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Mai 21

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Mai 2015 – Proximité et tolérance

PROXIMITÉ ET TOLÉRANCE

Témoignages d’élus locaux

 P1000758

(Invités : Serge Pèdenon ; Stéphane Roudier ; Jean Pierre Jacquinet)

 

Réunion du 21 Mai à Bersac (55 participants)

  

Présentation de l’ARES à l’assistance qui comprend de nombreux élus.

 

Serge PEDENON, et « Défaire les conflits locaux ». Maire de Peyrignac depuis 15 ans (après un mandat d’adjoint) il partage son expérience.

Les occasions de conflits de voisinage sont nombreuses : bruit, animaux, urbanisme, limites de propriété… mais aussi conflits conjugaux ou familiaux et haines tenaces survivant à plusieurs générations.

Le Maire est responsable devant le Procureur de ses actes.

Une décision primordiale est de distinguer ce qui est de la responsabilité et des capacités du maire et le travail de la gendarmerie. Les maires n’ont pas de formation à la gestion des conflits et sont dans une position inconfortable. La Gendarmerie, comme beaucoup de Services Publics et d’Etat, se « défausse » des responsabilités et missions qui lui incombent sur les maires (faute de moyens, de personnel…) : « Arrangez vous avec le maire ! »

Plusieurs possibilités d’action s’offrent au maire : la conciliation, le rappel à la Loi ou la sanction (« PV, pas la meilleure solution »). Mais « il ne peut pas prendre partie pour l’un ou l’autre, il doit rester neutre » si il veut garder une chance de conciliation. La discussion doit rester « terre à terre, avec du bon sens ». « Ne pas vouloir faire plaisir à tout prix ». Il existe des personnes qui multiplient et font durer des conflits, interminablement, d’appels juridiques en appels juridiques. (Quelle est la place de la pathologie mentale ?)

Un frein à l’efficacité est la moindre considération apportée à la personne et à la fonction du maire : moins considéré, ses avis sont moins respectés qu’auparavant.

Ce qui n’est pas de la compétence du maire : conflits entre voisins, violences conjugales, bagarres, vols, trafics… qui sont du ressort de la gendarmerie et de la Justice. Les problèmes de bornage, de limites sont de la compétence du géomètre. Le maire ne doit pas intervenir.

Une aide à la convivialité est proposée par un site internet municipal qui indique les différentes règles et lois : heures et jours « sans bruit », période avec possibilité de bruler les végétaux… Ces règlements sont là pour éviter les conflits.

-« Où s’arrête le rôle du maire ? ». « Peut aller de la conciliation jusqu’à l’amende. Pas au-delà »

-« Possibilités de prévenir les conflits ? ». « Détecter tôt avec flair, sensibilité et la connaissance de la population. Aussi, encourager les associations. La vie associative civilise les gens ».

-« Rôle du médiateur ? ». « C’est le même que celui du maire »

-« Rôle de l’équipe municipale ? ». « Ils ont l’appui du sous-préfet. Mais en fait cela revient au maire après quelques allers-retours ». Le maire est responsable et tenu au secret professionnel.

-« Conciliateur de Justice ? ». « Missionné par le Procureur pour entendre et lui transmettre les dires –Le procureur donne suite ou pas».

-« Médiateur ? ». « Pas de pouvoir. Pèse de lui-même sur les rencontres, par sa respectabilité, pour que les parties trouvent elles-mêmes la solution ».

-« Médiateur de la République ? ». « Arbitre les conflits de particulier avec une administration, un corps d’Etat… »

-« Problèmes de sécurité publique, en particulier toitures ? ». S’il y a péril la situation est signalée au propriétaire Le >Maire est responsable en ce qui concerne la voie publique. Un arrêté d’urgence peut être pris (barrières..) et une démolition imposée en dernier recours.

 

« Le maire est devenu le bouc émissaire. Surtout avec le désengagement des pouvoirs publics et la complexification des règlements. C’est de plus en plus difficile. »

 

Stéphane ROUDIER (S.R) « Accueillir les nouveaux habitants ». Maire de Condat depuis 1 an, il était auparavant Conseiller Municipal et très engagé dans la vie associative. S.R. pense que la façon d’être des élus (et des personnes en général) importe beaucoup pour l’accueil de l’autre. Il se présente comme « petit fils de paysan, occitaniste fier de défendre nos traditions, maire du plus beau village du Département, avec ses bâtiments du XII°…». « Très attentif à la communication et à l’ouverture aux autres ». « Enraciné et fier de ses traditions et de sa culture occitane, il peut s’ouvrir sans crainte et l’offrir en partage au nouveau venu ». « Je ne suis pas un politicien professionnel, je ne fais pas tout et n’importe quoi pour être réélu ».

