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Mar 21

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Mars 2012 – Le travail dans la vie sociale

ARES

 

Le 21 mars 2012

 

28 participants

 

 

Cette réunion fait suite à celle du mois de février sur Le Travail et sa place dans nos expériences personnelles. Aujourd’hui nous aborderons le travail dans la vie sociale, dans l’Histoire de notre société.

 

Lors de la réunion précédente, nous avons défini que le travail permettait de subvenir aux besoins primaires (manger, se vêtir, avoir un toit, s’occuper), et qu’il donne une dimension de reconnaissance, d’identification vis-à-vis d’un groupe. C’est également un don : un don privé des mères au foyer, un don collectif des bénévoles… C’est enfin également une relation faite d’échanges dans une société marchande : échanges de biens et de services.

 

Etymologie : (bas-latin) trepalium, devenu tripalium = instrument de torture

 

Mais pas seulement… Le même instrument était celui sur lequel on attachait des animaux pour les soigner. Donc ce pouvait être un instrument de soin.

 

En hébreux, travail se dit « adobah » qui signifie à la fois travail et service.

 

 

 

Nathalie GENESTE, maître de conférence en économie à la faculté de Bordeaux, a observé lors de la 1ère séance, que les expériences individuelles diverses, positives comme négatives, faisaient chœur pour poser avec angoisse la question : « Mais comment en est-on arrivé là ? »

 

L’Histoire nous apprend qu’on n’en est pas arrivé là si récemment que l’on pense : dans les années 70, ou 50 on se dit que ce n’était pas comme ça, mais si. C’était déjà globalement comme ça. Depuis 200 ou plus on identifie des problématiques et on tente d’y remédier.

 

D’après les expériences que nous avons partagées lors de la première séance, il faut déterminer si elles définissent un monde du travail particulier à nos communes, ou si elles sont significatives du monde dans lequel on vit.

 

 

Procédons à un rappel des statistiques nationales sur le monde du travail en 2010 (dernière enquête officielle), en ayant conscience que les statistiques sont à prendre avec précaution selon les critères qui définissent les modes de comptage :

 

En 2010, donc :

 

25,7 millions de personnes en France ont un emploi. (NB : « emploi » ne veut pas dire « travail »)

 

2,7 millions sont au chômage (chômeur : personne de 15 ans et plus qui n’a pas travaillé au cours de la semaine de référence pour l’enquête, qui est disponible pour travailler sous deux semaines, et qui a entrepris des démarches effectives de recherche d’emploi ou qui a un travail qui doit commencer dans les trois mois à venir). En France on doit se déclarer chômeur sinon on n’est pas perçu comme tel par la société.

 

21 ,6 millions de personnes inactives (inactif : qui ne travaille pas et ne démontre pas rechercher activement un emploi, mais peut en occuper un ), ce qui équivaut à 43% population, dont 26% de personnes de plus de 60 ans (retraités, donc comptés comme inactifs).

 

 

Les actifs : 11,5% des personnes ayant un emploi sont non salariées.

 

52% de ces non salariés sont des artisans ou commerçants.

 

Un quart exerce une profession libérale

 

Un sixième sont les agriculteurs

 

La minorité qui reste représente les chefs d’entreprises de plus de 10 salariés.

 

Les femmes ne représentent que 30% des emplois non salariés (agriculture, commerce, artisanat, …)

 

Les non salariés sont en moyenne plus vieux que les salariés, ce qui pose la question de la prise de risque dans l’entreprise individuelle : 46 ans d’âge moyen pour les non salariés, 40 ans pour les salariés. On note que c’est un âge relativement élevé : les jeunes sont donc peu présents dans l’emploi.

 

L’emploi salarié domine en France : 88,5 % des emplois sontsalariés.

 

On compte autant d’ouvriers que d’employés

 

40% des salariés exercent des professions intermédiaires ou de cadre

 

NB : le groupe des ouvriers diminue sur les dernières années, le groupe des cadres et des professions intermédiaires augmente.

 

 

La répartition par genre : 12 millions de femmes ont un emploi.

 

5,7 millions d’entre elles, c’est-à-dire près de la moitié, sont employées et dans l’autre sens : les 3/4 des employés sont des femmes.

