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Oct 30

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Octobre 2013 – Les résistances

REUNION SUR LES RESISTANCES

  du mercredi 30 octobre 2013

Réunion » tour de table » sans intervenant ,préparée par Bernard Machat  conscience éclairée et maître des débats !

Participants attentifs , débat courtois parfois musclé ,beaucoup d’idées à creuser , un débat  que je vous encourage à poursuivre sur ce site ,exprimez-vous dans l’espace commentaires en bas de page.

baptême-et-tentation-du-Christ
Véronèse – Baptème et tentation du Christ

ARES – réunion du 30 octobre 2013

Résistances à l’air du temps,

ou : Comment mettre nos actes en harmonie avec notre conscience et nos convictions ?

Participants : 25 –  Réunion en mode « tour de table »

Introduction au débat par Henri Delage et Bernard Machat qui préside la séance.

En début de réunion, H.D, rappelle nos liens avec Monseigneur Rouet, que le bureau de l’ARES doit rencontrer prochainement et nous invite à lire son dernier ouvrage : « l’étonnement de croire » (janv 2013) et « j’aimerais vous dire » (2011) deux ouvrages de sa longue œuvre littéraire.          (Cf. :http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Rouet)

 

Cette réunion fait suite à une séquence qui a eu lieu en mai 2013 concernant la Résistance ou LES résistances (en présence de l’écrivain Claude Michelet, et deux témoins résistants qui nous ont fait vivre la période de 40-45) Ces hommes par leur révolte ont fait acte de désobéissance qui est parfois allée jusqu’au fait de faire don de leur vie.

Les questions d’aujourd’hui :    Comment s’engager ?

Pourquoi résister ? Comment résister sans obéir ou désobéir ?

Quel ajustement trouver ?

Les microsociétés, l’individualisme, est-ce une forme de résistance à l’air du temps ?

Peut-on résister sans désobéir ?

 

Nous allons essayer de faire le tour des valeurs qui méritent que nous les défendions.

Quelle part de ma vie personnelle suis-je prêt à sacrifier pour défendre mes convictions ?

La 1ère  des résistances ne serait-elle pas de résister en moi-même, contre tout ce qui risque de résister en moi, afin de m’empêcher de me  laisser advenir ?

Résister ce peut être aussi : refuser la violence, dénoncer la haine.

La jeunesse au rendez-vous

La jeunesse au rendez-vous

 

La résistance n’est pas la même en temps de paix et en temps de guerre (mais on ne va pas parler de celle en temps de guerre car elle a déjà été traitée)

Résister : ce n’est pas un métier : on résiste à quelque chose, à une liberté de s’exprimer, de conscience, à une contrainte !

Int : Je pense aux otages qui ont été libérés. La liberté ils doivent l’apprécier maintenant, par rapport à ce qu’ils ont vécu. Quant aux contraintes qu’on leur a imposées, est-ce qu’ils se sont rebellés ? Cela ne doit pas être facile. Oui, leur liberté d’aller et venir n’existait plus pour eux

 

Int : Pourquoi opposer résistance et liberté ? Je ne sais pas si pour être libre on est toujours obligé de résister ? Pendant la guerre on était obligés de résister pour être libre

Oui, mais lorsqu’on n’est pas en temps de guerre, est-ce que pour être libre on est obligé de résister ?

 

Int : Dans le contexte d’aujourd’hui, résister à ce qui est « médiatiquement correct » est nécessaire pour être libre. Est-ce que maintenant nous avons des contraintes qui sont suffisantes pour réagir, pour résister

J’en cite une : on nous gave avec de l’huile de palme. Si tout le monde résistait, ça arrêterait.

Mais la question est : pourquoi faudrait-il résister à l’huile de palme. Pour lutter contre la déforestation ou pour la santé ?

Int : contre la déforestation c’est nécessaire mais en consommation limitée ce n’est pas vraiment mauvais, mais c’est vrai on en trouve partout même dan les produits « bio ».

