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Sep 28

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Septembre 2011 – Affectivité sexualité des jeunes

ARES

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19 participants.

 

Sujet de la réunion du 28 septembre 2011 : Affectivité sexualité des jeunes avant d’être en « couple durable »

 

 

Le Dr Delage présente le travail déjà effectué par ARES à l’Abbé Magimel et lui laisse la parole pour se présenter et démarrer le tour de table. L’Abbé Magimel est entré à 24 ans au séminaire, ordonné prêtre à 30 ans (il y a 18 ans) et est maintenant curé de Terrasson (paroisse des Trois Ermites en Terrassonnais) et Montignac et embrasse 48 communes différentes.

 

 

La sexualité des jeunes avant la vie en « couple durable » est abordée selon quatre axes sur lesquels chacun s’exprime lors d’un tour de table (pour les besoins de la synthèse un cinquième est ajouté lors de la rédaction). On précise que l’on parle de la sexualité des jeunes d’aujourd’hui, et qu’il est préférable que chacun ne s’exprime pas sur sa propre expérience intime car cela relèverait de l’exhibitionnisme. Cependant la plupart des participants sont parents, oncles/tantes, voire grands-parents et offrent leur point de vue en tant que tels.

 

 

1) La Sexualité-affectivité

 

 

on constate que :

 

– les jeunes sautent le pas très vite et attendent de moins en moins avant de s’installer en couple.

 

– ils décident eux-mêmes de leur vie sexuelle (contrairement aux générations précédentes où les jeunes devaient attendre le feu vert des parents et/ou le mariage).

 

– les filles ont tendance à considérer le passage à l’acte sexuel comme une continuité affective de leur histoire d’amour, alors que les garçons semblent considérer cela plus souvent comme une performance à accomplir, sans forcément de lien affectif.

 

– par ailleurs on constate une libération dans les mœurs des filles, y compris très jeunes (dès 10 ans) qui, étant en avance dans leur puberté par rapport aux garçons du fait de leur physiologie, ont tendance à rechercher une approche sexuée. Cela a peut-être un rapport avec la sexualisation vestimentaire des fillettes qui est une tendance actuelle.

 

 

2) La contraception,

 

 

– depuis la libération de la femme en 68, qui coïncide avec l’arrivée de la pilule, les mœurs ont évolué. Le sexe n’est plus dévolu à la procréation, même dans les couples stables. Donc la procréation d’une part et l’affectivité d’autre part ne sont plus réunis par un même engagement dans l’acte sexuel. Il n’y a plus d’engagement.

 

– la démocratisation de la contraception fait que ce ne sont pas seulement les couples durables qui souhaitent planifier les naissances qui sont appelés à l’utiliser, mais également des personnes qui, du fait du non-engagement procréatif que permet la pilule, évitent également l’engagement affectif avec un partenaire.

 

– on incite les jeunes filles (dès 14 ans) à prendre une contraception et à se faire vacciner contre le papillomavirus (qui donne le cancer de l’utérus) qui est une IST, on sous-entend donc qu’il est normal pour une jeune fille de 14 ans d’avoir des rapports sexuels. Cela devient culturel.

 

 

3) Le lien avec les parents (« Tu quitteras ton père et ta mère ? »)

 

 

– les parents ne sont pas censés interférer avec la vie sexuelle de leurs enfants, mais cependant ils ont un devoir de protection et de mise en garde en tant que parents. Certains trouvent difficile de combiner ces deux principes.

 

– les parents ne doivent pas connaître la sexualité de leurs enfants de même que les enfants ne doivent pas connaître la sexualité de leurs parents. La porte de la chambre en est le symbole. Le travail d’information et de mise en garde doit se faire en amont.

 

– les jeunes partent très tôt du foyer parental pour faire leurs études. Ils doivent alors s’installer comme des adultes, précocement, sans avoir forcément appris à gérer tout ce que cela implique comme leurs parents. Les parents ne peuvent pas être aussi vigilants du fait de l’éloignement, et il peut être plus difficile de maintenir une bonne qualité d’écoute. Avant, l’éducation plus stricte et le catéchisme imprimaient des règles de conduite dans l’esprit des jeunes gens. Maintenant l’éducation semble plus laxiste, et les enfants hors du foyer parental ont moins de repères.

 

– la vie active d’aujourd’hui, avec des familles dont les deux parents travaillent, laisse moins de temps aux parents pour expliquer à leurs enfants les chose de la vie qui semblaient mieux transmises par les générations précédentes.

 

– les couples d’avant semblaient durer plus longtemps mais était-ce par choix de rester ensemble ou par obligation sociale ? Était-ce parce que le rôle des parents était aussi d’intervenir dans le choix du conjoint de leurs enfants, de les mettre en garde contre un mauvais parti ?

 

– l’interdit ne fonctionne pas toujours. Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt incarner un exemple positif ? la rencontre, l’amour. Les jeunes s’inspirent de ce qu’ils vivent et l’image d’un couple de parents heureux et unis est un exemple. Certains subissent des blessures profondes et n’ont jamais vu leurs parents ensemble ou heureux en amour : les parents se séparent pour peu et n’offrent pas d’image d’amour stable.

