et

Obtenir la grâce que nous Te demanderons humblement par Jésus, le Christ,

notre Seigneur.»                                                                    Edmond MICHELET – 1899 –1970

Site d’infos : http://fr.wikipedia.org/wiki/Edmond_Michelet       dont extrait :

Son procès en béatification a été initié en 1976, par MgrJean-Baptiste Brunon, alors évêque de Tulle, pour son action à Brive-la-Gaillarde en faveur des Juifs allemands persécutés par le nazisme[10] « Il n’y a jamais eu chez lui ni confusion ni séparation entre l’amour de Dieu et l’amour du frère » chez cet « homme de réconciliation » que l’on surnommait « le ministre qui prie »[11], a souligné l’évêque d’Autun MgrBenoît Rivière, son petit-fils.

 

 

Articles de Presse sur cette réunion ARES :

http://www.ewanews.com/Terrasson/Societe/ares-salle-comble-pour-claude-michelet-et-la-resisatance-2341.html

 

et article Sud-Ouest : http://www.sudouest.fr/2013/05/22/l-esprit-de-la-resistance-1060442-2232.php

Lien Permanent pour cet article : http://ares-perigord.fr/mai-2013-resistance-avec-claude-michelet/

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