Int : l’huile de palme est dangereuse pour la santé (nous ne reprenons pas toute cette argumentation médicale, les intéressés peuvent aller sur internet par ex sur : http://www.doctissimo.fr/html/nutrition/aliments/articles/15698-vrai-faux-huile-de-palme.htm ou http://fr.wikipedia.org/wiki/Huile_de_palme)

 

Int : On voit la différence entre ce qui est légal et légitime. Légal c’est inclus dans la loi. Mais légitime c’est ce qui induit la résistance. Quelque chose qui n’est pas légal mais que l’on considère légitime, nous amène à entrer en résistance. Il y a une question d’équilibre. Quand on en entre en résistance, il y a une notion de valeur associée à cela. La capacité à voir la valeur des choses. Pour voir le panel de tout ce à quoi on doit résister, il faut déterminer une échelle de valeurs. Pour en revenir à l’huile de palme, elle est toxique, hydrogénée ou pas, c’est une question de métabolisme des acides gras. Certains peuvent induire des voies métaboliques qui sont toxiques parce qu’elles ne sont pas prévues au départ par notre système. L’huile de palme est  athérogène (elle induit une maladie). Ce sont nos valeurs qui nous parlent « contre ».

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Attentifs et concentrés

 

Int : on peut parler, puisque c’est un sujet d’actualité, du mariage des homosexuels. Certaines municipalités refusent d’appliquer la loi, c’est une résistance qui va à l’encontre de la loi. Il y a la liberté de conscience (clause de conscience), comme pour l’IVG : les médecins ne sont pas obligés de procéder aux IVG. Les maires par contre sont obligés de respecter la loi. Celui qui refuse se met hors-la-loi.

Il y a eu un débat, la conclusion en a été que le maire est un officier d’état civil, il doit appliquer la loi. S’il ne le veut pas il doit démissionner.

Il y a eu en effet une résistance nombreuse dans l’obéissance concernant ce mariage des homosexuels. Quant aux maires qui refuseraient de pratiquer ces mariages, ils sont en désobéissance civique. S’ils ne démissionnent pas il faut aller jusqu’au bout (tribunal) : par exemple il ne devrait pas dire « je ne célèbre pas ce mariage mais mon adjoint peut le faire »

 

Int : non je ne suis pas d’accord, les adjoints peuvent le faire, il n’a pas à décider à la place de ses adjoints pour savoir s’ils peuvent célébrer à sa place

 

Int : mais l’adjoint ne peut le faire qu’avec l’accord du maire et en son nom.

Les maires sont des officiers d’état civil, ils doivent respecter la loi. On ne peut pas parler de résistance s’ils refusent. S’ils désobéissent, il faut qu’ils démissionnent. On ne peut pas résister à un système dans lequel on est inclus et auquel on participe.

On est en train d ‘assimiler résistance à désobéissance. Le fait de désobéir contient un risque. Mais il y a des résistances qui ne sont pas des désobéissances.

 

Int : La résistance est forcément un « désobéissement ». Par exemple les manifestations, elles se font dans le cadre de la loi (manifestation autorisée). Entre résistance et légitimité/loi  il y a une symbiose.

 

Int : non, quelqu’un qui mange bio  fait de la résistance anti-pesticides. Quelqu’un qui consomme français fait de la résistance antimondialisation, mais il ne transgresse pas la Loi. Le mot résistance n’est pas une valeur. C’est un moyen de lutte. Il faut que la lutte soit bonne (bon est relatif). C’est un problème de conscience.

 

Int : résister, oui, mais résister contre quoi ? quels sont nos moyens de résistance à travers la Loi, notre pouvoir d’achat…On en vient à la notion de conscience éclairée. Si on est dans l’émotivité on va tous bondir pour tel ou tel sujet.

 

Int : Qu’est-ce que c’est une conscience éclairée ?

On n’a pas défini le mot « résister ». Opposer des arguments autour d’une controverse, ce n’est pas une résistance. Défiler pour que la jeune fille Rom revienne du Kosovo (cf. affaire Léonarda) c’est une manif, ce n’est pas de la résistance. Prendre son sac à dos et s’embrigader en Espagne, ça c’est de la résistance. Refuser de vendre des avions lors d’une guerre,  c’est de la résistance. Qu’est-ce que c’est que le mot résister ? Il y a un tas de choses contre lesquelles j’ai envie de résister.