 

19% des ouvriers sont des femmes.

 

39% des cadres sont des femmes. La part des femmes augmente dans ce groupe.

 

 

La répartition par secteur économique :

 

Le secteur tertiaire emploie les 3/4 des emplois (NB : indice important à propos de la souffrance au travail)

 

14% des emplois sont dans l’industrie

 

7% dans la construction

 

3% à peine dans l’agriculture

 

Les ouvriers sont dans l’industrie pour 43% et dans la construction pour 51%. On les trouve aussi dans le tertiaire (dont 14% dans le transport), les sciences techniques et l’administration publique (propreté hygiène, statut ouvrier)

 

Les employés se retrouvent dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration pour 45%. On les trouve sinon dans l’administration, l’éducation, la santé, l’action sociale, et on note que 3/4 sont des femmes.

 

Les cadres se trouvent dans la finance, l’immobilier, la communication. C’est 30 à 50% des emplois.

 

 

La répartition par âge :

 

87% des jeunes de 15 à 24 ans sont salariés avec un CDI, cela donne une indication sur l’idée qu’on se fait de la « précarité de l’emploi ». D’ailleurs le CDD ne représente pas tout à fait 10% de toute la population active, l’intérim en représente 2% et l’apprentissage 1,5%. On rencontre majoritairement les jeunes dans les contrats de type CDD et intérim on retrouvera surtout les jeunes.

 

Ça pose la question de l’intérim et de l’apprentissage. (les gouvernements successifs mettent cette question au cœur du débat)

 

 

Le sous-emploi : cela concerne des personnes qui travaillent à temps partiel mais qui souhaiteraient travailler plus longtemps, c’est donc un temps partiel subi. Ce peuvent être aussi des personnes en CDI temps plein mais au chômage technique (6% des personnes en France).

 

Les deux tiers de ces personnes sont des femmes (particulièrement concernées par le temps partiel subi). L’écart entre femmes et hommes se réduit car les hommes se retrouvent plus souvent au chômage technique pour raison de crise économique.

 

Parmi les personnes frappées par le sous-emploi, on retrouve principalement la classe d’âge des jeunes, et la catégorie des employés.

 

 

Le chômage :

 

Il touche 2,7 millions de chômeurs en France en 2010, soit près de 9,5% de la population active.

 

23% des 15-24 ans sont au chômage.

 

La catégorie des ouvriers est la plus frappée par le chômage : 13.5%

 

Et d’un point de vue général, ce sont les moins diplômés qui sont particulièrement touchés (15%) et les plus âgés (+50 ans).

 

Le chômage des cadres progresse plus vite que le chômage des ouvriers et des employés : ça fait 4 ans que le chômage des cadres augmente (et de plus en plus vite).

 

Le chômage des hommes est inférieur à celui des femmes (9.7% pour les femmes pour 9,3% de moyenne nationale)

 

La durée du chômage est plus longue. 54% des chômeurs de plus de 50 ans sont au chômage depuis plus d’un an, et 30% le sont depuis plus de deux ans. Dans la population générale ce sont 40% des chômeurs qui le sont depuis plus d’un an et 18% depuis plus de deux ans.

 

NB : Il faut savoir qu’il existe une « dispense de recherche d’emploi » qui concerne les chômeurs de plus de 50 ans. Ils restent inscrits, touchent leurs allocations et ne sont pas comptabilisés. Avec la réforme des retraites ça a changé. Maintenant les chômeurs de plus de 50 ans vont rester plus longtemps dans les chiffres.

 

 

Le « halo du chômage » : Ce sont des personnes qui ne travaillent pas et ne sont pas comptées comme des chômeurs officiellement parce qu’ils ne recherchent pas d’emploi activement (souvent parce qu’ils ont baissé les bras) mais qui voudraient bien. Ou alors ils ne sont pas « disponibles » selon les critères de l’enquête. Ils représentent 2,8% de la population active.

 

 

Tous ces chiffres posent plusieurs questions :

 

– On peut repérer dans les statistiques un problème qui peut être culturel : il y a seulement 0,5% de chefs d’entreprise, cela traduit-il un manque de volonté d’entreprendre ?