L’accueil d’une personne ou d’une famille dépend des désirs de cette personne et du milieu accueillant. « Si la personne veut vivre fermée et ne rien partager, aucune relation ne peut se tisser quoi qu’on fasse» (cf ;CR ARES 12/11/2014). Il existe des cas heureux où un nouvel arrivant se présente de lui-même à la Mairie. S.R. se fait alors un plaisir de lui faire visiter son village et de lui présenter les différents associations à disposition. Cela permet une intégration heureuse et profitable.

« Représentant sa commune un élu a le devoir d’avoir la volonté de s’ouvrir et d’agir pour partager : cela passe par la prévention et par une impulsion de l’animation de la vie locale, en particulier associative, pour contribuer à un climat apaisé ».

Des obstacles existent actuellement : l’individualisme et le consumérisme. « L’individualisme qui se développe, détruisant la tradition d’hospitalité et de partage traditionnelle, rendra toute vie sociale difficile, voire impossible ». « Maintenant on surconsomme des biens, des services sans s’inquiéter des conséquences ». Un symptôme est le temps passé devant les écrans, en particulier pour les plus jeunes, qui empêche de vivre des relations vraies (de voisinage, d’amitié, amoureuse…)

La précarité sociale est aussi un frein à l’intégration : le Maire a très peu de pouvoir dans ce domaine.

Les moyens de l’élu local : « Le milieu associatif est à privilégier…libre…gens demandeurs…crée du relationnel, il est fédérateur…la culture est indispensable pour lier. ».

Pour permettre à la population d’être actrice de son destin, S.R. a créé un « Agenda 21 » (initiative locale déclinée dans de nombreuses communes dans le cadre d’un plan d’action pour le XXIe siècle). Il s’agit d’un groupe de personnes (5 élus et 20 citoyens) proposant des solutions concrètes pour le développement durable selon plusieurs axes : améliorer le social, l’économique et l’environnemental. Le groupe est à l’écoute de la population et a une forte implication dans l’éducation, en particulier des jeunes, investissant pour l’avenir. « Sans transformation des mœurs et habitudes, les générations futures devront solder les énormes problèmes (financiers, sociaux et environnementaux) que nous laissons s’ouvrir, depuis longtemps, par facilité ». « Il est essentiel de distribuer les activités économiques dans les communes, ne pas les concentrer dans une ville centrale. Il faut rapprocher les entreprises des gens qui y travaillent, aménager le territoire ».

-« Vouloir augmenter les habitants d’une commune ? ». « C’est l’ambition de beaucoup (avec augmentation des recettes   et subventions), mais ce n’est pas systématique et pas n’importe comment. Attention ! Il faut qu’en face de l’augmentation de population il y ait une augmentation de l’offre de services et d’infrastructures. Par exemple si je prévois le logement pour 300 habitants de plus, il faut peut être 1 ou 2 classes de plus, d’autres services ou commerces aussi. Quelle est la pérennité ? Si je ne peux pas aménager, je crée une cité-dortoir avec perte de l’âme du village».

-« La protection des terres agricoles ? ». « C’est un souci. Il ne reste plus que 2 agriculteurs à Condat, bientôt 1 seul ». « 82 000 ha de terres cultivables disparaissent chaque année en France entre 2006 et 2010 ». « Alors que l’on craint une pénurie alimentaire mondiale, avec les problèmes qui vont l’accompagner, pour bientôt ! ». Les plans d’urbanisme déterminés à la Mairie ou à l’intercommunalité sont de la plus grande importance pour l’aménagement de notre espace.

-« L’accueil des touristes ? ». « Les touristes ne viennent pas dans une cité-dortoir sans âme. Notre culture, notre patrimoine, notre authenticité sont nos meilleurs arguments. Lascaux IV va attirer plus de séjours. Il faut s’y préparer. Il faut là aussi qu’un plan prévoie des structures convenables ».