 

Int : Il y a les convictions : quelle part de nous-mêmes est-on prêt à sacrifier  pour nos convictions ?

 

Int : Les manifestants pour Léonarda n’ont pas fait de la résistance, juste un coup de cœur. Mais actuellement il y a des familles qui hébergent  ce genre de familles pour les cacher au gouvernement, eux, font de la résistance. Ils sont hors la loi. Ils  ne font pas de manifs, ils sont discrets, ils protègent ces enfants, c’est de la résistance.

 

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Une préparation du compte-rendu en temps réel
Merci à elle

Int : Mais la loi c’est nous qui la faisons. Mais le délit de solidarité par exemple, quand la loi est passée… ( ??)

C’est notre liberté de conscience. C’est une liberté morale qui n’est pas forcément la même pour chacun.

S’il n’y a pas de question morale ou de conviction, ce n’est pas la peine de parler de résistance. Si ça ne contrevient pas à la loi… sans conviction on ne peut pas être résistant ?

Mais est-ce que la conscience ne peut pas être éclairée ?

 

Int : Je me méfie de la conscience éclairée…quel est le bon éclairage ?

Mais une conscience obscure, c’est dangereux.

 

Int : Définition : résistance : elle doit être une cause commune pas personnelle, sinon c’est un crime. Elle doit être pour le bien commun, et une cause juste.

 

Int : Il y a des gens qui n’ont pas de conviction. C’est là qu’intervient la conscience éclairée qui vous dit ce qu’il faut croire ou penser.

Int : Ah non, la conscience éclairée c’est quelqu’un qui s’est renseigné et qui fait appel à son intelligence pour peser les arguments.

Dans les consciences éclairées, il y a des gens qui sont persuadés que pour le bien-être de la France il fallait évacuer Léonarda. Mais d’autres pour le bien-être de la France et des français aussi étaient contre. C’est très compliqué. Si on écoute ils sont tous dans leur bon droit.

C’est pour ça que c’est important d’avoir des réunions pour en discuter.

D’où la nécessité de préciser que la résistance est commune et pas personnelle.

 

Int : une histoire : j’ai vécu en haute Egypte, avec des collaborateurs coptes. Un jour on est venu me voir parce que le père X avait  été arrêté parce qu’avec son camion il avait écrasé une petite musulmane. Mais ensuite on a appris que des gens étaient venus dans la prison et  lui avaient dit « si tu te convertis avec toute ta famille on te libère ». il a refusé et un an après quand je suis parti, il y était toujours. C’est une forme de résistance.

 

Int : Je ne comprends pas pourquoi la résistance est nécessairement commune. ?

Les auteurs qui ont défini la résistance se méfiaient certainement des mouvements personnels sentimentaux. Il fallait que ce soit collectif sinon c’était entaché  d’individualisme.

Int : Je suis très sceptique sur cette définition. Nous avons tous des convictions sur certains sujets (on peut être d’accord sur un sujet et pas d’accord sur d’autres). On peut donc résister sur un sujet et pas sur un autre. On n’est pas obligés d’être dans une communauté de résistants.

Int : non ça veut dire que le sujet de résistance rassemble plusieurs personnes (même si ce ne sont pas les mêmes que pour un autre sujet) Les microsociétés, l’individualisme, sont-ils des résistances.

Est-ce que ce n’est pas une forme de conscience ? Grâce à un examen intérieur ? On ne peut jamais être sur qu’on ne se trompe pas donc il faut une certain humilité. Si on résiste c’est parce qu’on a une conviction intime, qui doit avoir été réfléchie humblement. Il y a une forme de don de soi dans la résistance.

Ce qui touche à l’écologie c’est un peu de la résistance, mais ce qui touche à sa propre santé ce n’est pas de la résistance.

 

Int : Est-ce qu’on ne peut pas rapprocher la résistance avec le concept de bien et de mal ? je ne résiste que si je considère quelque chose de mal. Ça fait des gens qui deviennent solidaires d’un coup. Si on ne définit pas la résistance comme étant quelque chose « contre le mal », on ne peut pas parler de résistance. On revient à la notion de conscience ?