 

 

4) Les constats sur l’évolution de la société

 

 

– les générations précédentes étaient très mal informées sur tous les sujets intimes (menstruations, sexualité,… ) c’étaient des sujets tabous et les enfants n’obtenaient pas de réponses de leurs parents. Ils devaient se référer à leurs camarades qui n’en savaient pas forcément plus qu’eux.

 

– statistique : sur les 14-17 ans : 27% ont déjà eu des relations sexuelles, dont 40% commencent parce qu’ils pensent avoir trouvé « la bonne personne » et 27% par curiosité, les autres par amusement. La plupart (47%) ont pour modèle de couple leurs parents, les autres : les amis, les stars…

 

– les couples qui souhaitent se marier disent que c’est pour la vie. Le modèle de la monogamie persiste donc, culturellement, malgré l’évolution des mœurs, comme un idéal. C’est un schéma répandu

 

– on peut comparer dans la même société (en France) avec des cultures différentes (communautés issues de l’immigration) dans lesquelles persistent des mœurs strictes. Le mariage arrangé existe encore avec menace de bannissement ou de mort en cas de désobéissance, donc on peut se dire que comparé à cela, la plupart des autres jeunes ont plus de liberté, mais est-ce une vraie liberté et est-ce que cette variété de choix est bénéfique ? Est-ce que c’est une chance ou des contraintes supplémentaires de choisir sa vie, choisir ses actes et leur donner un sens, choisir son compagnon, sa compagne ? Avec la libération de la sexualité, on observe aussi une libération de toutes les formes d’exploration (sadisme, désir d’emprise, transgression pour le plaisir de transgresser). Il semble qu’il y ait une majoration dans la libération des pulsions.

 

– il y a un nouveau modèle de société où l’on enjoint les individus à « toujours plus », « toujours essayer de nouvelles choses », « chercher mieux »

 

– avant on disait « l’homme propose, la femme dispose » et de nos jours on a l’impression que c’est la femme qui propose et dispose, depuis 1968 lorsque les femmes ont obtenu des droits différents : la sexualité s’en est trouvée changée.

 

– il faut quand même faire la part des choses : il y a des jeunes gens dont la principale préoccupation est la recherche de partenaires affectifs et/ou sexuels, mais il y en a qui se préoccupent d’autres sujets en premier lieu, qui ne recherchent pas nécessairement la « consommation » de partenaires, et sont soit célibataires soit en couples stables. Il est vrai que les mœurs ont évolué mais est-ce pour autant que cette évolution est mauvaise ?

 

la position officielle de l’Eglise ? Elle est pour la sexualité sans ambages : l’être humain homme et femme est créé à l’image de Dieu dans son unité, et l’unité est réalisée par la sexualité. L’usage de la sexualité va être ordonnée à quelque chose. Elle a un sens. Pour donner sa pleine dimension, la sexualité est ordonnée au don « je me donne à toi » ce mystère que nous croyons : le Don de la Vie possible dans l’acte sexuel mais aussi le Don mutuel même s’il n’est pas automatiquement pour donner la vie. L’Être humain ne peut se réaliser pleinement que dans le don totalement désintéressé de lui-même. La sexualité en fait partie dans la capacité de se donner à l’autre de façon désintéressée. Nous (l’Eglise) somme utopistes. La vision anthropologique est diminuée par le péché qui doit désordonner le but de la sexualité. C’est la beauté qui sauvera le monde. Parce que nous sommes chrétiens, nous savons qu’il y a au cœur de notre humanité un mal, un péché qui blesse notre humanité et qui a besoin d’être sauvé. Grâce à la révélation biblique, l’être humain n’est pas perdu, cette beauté n’est pas impossible. La sexualité est bonne. Dans la Bible il y a un insistance très belle : dans la Genèse en 7 jours, il y a une narration qu’il faut entendre comme un poème. Chaque soir il est dit que « Dieu vit que cela était bon » et le sixième jour, lorsqu’il vient de créer l’homme et la femme, il est écrit « Dieu vit que cela était TRES bon ». c’est une affirmation de la bonté de la création sexuée de l’homme et de la femme. La première parole est « soyez féconds et multipliez-vous », en tant que première parole c’est un symbole fort. La sexualité n’est pas seulement procréation, elle est aussi jouissance et bonheur. Il y a un théologie de la sexualité beaucoup plus positive qu’on ne veut le croire. Parce que l’être humain est fragile on ne peut pas faire tout et n’importe quoi. On demande à l’Eglise des règles et des interdits, l’Eglise a une très haute idée de l’être humain. Nous dépassons de très loin notre humanité. Dieu s’est fait homme, il connaît de l’intérieur ce qui fait notre vie intime.

 

 

5) Comment les accompagner ?

 

 

– C’est un sujet difficile parce que les jeunes ont du mal à parler avec les parents sur ce sujet, ils préfèrent le faire entre eux plutôt qu’avec des adultes.