 

– L’équation entre l’offre et la demande de travail, la demande de travail émanant des entreprises et l’offre de travail émanant des travailleurs. Les économistes s’interrogent sur l’appariement entre cette offre et cette demande, en nombre et en qualité : Est-ce que les jeunes, si nombreux à être au chômage, sont bien qualifiés ?

 

 

Qualification et diplôme :

 

En France, on considère que pour être qualifié il faut être diplômé. Pourtant les études ne sont pas la porte ouverte à un emploi, cela ne suffit pas. Il faut l’adéquation entre le diplôme et le jeune formé : s’il ne vit pas son diplôme, il ne vivra pas non plus sa recherche d’emploi ni sa rencontre avec l’employeur.

 

Le système de formation est comme une loupe sur les besoins de la société. Parmi les réseaux de formation, l’Université, qui a longtemps été considérée comme déconnectée de la réalité, est un réseau de formations qualifiantes. Mais à cause du malentendu sur la qualité des formations de l’Université, les jeunes et les professionnels qui se reconvertissent ou qui veulent valider leur expérience par un diplôme se voient refuser le financement de ce cursus s’il est fait à l’université. On les encourage à se tourner vers la CCI. Pourtant même l’apprentissage peut se faire à l’université, et pas seulement pour les jeunes de 15-16 ans.

 

La formation et ses débouchés posent en amont le problème de l’orientation des jeunes. L’orientation peut être incitée par les parents et parfois selon des images stéréotypées mais erronées de certaines voies. La représentation familiale du travail est primordiale mais ambivalente : Lors de la dernière réunion on avait vu que des parents, souhaitant que leurs enfants évitent la pénibilité de leur travail, les incitaient à suivre des études pour choisir autre chose, étaient surpris que leurs enfants finissent quand même par choisir le travail de leurs parents. Il y a une part de transmission de l’amour du travail qui prévaut sur les mises en garde contre la pénibilité de ce même travail.

 

A cause d’une mauvaise orientation, on voit des jeunes de 30 ans ou plus qui ne savent toujours pas ce qu’ils veulent faire. Lors de l’orientation des bacheliers, c’est un ordinateur qui incite fortement, en fonction de paramètres statistiques, de suivre ou de laisser tomber un choix. Il n’est pas tenu compte de la personnalité, du rêve, des capacités ou de la tradition familiale dans laquelle le bachelier baigne. Mais pour le jeune bachelier inexpérimenté, quel recul peut-il avoir face à un ordinateur inflexible car mathématique s’il n’a pas la possibilité de bénéficier du regard averti d’un grand frère ou d’une grande sœur l’ayant précédé, ou d’autres adultes connaissant mieux le système ? Le système d’orientation crée déjà des souffrances. Il faut déjà récapituler ce qu’on sait de soi à 18 ans, ce n’est pas facile.

 

Pour procéder à une meilleure orientation il faut aussi tenir compte des opportunités réelles d’emploi sur le marché du travail : il n’existe pas de réelle comptabilisation des emplois recherchés spécifiquement par l’indus et le service mais qu’on ne pourvoit pas parce qu’il n’y a personne qui corresponde. Par exemple, lors d’un forum de rencontre entre employeurs et chercheurs d’emploi dans la région de bourges, 5000 emplois étaient offerts et 900 n’ont pas été pourvus, on ne comprend pas pourquoi. C’est soit qu’il n’y a pas la bonne adéquation entre la demande d’emploi et l’offre de travail, soit que les employeurs cherchent la perle rare, la personne jeune mais pas trop, compétente, diplômée mais pas trop et qui coûtera tout juste le SMIC.

 

 

Notre rapport à la rémunération contribue aussi au chômage :

 

L’entreprise peut se permettre de rémunérer un salarié à hauteur de la valeur qu’il lui apporte. Si on paie plus que ce qu’on produit, il y a un déficit, même les entreprises humanistes et solidaires ne peuvent pas se le permettre. Le système social est remarquable pour compenser cela, mais c’est un système coûteux. Les entreprises cherchent la perle rare, jeune mais pas trop, diplômée mais pas trop, avec expérience mais pas trop et qui coûte le SMIC.