 

Int : La définition du mot résister me tarabuste. On a entendu parler d’opposition. Si on donne un certain sens au mot résistance qui rejoint ce qu’on a évoqué tout à l’heure (notion de collectif) on doit relier s’opposer et résister. Les fondements sont les mêmes. Si on veut se réunir pour parler de résistances, ce n’est pas pour parler d’opposition individuelle. En restant au sens le plus large, résister c’est peut-être une opposition collective qui implique une organisations de la Résistance : des réseaux, des méthodes, des techniques de résistances. Est-ce que ce n’est pas ça qui permet de déboucher sur la notion de collectivité ? (l’organisation).PENTAX DIGITAL CAMERA

 

Int : Je reviens sur la notion d’opposition. Résister c’est quand il y a un équilibre des forces. S’opposer : on est d’égal à égal, il y a un déséquilibre avec résister.  Pour moi s’opposer est passif, résister est dynamique.

 

Int : La grève de la faim est une forme de résistance. C’est actif.

Si on revient sur l’exemple du copte en Egypte, c’est bien un exemple individuel et pourtant c’est bien une résistance. Il a résisté à quelque chose qu’on voulait le forcer à faire. La résistance c’est quand on se voit imposer quelque chose qu’on ne veut pas faire. S’opposer ce n’est pas forcément contre quelque chose

Donc il peut y avoir des résistances individuelles, pas forcément collectives.

La guerre civile c’est le summum de la résistance. La contrainte a créée des résistances. Est-ce que les martyrs étaient des résistants ?

 

Int : Le meilleur moyen de résister contre une loi c’est le bulletin de vote… pour ceux qui ont droit au bulletin de vote. J’avais demandé lors de la réunion sur la Résistance, si l’on pouvait être résistant une fois dans sa vie pour un sujet, et ne plus résister ensuite le reste de sa vie ? Est-ce que c’est une fois et puis c’est tout.

Il y a des comportements en ce moment, des discours, qui rappellent une certaine époque, un passé ténébreux. Cela ne semble pourtant pas éveiller trop d’opposition ou de résistance. Les gens ne semblent pas scandalisés outre mesure ?

Les gens qui ont fait la guerre, pour eux c’est la plus belle partie de leur vie, parce qu’il y avait une valeur fondamentale à défendre.

Parmi les résistants, nombreux étaient ceux qui applaudissaient aux 120 millions de morts du goulag. Les plus bruyants des résistants sont ceux qui ont défilé pour Budapest… les résistants ne sont pas forcément ceux qui ont une auréole.

 

Int :mais c’est étonnant que les résistants de l’époque ne se reconnaissent pas aujourd’hui dans les discours, les mêmes discours de l’époque contre lesquels ils ont résisté.

Il y a des éléments individuels et collectifs qui font qu’on arrive à ce genre de situation. Les néonazi tels que nous les voyons ont réellement un problème individuel psy (je me permets de penser ainsi) mais en dehors de ça, mais il y a aussi le contexte économique collectif qui crée la situation.

En 1940 la valeur principale était que la liberté soit en jeu…Il y avait aussi le communisme, les patriotes

On était contre l’envahisseur invisible qu’on voulait bouter hors de France. On entre dans l’autre mécanisme qui est de la solidarité. Le phénomène de solidarité est extraordinaire mais il nécessite un bouc émissaire. La résistance crée une solidarité extraordinaire, mais ce mécanisme a des limites quand on ne regarde pas à quoi on s’oppose. Il faut une conscience éclairée pour voir à quoi on s’oppose. La conscience éclairée devrait apparaître avec la liberté de jugement !

 

Int : les résistants sont toujours minoritaires. On se pose la question de la manipulation des consciences. Par exemple le discours « ils sont déjà là, ils vont apporter quelque chose de bon… » ce n’est pas anodin. Il y a toujours une manipulation mentale, une manipulation des opinions. Il faut avoir conscience des mécanismes de manipulation. Ils sont insidieux.

