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Mai 21

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Mai 2014 – La Résistance en Périgord 1942-1944

COMPTE-RENDU DE LA RÉUNION ARES DU 2I MAI 2OI4

 

La Résistance en Périgord 1942-1944

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Intervenant: l’écrivain Christian SIGNOL

 

Andrée BÉGOC présente I’ARES pour les personnes qui ne le connaîtraient pas parmi les 147participants à la réunion.

 

Henri DELAGE accueille et présente l’écrivain Christian SIGNOL avant d’exposer le

déroulement de la soirée.

 

Intervention de Christian SIGNOL invité pour parler de son roman « Les enfants des Justes ».

François HOLLANDE récemment et Jacques CHIRAC en 1995 ont désigné « la France » comme coupable des crimes commis contre les Juifs pendant I’Occupation. « Sommes-nous coupables? » Ce roman est la réponse de Christian SIGNOL à cette question. Il part de I’histoire de sa propre famille pour construire ses personnages.

En effet, ses parents et grands-parents originaires d’un village du Lot ont été actifs dans la Résistance. Son père, réfractaire au STO, était membre d’un réseau résistant sur les causses du Lot; quant à ses grands-parents, boulangers, ils donnaient du pain à tous réfugiés qui en avaient besoin. Il n’y eut aucune dénonciation dans ce village; comment ces gens pourraient-ils être coupables de quelque chose? Les héros du roman leur ressemblent.

Pour Christian SIGNOL, à cette époque, la France ce n’était pas l’État Français de PÉTAIN; les agents de l’État ont obéi aux ordres; les lois constitutionnelles n’ont pas été soumises à référendum. Montrer les français de cette époque, telle est la genèse de ce livre.

L’auteur a transposé du Lot en Dordogne le déroulement de son roman. Le lecteur d’ici peut reconnaître dans les lieux Montpon-Ménestrol et Saint-Martial d’Artenset qui se trouvaient sur la ligne de démarcation empruntant le cours de I’Isle dans cette région. Christian Signol a observé minutieusement les lieux, s’en est imprégné pour y faire vivre ses personnages. C’est une démarche de romancier. Virgile et Victoria représentent, pour lui, une grande majorité de la population française.

 

Intervenant: Qu’est-ce que les Périgourdins de cette époque pensaient des Juifs?

Les gens restaient discrets, il n’y avait pas d’animosité

Intervenant: le lecteur pourrait croire, à la lecture de la page 126, que c’est en novembre 1940 que les Alsaciens ont été évacués en Dordogne et ailleurs. En réalité, c’est dés après la déclaration de guerre en 1939 que les habitants des régions frontalières avec I’Allemagne ont été dirigés par I’administration française vers des départements choisis depuis la menace vécue en 1938. Ces populations dites évacuées et non réfugiées (en Dordogne il s’agissait d’habitants de Strasbourg et du Bas-Rhin), sont reparties chez elles, pour la plupart, après I’armistice de iuin

1940 mais les juifs venus en 1939 se sont bien gardés de repartir en Alsace qui se trouva non pas occupée mais annexée par les Allemands. En novembre 1940, ces derniers expulsèrent effectivement vers la « France de I’intérieur » soixante mille francophones jugés top francophiles.

 

Assassinats et déportation de femmes et enfants à La Bachellerie.

Henri DELAGE introduit ce deuxième moment de la soirée et donne la parole à Madame Arlette MOREILLON qui a rassemblé des témoignages sur les évènements tragiques qui ont eu lieu en 1944 dans son village, en particulier le 30 mars.

L’évocation commence par la lecture du témoignage d’une rescapée d’Auschwitz, Jeannette LICHTENSZTEJN; âgée de 26 ans en 1944, elle faisait partie des 33 personnes juives arrêtées à La Bachellerie dont plus de la moitié (17) étaient des enfants de 2 à 15 ans: ce récit restitue le parcours de ces personnes de I’Europe de I’Est réfugiées en Alsace puis déplacées en Dordogne devant la menace allemande.

Ensuite vient la lecture du témoignage de Guy PÉRILHOU. Son père étâit I’instituteur de La Bachellerie. Une classe supplémentaire avait été créée et les enfants réfugiés profitaient de la scolarité en bonne harmonie. Dans les années 1950, cet instituteur donnait encore en exemple certains de ces enfants venus d’ailleurs, doués et intelligents.