 

En temps de crise ces salaires minimum ne suffisent pas pour survivre, donc on les augmente. Cette augmentation est reportée sur les autres salaires « libres », donc les entreprises demandent plus de productivité pour le même salaire.

 

La différence entre les bas et hauts salaires est mal gérée : Dans les années 70 l’écart entre les hauts et bas salaires était de 1 à 3, de 1 à 7 dans les années 80, de 1 à 18 dans les 90, il est maintenant de 1 à 114.

 

NB : attention, il faut nuancer l’observation : dans les années 70 il y avait moins d’entreprises surcotées en bourse ; au milieu des années 90 les places boursières ont changé la donne)

 

Le salaire moyen des employés et des ouvriers est inférieur dans le privé par rapport au public.

 

Par contre les cadres sont moins bien rémunérés dans le public que dans le privé.

 

NB : Dans le public il y a une sur-représentation des enseignants, moins payés, cela nuance la statistique.

 

 

Le « travailleur pauvre » : c’est celui dont le revenu lié au travail n’assure pas un niveau de vie décent. Ce n’est pas nécessairement dû à un salaire horaire insuffisant, mais plutôt au temps de travail insuffisant. Ils travaillent en moyenne 10 à 13 semaines par an.

 

Il y a des inégalités dans le marché du travail : on observe une segmentation des marchés de l’emploi : – segment primaire de l’emploi : ce sont des emplois sûrs, valorisés, principalement des postes de fonctionnaires et de grosses entreprises du CAC40. Ce sont les emplois que tout le monde vise.

 

– segment secondaire, les autres emplois.

 

– segment tertiaire : ceux qui sont en dehors du marché.

 

Un employeur recrute de préférence un chômeur plutôt que quelqu’un qui vient du secteur secondaire. Du coup il devient raisonnable d’attendre le chômage, voire de gérer sa situation de chômage, pour avoir plus de chances d’être recruté dans les secteurs porteurs.

 

C’est typiquement français. On retrouve le même comportement en Allemagne où il y a la même inertie du chômage liée à l’aide, tandis qu’à l’échelle européenne, en Angleterre, au Danemark, en Suède, même s’il y a d’autres facteurs, cette tendance diminue.

 

En France, étant donné le marché de l’emploi, il semble qu’accepter des petits emplois provisoires éloignés de l’objectif premier donne l’impression d’être disqualifié. Les gens craignent de dévaloriser leurs compétences et de ne jamais pouvoir valider une expérience dans leur domaine. De ce fait ils préfèrent ne pas prendre un petit emploi et attendre « le bon poste ».

 

 

La mobilité :

 

51% des actifs sont bacheliers. Parmi ces actifs, sont surreprésentés ceux qui acceptent la mobilité.

 

Les trois quarts des emplois sont tertiaires, or ces emplois sont dans les villes. Si on ne se déplace pas, il reste les emplois liés à la saisonnalité (pommes, châtaignes).

 

Un emploi sur trois est délocalisable. C’est très compliqué en France de quitter le nœud familial.

 

Officiellement les postes en télétravail sont peu représentés. Mais en revanche, il y a une dilution temporelle du travail, avec les ordinateurs, Iphones, etc. On est disponible tout le temps où que l’on soit. Il y a un débordement des horaires de travail. Cette situation se développe énormément et c’est une des cause de souffrances au travail. Le vrai télétravail est mieux s’il est choisi et pas imposé par l’entreprise.

 

La mobilité pose la question du coût de celle-ci. S’il faut quitter une maison et qu’elle a un crédit associé… ou bien sans vendre, la location ne permet pas non plus d’aider à la mobilité. Le système économique actuel qui incite les gens à acheter une maison comme investissement pour plus tard, à la retraite, empêche de bouger. Si on veut choisir la facilité, en prenant une location, on paie doublement. Il faudrait envisager des solutions fiscales qui aident à la mobilité pour le travail, que ce soit pour la location ou les tarifs de transports en commun.