Int : Claude Michelet avait dit qu’il y avait deux résistances : la résistance avec diffusion de messages, de journaux, et la résistance armée. L’une des résistances n’était pas très éclairée, elle n’avait pas pesé toutes les conséquences de ses actes. Il faut peser la conséquence de toute résistance et de la forme qu’elle peut prendre. (résistance => répression => re-résistance)

Quand vous avez des convictions, qu’est-ce que vous allez essayer de faire ? embrigader vos copains et copines. Vous êtes persuadé d’une chose, donc vous allez expliquer aux autres pourquoi. Donc la résistance individuelle va devenir celle d’un groupe. La résistance est pure que quand elle est individuelle au départ et qu’elle suit son chemin, et qu’on reste en harmonie avec cette résistance. Il faut que les gens s’interrogent et ne suivent pas comme des moutons

 

Int : vous dites « embrigader » je préfèrerais « convaincre » car embrigader, c’est faire que quelqu’un suive, qu’il soit d’accord ou pas. C’est la conscience éclairée qui intervient à ce moment-là. C’est toujours le plus fort qui impose au groupe sa façon de penser. Mais là on va vers la tyrannie Il y a ceux qui pensent que c’est plus facile et oui, celui qui préfère suivre parce que c’est plus facile.

 

Int : Actuellement, est-ce qu’on peut s’engager pour quelque chose ?

Int : on n’est peut-être pas tous engagés dans une forme de résistance, mais on a tous un pouvoir de s’engager, de résister. Ne serait-ce que par nos achats : on peut choisir de suivre un système ou ne pas le suivre.

Pierre Rabhi (agriculteur-biologiste-romancier et poète français http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rabhi) à donné comme  exemple  l’histoire suivante : La forêt amazonienne est en feu, tous les animaux vont mourir, mais le colibri prend une goutte d’eau et va la mettre dans le brasier puis recommence. Les autres animaux lui disent « tu sais que ça ne sert à rien ? » mais le colibri répond « oui, mais je fais ma part !»

Est-ce que le colibri n’aurait pas mieux fait d’expliquer aux autres qu’il faut le faire aussi, avant d’apporter sa goutte d’eau ? oui, et non, car le colibri entre en efficacité, et la part individuelle et personnelle est importante, il montre la dimension de l’acte individuel, les autres peuvent le voir et participer, lutter.

Donc un ingrédient essentiel de toute résistance est la part personnelle : moi qu’est-ce que je peux faire ? après on peut se poser la question de l’efficacité, mais d’abord il y a la définition de l’acte individuel.

Qu’est-ce qui est important ? lutter ou gagner ? Dans un premier temps c’est de lutter.

 

Int : Au départ ce sont des actions individuelles. Par exemple les personnes qui en ce moment luttent contre Poutine (ex : les femmes de la plaine de mai). Elles ne sont pas nombreuses, elles vont en prison, mais elles le font quand même. Ça c’est de la résistance. Elles vont peut-être y laisser leur vie mais elles le font quand même. On tombe dans l’esthétisme : idolâtrer un résistant parce qu’il résiste. Pour être sûr des « bonnes résistances » cela doit être un acte de foi !

 

Int : en France c’est dur de résister pour une cause et de mettre notre vie en jeu, mais pourtant on a un pouvoir de résistance. On n’a pas besoin de mettre notre vie en jeu pour résister. De manière générale on a un pouvoir sur ces grandes sociétés qui s’installent et sont mauvaises pour la population et l’environnement. Mais si on achète fabriqué en chine, on donne du pouvoir à ces sociétés, on participe au système. Si le lundi on dit que c’est un scandale la délocalisation, et que le mardi on va faire les soldes et acheter du fabriqué en chine… on a du pouvoir si on se renseigne. La résistance, c’est à travers notre pouvoir d’achat : qu’est-ce qu’on en fait ? c’est légitime de vouloir payer moins cher mais ça a des conséquences.

