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Nov 02

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Octobre 2018 – Tisseurs de liens en milieu rural

Bersac le 17 Octobre 2018

 

INDISPENSABLES TISSEURS DE LIENS

en milieu rural

Tisser des liens entre personnes, entre générations, entre milieux sociaux : c’est un objectif et une nécessité aussi bien pour les élus locaux que pour les responsables d’associations.

Les liens humains sont une dimension irréductible de la « nature » de l’Homme. Indispensables pour donner sens à la vie, pour le développement des enfants, pour assister les plus démunis, pour créer des occasions joyeuses…

Dans notre milieu, rural, les activités reliant les personnes sont très majoritairement organisées sous le régime du bénévolat (contrairement au milieu urbain), nombreuses et très fréquentées. Parmi la quarantaine de personnes présentes ce soir, 3 seulement, n’appartiennent à aucune autre association que l’ARES !

 

Deux invités passionnés de relations.

Un élu (Lionel ARMAGHANIAN maire de Beauregard) et un responsable sportif (Guy ROUGERIE dirigeant du CAB rugby jeunes) ont animé la rencontre à partir de leur expérience. Ils sont passionnés par leurs responsabilités et activités respectives. Ce sont 2 enfants du pays, attachés à leur terroir, connaissant bien le milieu local, son histoire et ses habitants.

Ils rencontrent les mêmes difficultés et font les mêmes constatations dans leurs domaines respectifs

G.R. « Créer un lien social c’est facile ; mais c’est de l’entretenir et de l’enrichir qui est plus dur » ; « pourtant le sport, en particulier collectif, est une école de la vie » ; « nous responsabilisons les jeunes qui parfois manquent de toute éducation : être à l’heure, dire bonjour, nettoyer son équipement… » ; « C’est un lien entre les personnes et intergénérationnel »

L.A. élu à 31 ans, maire depuis 18 ans de sa commune natale. « Le lien social est la préoccupation principale de tous les maires » ; « parfois pour régler des petits problèmes de voisinage car les voisins ne se parlent pas » ; « il est remarquable que la solidarité, l’aide entre voisins, est spontanée et massive quand il y a des catastrophes : inondations, tempête, grêle… »

Un enseignant remarque que « le lien entre parent et enseignant est essentiel pour la qualité et la réussite des études ».

 

Une évolution ressentie comme préoccupante. Les intervenants, et les participants, jugent négative l’évolution des relations. Dans le sport « le bénévolat est en chute ; en particulier les parents qui déposent les enfants à l’entrainement et viennent les récupérer à la fin ». Parfois avec 2 heures de retard !

L.A. « Les gens ne se connaissent plus ; au Foyer Laïque, les adhérents sont nombreux (142) ; mais les gens d’acteurs sont devenus consommateurs : ils prennent le service proposé et s’en vont, sans s’investir » ; « seuls les anciens s’investissent les jeunes couples ne prennent pas le relai » ; « depuis la télé et surtout depuis internet ».

 

Le passé a laissé place à beaucoup de nostalgie ; « dans la société paysanne les gens étaient obligés de s’entraider, se prêter le matériel, partager veillées et repas » ; « l’USV (rugby du Lardin) était une citadelle, un club rude et besogneux comme ses habitants ouvriers, qui laisse des souvenirs dans toute la région… » ;  avec nombreuses anecdotes pittoresques. « Avec l’individualisme actuel tout s’est effiloché. Quand il y a de nouveaux habitants, ce qu’ils font en premier c’est de planter des haies qui les cachent de tous et mettre un panneau –Propriété privée/ Défense d’entrer- »

 

Une volonté pour travailler et vivre en relation maintenant et demain.

« Actuellement l’école de rugby du CAB forme des joueurs de très haut niveau. Certains dans les grands clubs »-« Oui mais quelle proportion ? »-« 5 sur 300 en formation ». « Il se crée des liens de camaraderie qui perdurent même après la vie sportive commune ». Observation valable pour les petits clubs avec des liens intergénérationnels (ex d’un dirigeant exerçant pendant 60 ans !).