 

 

La souffrance au travail : c’est la deuxième question pleine d’inquiétude, posée lors de la 1ère réunion par les participants. Christophe Dejours qui parle de la souffrance au travail dit : « ceux qui ne travaillent pas en grande souffrance, mais ceux qui travaillent peuvent l’être aussi ».

 

Revenons à l’Histoire. Au 19e siècle en pleine transitions industrielles, lorsqu’on passe aux machines, le problème que pose la mécanisation c’est la standardisation des procédures. Pourquoi cela fait-il souffrir ? C’est par ce qu’un élément extérieur pas toujours très bien identifié prend le pas sur la réalité : auparavant, l’ouvrier connaissait sa machine et savait quand il finissait de travailler car son ouvrage était fini, là c’est la cloche sonnée par le contremaître qui indique un temps imparti, standardisé et pas toujours réalisable. Le contremaître est soit quelqu’un du métier qui se rend compte aussi bien que les ouvriers que la réalité demandée n’est pas tenable, soit il n’est pas du métier et il ne comprend pas les besoins ni la situation, mais il a des comptes à rendre à la hiérarchie et donc il en souffre aussi.

 

Au départ l’ouvrier fabriquait SA machine (après espionnage chez les anglais) jusqu’en 1840, avec le plaisir de travailler dessus, malgré la pénibilité. Puis on s’est rendu compte qu’on pouvait être plus rentable avec plus de machines. C’est vrai que cela soulage la pénibilité du travail. Donc un ouvrier avait plusieurs machines et ce n’était plus une relation avec SA machine mais des machines. Dans les papeteries (1er secteur étudié à cause des toxiques et des machines) on a vu les problèmes et tiré des conclusions, mais elles sont restées sans suite car un changement aurait été trop coûteux.

 

On a continué à mécaniser.

 

Cette mécanisation des industries a permis que se constituent les collectifs du travail (syndicats) en réaction à ce processus. Au cours du 20è siècle, ils sont désépaissis, par l’individualisme.

 

Aujourd’hui on demande à l’ouvrier de s’auto contrôler en permanence : c’est une perte d’autonomie. Cet auto-contrôle déshumanise la relation de l’ouvrier et de sa hiérarchie au travail produit. C’est la différence entre le travail prescrit et le travail réellement effectué d’une part et le travail enregistré dans l’autocontrôle d’autre part qui provoque la souffrance au travail.

 

Prenons l’exemple d’une infirmière : Le travail prescrit est de poser 20 perfusions dans la matinée. Si pendant que l’infirmière pose sa perfusion il y a une crise cardiaque et qu’elle réagit en intervenant pour gérer la crise cardiaque plutôt que de continuer à poser la perfusion, au final il n’y aura que 19 perfusions posées dans le temps imparti. Donc lors du contrôle, le travail prescrit n’aura pas été réalisé, mais peut-on dire pour autant qu’il aura été mal fait ? Et si l’infirmière pose la dernière perfusion en dehors du temps imparti, ce travail réel effectué n’est pas noté au moment voulu. L’infirmière n’est donc pas reconnue par sa hiérarchie (reconnaissance verticale = jugement d’efficacité) ni par le collectif de ses pairs (jugement de beauté). La beauté du travail réalisé a disparu, il n’est plus reconnu et au travers de lui, l’infirmière elle-même n’et plus reconnue.

 

Dans la collectivité, chacun doit se poser la question du regard qu’il porte sur ses pairs : quel regard posons-nous sur le collègue qui a été épinglé par la hiérarchie. Si nous-mêmes ne travaillons pas sur le jugement de beauté, c’est pas la peine de chercher le coupable de la souffrance au travail ailleurs.

 

Dans les modes de gestion, ça se déploie dans les moments d’écoute, de dialogue de parole. Quand on sent qu’il y a des effectifs en difficulté en souffrance, on fait venir un psychologue. Ça peut être plus ou moins bien fait. Parfois c’est fait dans un esprit qu’on retrouve chez les chefs d’entreprises humaniste. Parfois c’est fait plutôt comme un alibi, enrobé dans un langage de psychologue mais sans sincérité. Et du coup ça ne fonctionne pas. Si la personne, le Sujet ne se trouve pas en tant que personne dans l’intersubjectif, même si le travail est rémunéré et reconnu, c’est une source de souffrance immense.