C’est au printemps 1944 que commence chez nous la traque des juifs, des communistes ou supposés tels, des complices de la Résistance et des ressortissants anglais soupçonnés d’espionnage:

La Milice procède aux premières arrestations le 18 mars; puis, le 30 mars au matin, un détachement de la division allemande BREHMER composé de 300 à 400 hommes encercle le village. Il assure la protection d’éléments de la Gestapo de Périgueux agissant en concertation avec la Milice. A I’intérieur de cette ceinture de bouclage, la Gestapo va pouvoir, en toute tranquillité, arrêter, piller, incendier et fusiller.

Néanmoins, quelques personnes réussiront à s’échapper (le docteur FARAGGI, 4 personnes de la famille SCHUPAK…) grâce à I’aide de généreux habitants. Vient ici la lecture du témoignage de Madame Ninette DUFOUR dont la grand-mère hébergeait une famille réfugiée.

Le soir du 30 mars, 4 hommes « bachelliers » et 6 hommes réfugiés juifs (dont deux garçons de 14 et 15 ans) sont conduits au lieu-dit « La Genèbre » où ils sont exécutés. 4 autres juifs réfugiés de La Bachellerie ont été exécutés à des dates et dans des lieux differents.

Lecture est faite des noms de ces quatorze victimes..

Les femmes et les enfants juifs, regroupés sous le préau de l’école le temps de la rafle, sont conduits dans un pré et, le soir, ils sont transportés par camions sans bâche jusqu’au manège d’artillerie à Périgueux, sans aucune idée de leur destination. Le 6 avril, ils sont transférés de Périgueux à Drancy et, le 13 avril, le convoi 71 les emportera en compagnie de Simone VEIL, pour I’enfer d’Auschwitz. Pour la plupart, leur mort est enregistrée dès le 16 avril.

Lecture est faite de la liste de ces femmes et de ces enfants (dont 10 avaient de 2 à 10 ans et 7 un âge de 11 à 15 ans.) qui sont morts à Auschwitz.

Après ces deux appels de personnes suppliciées l’assistance observe une minute de silence.

Cette évocation des évènements tragiques qui eurent lieu à La Bachellerie se termine par la lecture des noms de 5 femmes juives qui furent les seules rescapées de I’enfer d’Auschwitz, non sans signaler que le Maréchal des Logis PRIOUZEAU de la brigade de Gendarmerie de La Bachellerie mourut en déportation à Buchenwald au mois de mars 1945.

Intervenant: -Est-ce que le commun des gens connaissait le sort réservé aux juifs?

A partir de l943,les choses commençaient à se savoir, I’existence de décrets antijuifs

pris par Vichy était connue mais ne mobilisait pas I’opposition de I’opinion; surtout, le sort finalement réservé aux juifs resta inconnu de la population française jusqu’à la fin de la guerre, en 1945. Les Juifs eux-mêmes connaissaient I’existence de la déportation mais ignoraient celle du plan de leur extermination.

 

– Joseph ESTOUP, en raison de son âge, veut donner son témoignage personnel qui ne concerne que la France rurale mais donc le Périgord probablement. Il avait douze ans en 1941 et dans son village pyrénéen que savait-on des juifs? On en disait qu’ils avaient fait mourir Jésus mais on n’en connaissait pas de vivants et on ne savait pas qu’il en existait en France, plus nombreux que les importantes personnalités juives du monde politique ou de la finance que des polémiques-portaient sur le devant de la scène depuis un demi siècle.Certes, dans toutes les paroisses de son diocèse de Toulouse les curés avaient lu en 1942 une lettre pastorale du cardinal Saliège s’élevant contre le traitement fait aux Juifs mais on ne savait pas de quoi il s’agissait.

Après le traumatisme de la défaite, la population faisait confiance au « vainqueur de Verdun » qui la protègerait et elle se préoccupait dorénavant d’abord du sort du million et demi de prisonniers captifs en Allemagne et ensuite de la pénurie de certaines denrées. Les évènements majeurs qui ébranlaient le monde restèrent ignorés dans un village sans téléphone, sans journaux et où seuls I’institutrice et le garde forestier possédaient un poste de TSF. Il fallut attendre l’occupation de la Zone Libre en Novembre 1942 pour prendre conscience de I’emprise du vainqueur allemand.