 

Int : oui, mais ce n’est pas simple, outre le fait que le prix est plus élevé et ne peut convenir à toutes les bourses, l’information n’est pas aisée. La loi française accepte de noter « produit français » si seulement 40% du bien est français ou est fabriqué (finalisé)  en France. Et en achetant un produit étiqueté français avec un jean par ex. on intoxique quand même des jeunes pakistanais qui ont traité le coton dans ces bains toxiques. Par exemple j’achète sur internet – pas vraiment français – parce que si je vais jusqu’à la grande ville à 50kms donc oui, j’achèterais avec plus de choix français mais je vais polluer en gaz oil beaucoup plus, en fait sur 100 kms. Mais chacun avec ses moyens et c’est déjà une bonne chose,  peut acheter moins notamment parmi les choses complètement délocalisées. C’est aussi une résistance contre soi-même.

 

Int : le plus grand et premier des résistants c’est le Christ. Il faut se demander, pour revenir dans le cœur du sujet, si en résistant on reste en harmonie avec ses convictions. Résistance contre la tentation, contre soi-même, contre ses mauvais instincts. C’est une première résistance qui est intime et valorisante. Si on reprend le parcours du Christ on a un exemple de résistance qu’on peut appliquer dans la vie quotidienne.

 

Int : Il y a une chose presque contradictoire avec les pratiques des résistants c’est qu’on s’attaque à la personne. Les résistants contre le nazisme, on parlait des « boches ». On ne combat pas les idées, on combat les hommes. On ne pardonne pas, contrairement le Christ, on hait. On considère que l’autre a tort et on devient haineux. En 1940 il y avait un fou qui dirigeait un pays. Mais il n’y avait pas 40 millions de fous qui le suivaient. Mais qu’aurait dit Jésus à Hitler ? Va et ne pêche plus ? On évoque Gandhi.

Et une petite histoire : « un gars se pend, la corde casse, il en réchappe et va voir un prêtre, et lui raconte ce qu’il a voulu faire. Le prêtre lui dit : va et repens-toi ! »

 

Int : Les moyens qu’on utilise dans la résistance sont-ils légitimes ?PENTAX DIGITAL CAMERA

 

Int : Les terroristes sont-ils des résistants ? On peut résister avec une plume. On peut résister contre le Bien

Par rapport à l’exemple du christ, il a dit « aimez vos ennemis ». La résistance n’est pas faite de la même manière si on n’est pas contre le Méchant.

Chez nous on avait deux hommes qui résistaient :  de Gaulle et Pétain. Les deux ont été condamnés à mort. de Gaulle n’a pas été gracié, mais il a gracié Pétain quand il a été pris. Mais lui (de Gaulle) aurait été tué s’il avait été pris.

 

Int : La résistance c’est toujours ceux qui ont gagné. Vous connaissez des résistants qui n’ont pas gagné ?

On évoque les juifs de Massada (Israël) qui ont préféré le suicide à la reddition.

On pourrait évoquer une résistance qui a lieu actuellement. La fraternité saint Pie X mais comme ils ne sont pas dans le camp des vainqueurs ils seront toujours mal vus. Les jeunes gens qui s’engageaient volontaires pour lutter contre le bolchevisme. Il y en a eu des milliers (la LVF), ils sont partis la fleur au fusil avec leurs convictions. Ils ont été battus donc ils ont été  maudits. Quand on est résistant et qu’on perd, on n’est pas très honoré.

Int : Mais qu’est-ce qu’on aurait fait si on avait été alsaciens en 1940 ? Ils étaient dans une situation très ambigüe. Est-ce que les veilleurs sont des résistants ? (les lanceurs d’alertes) C’est une forme de résistance dans l’obéissance.

Int : Mais qu’est-ce que c’est les lanceurs d’alerte ?

Int : C’est celui qui a fait savoir que le Président Obama écoute Angela Merkel.

Mais bien avant votre naissance, ça existait : les pays s’espionnent de tous temps. Mais ça intervient sur le plan moral. Pour lui, il résiste à une contrainte. Quelle est la valeur morale de son acte ? à la base, c’était au début un salarié de la NASA, des services secrets de la nation. Depuis quand faudrait-il que ce soit des services secrets publics ?

 

Int : Est-ce qu’on peut imaginer une vie belle, s’il n’y avait pas motif à résister ?

Vous supprimez la liberté individuelle parce qu’il n’y aurait plus de choix.