« Le très gros problème c’est le manque de bénévoles, de personnes responsables, en particulier de parents » ; manque généralisé dans les communes et dans les clubs sportifs (grand et petits). Ce déficit humain est démultiplié par les exigences administratives et règlementaires entrainant souvent une prise de risque de la chaine de responsabilité. La multiplication des procédures (plus ou moins légitimes) est sans doute un des facteurs (avec la minimisation des moyens propres) de la vague de démissions ou de non-poursuite du mandat.

Pour les petits clubs, ruraux en particulier se rajoute un manque de moyens financiers.

 

Il est remarqué que le sport n’est pas, loin s’en faut, la seule activité socialisante : moins médiatisés, les clubs de musique, de peinture… sont nombreux et actifs. Aussi le sport peut être désocialisant quand ses exigences empêchent, par exemple, des étudiants de s’intégrer dans leur classe et parfois de suivre des études correctement.

 

Une initiative constructive initiée par la municipalité : « Agenda 21 ». La création et l’entretien de relations de voisinage (bonnes !) est une préoccupation première de la municipalité (« de toutes les municipalités »)

Beauregard est actuellement dans son deuxième plan (de 3 ans) d’ « Agenda 21 ». Il s’agit de rassembler les volontaires (élus, habitants… en fait toute personne même étrangère à la commune) autour de projets locaux ayant 2 buts : améliorer l’environnement et tisser des liens de proximité. Il a été organisé ainsi des nettoyages de ruisseau ou de source, le dégagement de chemins… suivis d’un pique-nique partagé, dans une ambiance souhaitée joyeuse. Cette organisation permet, entre autre, aux nouveaux habitants de rencontrer leurs concitoyens.

« Il est dommage qu’il faille toujours créer un évènement pour que les gens se rencontrent ». « Ce devrait être naturel, sans intervention d’un tiers, que les gens se parlent, se connaissent ».

Cette initiative n’est pas unique : repas des anciens, clubs et associations multiples, journée de la poterie, club d’histoire locale tissant aussi des liens avec les générations précédentes… « Les repas sont les plus fédérateurs… ».

« On peut regretter le fait que les gens d’acteurs sont devenus consommateurs ».

 

Une initiative constructive d’un club sportif : Des membres actifs ou anciens de l’USV ont souhaité célébrer le centenaire du club en 2007. Guy Rougerie a été pressenti, puis coopté, pour coordonner ces manifestations. Ont été organisés des spectacles, des repas, des soirées à thème… et enfin le week-end avec match de gala (3000 spectateurs). Le succès et la renommée de ce « centenaire » ont dépassé les prévisions. Les bénéfices de cet ensemble de manifestations a été versé intégralement à l’école de rugby de l’USV pour la formation et l’éducation des jeunes. Aussi (et surtout ?) ce fut une belle occasion de nouer ou renouer des liens entre anciens, très anciens et jeunes. Un passage de témoin entre générations.

L’équipe organisatrice a, sur sa cohésion, initié puis développé des actions de sensibilisation et d’aide au sportifs handicapés. « …d’une remarquable solidarité et d’une grande qualité de relations ».

« Les liens avec les vulnérables (personnes âgées en isolées, handicapés malades et invalides, les personnes socialement très défavorisées et isolées…) sont certainement à rechercher et cultiver ».

Des freins à la vie de relations : Beaucoup d’obstacles sont sur-souligner, nostalgie aidant.

*Changements structurels du milieu rural : disparition de la paysannerie, services publics rares ou disparus (poste, école, commerces de proximité…), diminution des foires et marchés locaux,

*Conditions sociales actuelles : travail des femmes et éloignement du lieu de travail diminuent les opportunités de rencontres, par exemple à la sortie des écoles. « Quand un couple travaille, loin de son lieu de résidence, on peut comprendre que le soir ils veuillent s’isoler et se reposer. Même si c’est loin de l’idéal social ».