 

La solitude dans la souffrance au travail :

 

Les agriculteurs ont un taux de suicide plus important que les employés de France Télécom, pourtant ils n’ont pas toujours de travail d’équipe ou de relations entre collègue. Au contraire, ils sont seuls et dévalorisés par la société : accusés de polluer et d’être subventionnés, ils ne sont pas reconnus dans leur travail. Ils sont seuls aussi devant le banquier avec leurs revenus et leurs dettes. De même les ingénieurs de l’ONF dont on parle moins, ont un taux de suicide très important, dû à la solitude aussi.

 

 

Le passage du pacte au contrat de travail : Le pacte c’est un attachement viscéral et affectif à son travail et à son entreprise et à son patron, par la confiance. Il y a adhésion, respect mutuel. Il a été remplacé par un contrat de travail : la protection du salarié par le droit, typiquement anglo-saxon, pas latin, mais la confiance a disparu. Avant on acceptait la mobilité et les heures supplémentaires par confiance, maintenant on n’accepte que ce qui est mentionné au contrat.

 

Auparavant, cette confiance humaine on la retrouvait aussi entre les clients et les professionnels ; les relations étaient humaines. Maintenant elles sont contractuelles.

 

Cependant, même aujourd’hui dans le travail salarié il y a du don et du contre-don : prenons par exemple une Aides à domicile reconnaissant la souffrance physique de quelqu’un, et qui fait encore des heures et de l’accompagnement. Elle donne au-delà de ce qu’elle sait qu’elle ne récupèrera jamais. C’est hors contrat, elle n’aura pas la reconnaissance ni la victoire sur la maladie du patient. Qu’est-ce qu’elle cherche ?

 

Le regard, le sourire de l’autre, l’espoir : on peut se dire que le don est perdu mais que la personne même si elle ne nous rend pas, à nous, elle agira de même envers quelqu’un d’autre. On espère que ce don va déboucher sur une culture du don. Ça dépasse la personne elle-même. L’amour du travail bien fait, l’estime de soi, mais vis-à-vis de l’autre. C’est offert à l’autre mais donc ça nous échappe. Quand on arrive au stade du « burn out » et qu’on se demande « comment a-t-on pu tenir jusque là ? » c’est ce don là qui se joue.

 

Ce don-là on le retrouve par exemple dans la différence entre le traitement des patients en clinique (avec une approche surtout commerciale du personnel) et en hôpital.

 

 

D’autres souffrances au travail :

 

Il y a la souffrance morale des femmes au travail qui sont harcelées. Harcèlement masculin, sous plein de formes, et constant. Il y a plein d ‘hommes qui veulent plaire, mais quand il n’y a pas de réponse d’une femme au travail, ils se cristallisent dessus. C’est un harcèlement moral terrible. Et ce harcèlement existe aussi dans l’autre sens sur les hommes.

 

 

À suivre…

 

Une troisième séance sur l’éthique du travail ou du non-travail serait intéressante.

 

À voir à la rentrée.

 

 

 

 

 

Françoise nous propose la lecture de l’extrait de la lettre de St Paul aux Colossiens. Ce texte parle d’esclaves mais on peut transposer avec le terme « salariés » ou « travailleurs » à l’époque actuelle.

 

 

Colossiens 3.22-25 ; 4.1

 

3-22 Vous les esclaves, obéissez en toute chose à votre maître d’ici-bas, sans chercher à vous faire remarquer par souci de plaire aux hommes, mais dans la simplicité de votre cœur, parce que vous craignez le Seigneur.

 

3-23 Quel que soit votre travail, faites-le de bon cœur, pour le Seigneur et non pour plaire à des hommes :

 

3-24 vous savez bien qu’en retour le Seigneur fera de vous ses héritiers. Le maître, c’est le Christ : vous êtes à son service.

 

3-25 Car celui qui fait le mal sera puni en fonction du mal qu’il a fait, et Dieu ne fait pas de différence entre les hommes.

 

4-01 Vous les maîtres, assurez à vos esclaves la justice et l’égalité, sachant que vous aussi vous avez un Maître dans le ciel.

 

 

 

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