 

– Les études montrent que la priorité pour l’implantation de familles nouvelles a changé : ce n’est plus le travail qui est déterminant, c’est l’éducation (collège, lycée), le médical (Hôpitaux et services médicaux). L’emploi n’arrive que en 3° critère avec la recherche de services sociaux tolérants .

– Accueil des gens du voyage ? Une commune, Pazayac, a un grand nombre de foyers de cette communauté. Cela pose des problèmes de voisinage, de conflits sur droits et devoirs de chacun… ».  La plupart sont sédentarisés, avec des aides publiques (notamment, prêt à l’intégration), et ne posent pas de problèmes ;mais d’autres si…

« La création d’aires d’accueil est un problème récurent. A Condat il y a plusieurs familles, sédentaires, très bien intégrées. Le problème vient de la Loi qui oblige les communes de plus de 5000 habitants à avoir une aire d’accueil n’est pas respectée. Chacun accepte que cette aire soit créée mais « not in my garden ! », chez le voisin ! ». La date butoir avant laquelle doivent être créées ces zones, après avoir été repoussée plusieurs fois, est 2016 (coût d’une aire : 850 000 Euros)

– Au delà des règlements, que fait on, nous, pour accueillir ces gens ?

« Parmi les plus vieilles tombes du Lardin existent des tombes de voyageurs. D’ailleurs, parmi ces vieux Lardinois, plusieurs ont participé aux guerres mondiales, certains sont morts pour la Patrie. On ne peut pas les distinguer, ils font partie de la communauté de plein droit ».

-« Ne peut on distinguer et encourager des « supers-citoyens qui bénévolement, dans des associations ou individuellement, créent du lien, tissent des relations dans leur entourage, en particulier au service des plus vulnérables ? Sur le modèle des hypers-citoyens lanceurs d’alerte ? » ?

 

Jean Pierre JACQUINET et « Laïcité et communautarisme » à propos des menus collectifs et des interdits alimentaires religieux. J.P Jacquinet est élu municipal de Terrasson responsable du Centre aéré et longtemps responsable des menus de la cantine scolaire.

Lors de sa prise de fonction il lui a été dit que le jambon, que tout le monde appréciait (« il n’y avait pas de retour ») n’était pas servi à la cantine, des parents musulmans protestant régulièrement et « on » avait décidé de supprimer le jambon. Il a toujours été proposé un plat de substitution aux enfants dont les parents en font la demande, mais les récriminations (individuelles) sont récurrentes. « En fait les menus particuliers, confessionnels ou autres ne sont ni un droit ni obligatoire du fait de la Loi de la République laïque. Ce serait de toute façon impossible avec des menus hallal, casher, végétarien, végétalien, « intolérants » divers (lactose, gluten…) »….

« Actuellement un équilibre a été trouvé, avec les menus de substitution »

-Combien de mosquées à Terrasson ?

« Il y a 3 mosquées dont 1 en construction. Elles sont financées par souscription publique auprès des pratiquants ». « Place Yvon Delbos, la Chapelle Saint Julien, a été outragée, il y a quelques années. Une mosquée étant proche, ont a accusé d’incivilités des jeunes… ». « La construction d’une clôture d’enceinte a fait cesser ces désagréments ».

-« Des enseignants turcs à Terrasson ?». « Oui, des enseignants payés par le Gouvernement turc viennent donner des cours du soir, dans les locaux publics ». « Est-ce un enseignement religieux ? on dit qu’ils étudient le coran ? ».  « Ce n’est pas possible à vérifier, je ne lis pas le turc et c’est en langue turque ». « Dans un lieu public ? …des enfants français car nés en France ?… »

 

Clôture de la réunion : beaucoup de pistes pour organiser de nouvelles rencontres : la laïcité, le multiculturalisme, possibilité de vivre en paix sur un territoire pour des communautés ayant des référents différents, tolérance (avec un sujet sur le judaïsme déjà prévu en Octobre 2015, sur l’islam, sur le bouddhisme ?)… en plus des projets en cours.

 

Remerciements à S.Pèdenon, S. Roudier et J.P Jacquinet pour leur franchise et leur liberté de ton. Remerciements aux participants pour la bonne tenue de la réunion ; sans omettre les élus présents dans le public et qui ont participé activement.

 

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