Le mécanisme de la liberté, c’est de réagir contre. S’il n’y a rien contre quoi réagir, on n’est plus que des robots.

La liberté de penser est inhérente à l’être humain, mais l’aliénation existe. La seule liberté qui peut nous être supprimée c’est la liberté d’expression. Mais dans notre pensée nous continuons à être libres.

Est-ce que notre faculté de résistance est dans la liberté d’expression ?

On peut s’exprimer par des mots ou par une action.

 

Int : Le fait de penser est une propriété humaine. Mais une pensée non éclairée… certains pensent que les attentats du 11 septembre n’ont pas eu lieu, d’autres pensent qu’on n’a jamais marché sur la lune…

Autant on comprend la possibilité de résister dans un régime totalitaire, dictatorial etc. mais comment peut-on résister en respectant la démocratie ?

Une autre façon de voir la même chose : est-ce qu’il y a besoin de faire autre chose que de voter ?

Parler de la légitimité de la manifestation, du droit de manifester… quelles sont les limites ? quand est-ce qu’il y a violence, à ne pas dépasser dans un régime démocratique ?

 

Int : Est-ce que la chose est juste parce qu’il y a statistiquement plus de monde qui est d ‘accord avec ?

Comment résister aux infiltrations philosophiques qu’on voit venir et qui concernent toute notre jeunesse ? (on parle de théorie du genre, euthanasie en fin de vie). En démocratie, sont ou seront résistants, ceux qui prennent des engagements, en particulier politiques… et qui les respectent !

Tant qu’on ne s’engage pas, « y a qu’à la fermer ». Si on veut résister il faut s’engager.

L’arme (tolérable) c’est l’urne.

 

Int : mais aussi, un simple achat est un acte politique et éthique et idéologique. La valeur de ce que l’on croit le plus important est-elle une valeur par rapport à l’individu ?

 

Int ! On évoque la théorie des handicapés qui disent qu’ils sont là pour que nous soyons meilleurs, mais eux ne le vivent pas comme un drame et acceptent pour que nous devenions meilleurs ?

Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose de vain, là-dedans ? Est-ce que la valeur qu’on croit la meilleure ne rejoint pas une certaine vanité, un certain orgueil. Par rapport à l’individu, quelle importance cela a ? Un théologien dit « nous sommes là pour leur apporter de l’aide, nous sommes dans l’objectif : on va faire quelque chose de meilleur pour eux » mais certains sont bien comme ils sont.

Il faut se ramener aux dimensions réelles. On essaie d’avoir des objectifs, mais est-ce que ce n’est pas pour progresser soi-même plutôt que pour que la société progresse ? Est-ce que l’objectif n’est pas jamais vain ? Est-ce que l’intérêt n’est pas simplement le combat, par rapport à la dimension individuelle ? On a tendance à collectiviser mais est-ce qu’on n’essaie pas d’abord de s’améliorer sur le plan individuel ?

 

Int : s’effacer devant une cause, c’est la plus grande preuve d’humilité. Faire taire le fond de ses convictions pour les reporter sur une cause.

 

L’intention ne doit pas être entachée de causes cachées.

 

Lectures :

 

d’une pensée de Dietrich Bonhoeffer  (1906-1945 pasteur luthérien

condamné à la pendaison par Hitler après avoir connu les camps de concentration) :

« Ma vie ne vaut rien face à ce qui est devant moi :

l’espérance d’un monde commun !»

 

Puis de saint Thomas d’Aquin, (1224-1274 théologien et philosophe)

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple (« la morale naturelle ») l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ! »

Et de Thomas Jefferson

( 1743 – 1826 -3ème président des Etats Unis de 1801 à 1809),

« Quand l’injustice fait loi, la résistance devient un devoir ! »

Sandro Botticelli - La tentation du Christ

Sandro Botticelli – La tentation du Christ

 

 

  • Compte rendu rédigé par Aël Jacquel et Irène Badini, le 10 novembre 2013, dans un esprit de transcription fidèle des diverses interventions malgré les difficultés liées aux discussions isolées en aparté  –

Lien Permanent pour cet article : http://ares-perigord.fr/octobre-2013-les-resistances/

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