 

– Les adultes se sentent obligés d’accepter les faits, de prendre acte du fait que les jeunes décident eux mêmes de leur vie sexuelle, et doivent faire avec, faire que ça se passe le mieux possible donc avoir un dialogue. Il faut accepter les choses, tout en essayant de mettre les jeunes en garde contre les dangers de cette précocité.

 

– les grands-parents témoignent qu’il peut être très facile d’être proches de leurs petits-enfants car ils sont débarrassés du rôle de surveillants-légiférateurs (qu’ont les parents) mais qu’ils sont quand même des adultes , d’une part, avec ce que cela comprend comme expérience, et de la famille d’autre part, avec la proximité nécessaire pour se livrer sur des sujets aussi intimes. La génération d’écart permet d’éviter le complexe oedipien non réglé entre parents et enfants, et la crispation que peuvent ressentir les parents qui souhaitent le meilleur pour leurs enfants.

 

– cependant les grands-parents peuvent aussi rapidement se retrouver démunis devant les problèmes des jeunes actuels car ils sont très éloignés de ce qu’ils ont pu vivre eux-mêmes à l’époque de leur propre adolescence.

 

– l’instinct sexuel est très sollicité par l’environnement médiatique, qu’il s’agisse des publicités, des émissions de télévision, des films et séries télévisées également, des magazines qui ont attrait à la sexualité ou se servent de l’évocation de celle-ci pour obtenir l’attention des individus. Il est difficile de s’en protéger et d’en protéger les jeunes, en tant que parents.

 

– on ne peut plus empêcher les enfants et adolescents d’avoir accès à la télévision et à internet. Cependant il ne faut pas les laisser seuls face à tout ce qu’ils en reçoivent. Il faut les accompagner et reprendre ces informations avec eux : ils voient et entendent des choses, il faut dépouiller avec eux et expliquer pour ne pas les laisser seuls sans repères. Il faut leur apprendre à prendre de la distance face aux contenus virtuels et éviter l’impression : « j’ai vu à la télé donc c’est vrai, c’est comme ça que le monde est ».

 

– les jeunes filles ont moins de mal à exprimer leurs problèmes quand il s’agit d’amour. Les jeunes garçons ont généralement du mal à s’exprimer. Peut-être pour une question d’orgueil ou de culture. Il faudrait apprendre aux garçons à s’exprimer, les encourager dans ce sens, et pour cela il faudrait les y encourager dès le plus jeune âge.

 

– les enfants font ce qu’il veulent et ce qu’ils peuvent avec l’éducation qu’ils reçoivent. Il en ressort toujours quelque chose à un moment donné. Si l’on ne donne pas d’éducation à un enfant il ne peut pas trouver ses propres repères.

 

– les jeunes peuvent être conscients de ce que souhaitent leurs parents, et des modèles qu’ils voudraient leur inculquer, mais ils restent libres de faire leur choix vis-à-vis de ce modèle.

 

– avant, on parlait de règles et d’interdits, de respect et de dignité. La dignité de l’acte sexuel et la dignité de l’être humain. Les difficultés évoquées ne sont pas si nouvelles que cela. La sexualité a toujours été un sujet difficile, délicat, un sujet d’échec. C’est cependant un sujet de beauté : la chose est belle, la nature est belle, l’être humain sexué est beau. C’est un message d’espérance et de naïveté fleur bleue, mais quel est le modèle que l’on veut donner ? La vraie démarche que l’on peut avoir ce n’est pas seulement de donner des interdits et des règles par l’éducation, mais le message que l’on peut véhiculer au monde. Savoir comment dire la beauté de ce que représente la sexualité à travers le don, le plaisir la confiance ? Paradoxalement, l’endroit où il faudrait faire l’intime confiance il existe une défiance (pilule, préservatif, contraception, peur des MST, procréation). Il faut avoir l’information sur la réalité, mais ne pas perdre de vue l’utopie. La sexualité est un monde à explorer avec ses dangers. Il faudrait aider les jeunes à aller de l’avant tout en précisant qu’il y a des gouffres et des dangers comme dans n’importe quelle aventure ou pour n’importe quel genre d’explorateur.

 

– il faut laisser les jeunes faire leur propre expérience et les accompagner non pas comme donneurs de leçons mais comme quelqu’un qui a déjà vécu ce genre d’expérience : les jeunes ont du mal à s’imaginer que les adultes ont été comme eux avant, qu’ils ont eu leur âge et qu’ils ont pu être amoureux aussi.

 

– il faut être capable de donner des conseils sans vouloir prendre, sans vouloir vivre à leur place. Il faut un rapport avec une distance pour bien les accompagner . C’est une forme de Chasteté : ne pas être propriétaire de l’autre. Même lorsqu’il y a proximité par la famille (frère, oncle, grand-parent…) il faut pouvoir dire « Je suis proche de toi mais respectueux ».

 

 

 

 

 

 

 

 

La lecture proposée par l’Abbé Magimel est le premier chapitre de la Genèse, à écouter comme un poème.

 

 

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