– D’autres que les juifs ont été visés par la déportation: les résistants, les communistes, les francs-maçons, les tziganes…

 

La France est-elle coupable?

Cette question fait débat en France depuis cinquante ans, après avoir été mise sous le boisseau dans I’immédiate période après guerre.

Pour Christian SIGNOL la France n’est pas coupable, Le coupable c’est I’Etat Français. De la même manière, il ne faut pas confondre allemands et nazis’

 

Intervenant: – où étions-nous dans la France de 1942? Non pas dans la résistance. Il fallut attendre novembre 1942 et l’invasion de la Zone Libre pour que la résistance commence à se manifester. Monsieur SIGNOL a rappelé Montoire et la poignée de mains entre PETAIN et HITLER mais cela se passait en 1940. Longtemps après, un ministre de Vichy faisait le plein dans un meeting au Lardin.

Intervenant : comme Jean Moulin qui était préfet ou le gendarme de La Bachellerie ont bravé l’État Français, ils ont fait un choix.

Intervenant: – parmi les français qui n’ont pas fait le même choix il y avait des honnêtes gens agissant de bonne foi et qui n’ont pas été impliqués dans des exactions.

Intervenant: – Pour J. ESTOUP, tout le monde peut s’approprier mot à mot I’opinion de Christian SIGNOL « ma France à moi n’est coupabie de rien » mais les divergences viennent de ce qu’on met dans « ma France à moi ». S’il s’agit de la France résistante, on I’oppose à la France qui n’a pas résisté et on peut créer une opposition pour toutes les époques de notre histoire. Ce débat national ne peut cesser qu’en considérant que la France est une seule, avec ses laideurs et ses beautés. Il faut assumer les laideurs et gommer les anachronismes car ce qui aujourd’hui nous semble criminel ou tout au moins laid ne l’était pas pour ceux qui en furent les auteurs. Il faut assumer le passé mais il ne faut demander pardon à personne. D’abord, parce que les victimes ne sont plus là pour pardonner et leurs descendants ne sont pas dignes d’elles quand ils réclament une réparation. Cette opinion appelant une protestation, il faut entendre « réparation matérielle » (car if faut évidemment réclamer jusqu’à « obtention Justice » ou « reconnaissance des faits »). Ensuite, parce que les français d’aujourd’hui ne sont pas responsables de ce que leurs ancêtres, sinon seulement leurs prédécesseurs, ont fait de mal comme de bien.

Intervenant: – Serge KLARSF-ELD a déclaré: « Vichy a contribué efficacement à la perte d’un quart des juifs de Fiance…les français ont puissamment aidé au salut des trois quarts des juifs français. »

 

Questions à méditer:

Est-ce que les leçons de I’Histoire sont utiles?

Elles sont si utiles si elles permettent de se conduire comme on aimerait que se soient conduits ceux dont on réprouve [a conduite.

Mais pour que se produise cet effet bénéfique deux conditions sont à remplir: d’abord, il faut que l’Histoire soit connue; ensuite, il faut que la France actuelle et future soit capable de discerner le Bien et le Mal, Ces deux responsabilités  reviennent à l’Éducation Nationale.

 

Une bonne culture historique est-elle indispensable?

Un peuple qui oublie son histoire est condamné à mourir. En regardant de longues périodes on constatera des avancées (disparition de l’esclavage, place des femmes, protection de l’enfance, etc.) mais on reconnaitra que « la solution finale » ne fut pas une avancée car un tel génocide n’avait jamais été commis dans toute l’histoire de l’humanité.

. Où est le progrès?

La réponse sera nécessairement subjective: ombre et lumière; I ‘abject côtoie I’ héroïque; force et faiblesse sont en chacun de nous.

Où est la lumière? Bienveillance, attention à l’autre, à chacun de nous de trouver sa lumière’

La réunion s’est terminée par Ia lecture de I’Article premier de la déclaration des droits de I’Homme. Elle procède du sixième commandement de Dieu pour les juifs et les chrétiens:

<<Tu ne tueras pas!>>

 

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