*La décomposition des familles : les clubs apparaissent souvent comme un substitut à l’absence d’autorité et de devoir éducatif des parents.

*Multiplication des normes, règlements et lois. Couplé au juridisme et à l’existence de « procéduriers » compulsifs c’est un frein à l’engagement collectif et aux initiatives : nombreux sont les maires qui renoncent devant le risque judiciaire (et les conflits de voisinage !). Les responsables d’associations prennent souvent des risques personnels avec des actions (par exemple accompagner des enfants ou adolescents) alors qu’ils sont mal couverts par leur assurance ou qu’ils sont hors-règlement (par exemple sous-effectif). Certains se retirent.

*Pour les associations rurales le manque de financement est une limite et un frein.

*Multiplicité des offres avec dispersion des adhérents jeunes ou adulte.

*Il existe des groupes fermés et d’autres ouverts, accueillant : il semble que les seconds aient la préférence de « communautés » autour de centres d’intérêt temporaires en particulier chez les jeunes.

*Enfin : il s’agit d’un problème mondial : il s’est creusé un fossé entre générations et un changement de mode de vie (ex : Hollande). Le changement des formes des relations de proximité et l’investissement moindre des nouvelles générations est universel.

 

Et pourtant !!!! des engagements et des joies. Malgré les limites et les difficultés nous sommes dans un milieu où « quand je vais au marché à Terrasson je connais la plupart des personnes et je les salue ». « Il existe pleins d’activités organisées (par exemple l’Amicale Laïque) et aussi beaucoup d’initiatives personnelles ou des relations s’établissent de personne à personne ou par groupe ». Les « fêtes des voisins » organisées ou spontanées rencontrent du succès et témoignent du besoin de contacts. Même si certains regrettent qu’il faille créer un « évènement » pour que des voisins se parlent.

Il se crée de nouvelles formes de relations. Moins bien qu’avant ???

« Pourquoi vous êtes vous engagés ? » ; « Ce doit être génétique (en riant) ; pour le bien commun, par solidarité avec les habitants de mon village ; pour faire avancer les choses »

« On me l’a demandé. J’ai toute ma vie été dans le rugby. C’est une ambiance, surtout dans le Sud Ouest. Le rugby ne s’arrête pas après la deuxième mi-temps…Il est important qu’il y ait une transmission entre générations ».

 

« Qu’est ce que cela vous apporte ?»

 Tous les deux: « De la joie !!! »

 

Post-réunion : l’Arménie.

Lionel Armaghanian a bien voulu nous renseigner sur la réparation d’un lien très particulier. Il a fait partie d’une délégation, en Arménie, de maires français, ayant un ancêtre arménien. Il est donc allé dans le pays de son grand-père paternel réfugié en France, en passant par la Syrie, pour fuir le génocide ottoman.

Grandes lignes : 3 000 000 d’habitants dont 1 200 000 dans la capitale Erevan. Pays avec contraste très grand entre villes modernes, comparables aux villes européennes, et des campagnes où rien n’est organisé (services publics, circuits économiques…). Pays du mont Ararat (refuge mythique de Noé) et de la première église (toujours autonome) de l’histoire. Bon vin… mais non commercialisé !). Massif  exode des jeunes, en particulier vers la Russie. Mécénat des expatriés très important. Mentalité « d’assistés » avec attentisme, sans initiatives personnelles. Mémorial du génocide : « Très impressionnant, comparable à Auschwitz. Les photos et les noms des victimes : 3 000 000 de personnes sur une population totale de 6 000 000 »

 

Il est prévu une coopération de l’association des maires d’origine arménienne : objectif de stimuler la créativité et la prise en main de leur propre destin par les arméniens.

 

Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux (ce) que l’on aime

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