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Sep 26

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Septembre 2013 – Les O.G.M

 

Jeudi 26 septembre 2013 – Salle Saint Laurent à BERSAC

 

Les « OGM » Organismes Génétiquement Modifiés

 

75 participants

 

 

Le professeur Galloin Conversation avec une participante .

Le professeur Galloin Conversation avec une participante .

 

Le Pr Galloin(centre )    Le docteur Henri Delage (gauche )

Le Pr Galloin(centre ) Le docteur Henri Delage (gauche )

 

 

 

 

Avec l’intervention de François GALLOUIN, Professeur Emérite de l’Institut National de Recherche Agronomique de PARIS-Grignon. Docteur vétérinaire, Docteur en biologie humaine, Docteur es-science, Docteur en histoire et philosophie des Sciences, il possède un CAP de cuisine.

 

Il enseigne à la Faculté des Sciences à Tours et à l’Ecole Supérieure de Cuisine de PARIS.

 

A écrit et publié, avec Marie Pierre ARVY, deux livres importants : « Epices, aromates et condiments »

 

(412 p), en avril 2003 et « Légumes d’hier et d’aujourd’hui » (608 p) en juin 2007 (Ed. Belin)

 

 

 

Pr François Gallouin :

 L’OGM est un organisme génétiquement modifié.

 Un organisme est l’ensemble des organes d’un être vivant (l’être vivant lui-même)

 Exemple : bactérie, levure, poisson, reptile…

 On peut modifier leur ADN à tous car tous ont un ADN

 On peut mettre de l’animal dans une plante et réciproquement de la plante dans l’animal.

 

Le génie génétique est tout ce qui touche à la génétique. Sur le plan éthique, se référer notamment aux travaux d’Axel Kahn (Généticien et directeur de recherche à l’INSERM, spécialiste et porte parole en France de la thérapie génique) sur les biotechnologies (dont clonages reproductifs et thérapeutiques et OGM).

 

 L’ADN (Acide Désoxyribo Nucléique) ou molécule que l’on trouve dans toutes les cellules vivantes, qui porte des bases organisées en gènes et donc regroupe tous les gènes d’un organisme. C’est le code pour une protéine mais peut-être aussi pour autre chose, on ne sait pas encore tout.

 Le gène ne s’exprime pas forcément de la même façon d’un organisme à l’autre.

 

Le génie génétique est aussi un bricolage avec les gènes, et avec une seule chance sur 100.000 que cela marche, mais il faut tester les gènes de l’organisme que l’on a modifié. Il y a de nombreuses expériences foireuses et seulement une petite probabilité de découvrir quelque chose.

 

 Mais le génie génétique ce n’est pas Frankenstein. On modifie très peu : seule une petite partie de l’organisme est modifiée (on ne voit pas ce qui est modifié), donc on a peur de l’inconnu ! Impossible de faire la différence entres les organismes modifiés ou non. Et on ne peut pas tout modifier : exemple créer un

animal avec tête d’aigle et pattes de lion, queue de cheval etc. ça n’existe pas, ce n’est pas réalisable.

 De fait, actuellement (mais ça pourrait changer) ce que l’on obtient après avoir modifié le génome ce n’est pas vraiment différent de l’organisme d’origine. Ça inquiète parce que c’est caché.

 C’est très important cette peur de l’inconnu qui est en chacun d ‘entre nous.

 

 Qui modifie les organismes ?

 La nature elle-même se débrouille très bien pour le faire depuis le début. La modification se produit par mutation génétique. Ça peut se produire spontanément lors de la méiose avec le crossing-over (étapes de la séparation de cellules qui fait évoluer l’ADN, (la méiose aboutit à la production de cellules sexuelles « gamètes chez les animaux » ou par « mitose de spores » chez les végétaux).

 Cela peut se produire naturellement avec les rayonnements d’Ultra Violets et la Radioactivité, avec les substances antibiotiques par l’intervention des virus ou bactéries (du sol notamment et plasmides entre autre) qui entrent dans les cellules et agissent sur les gènes et peuvent modifier l’ADN d’une cellule.

  Depuis le néolithique l’homme a fait des sélections de plantes, il a ainsi modifié la génétique par sélection des graines de plantes qui lui semblaient les meilleures. Il a goûté et sélectionné ce qui lui plaisait. Il va probablement mélanger des graines de la même famille et faire des croisements et donc créer des hybrides ou des clones. Et puis par la culture on créé des plantes domestiques et élimine les mauvais sujets, et c’est le triomphe de l’eugénisme ! Cette sélection dure depuis des centaines de milliers d’années.

 On se demande donc si on ne pourrait pas aller plus vite !

Ane

  Pour les animaux c’est pareil, on a choisi des animaux, on les a élevés et croisés pour obtenir des particularités.

 Exemple : le loup gris a été domestiqué (depuis 150 000 ans) on en a fait un chien et toutes les races de chiens sont issues du loup gris (y compris le chihuahua) !

  Mais il existe des hybrides naturels chez les équidés, félidés,

 ovidés et bovidés, comme le mulet, le bardot (ânesse + cheval),

 le léopon, le zébrâne… mais ils sont généralement stériles.

 Parlons de la pomme de terre : arrivée en France en 1570 avec la

 deuxième exploration de l’Amérique. Il y a actuellement 3000 variétés.

 Elles poussaient en jours courts (automne) donc en France il a fallu leur faire changer de saison et ensuite faire en sorte que la patate soit « pelable », en particulier mécaniquement.

 Ensuite il a fallu enlever l’alcaloïde qui est dedans (qui donne la diarrhée) donc sélectionner des variétés qui ne rendent pas malade. Il a fallu aussi la buter afin qu’elle ne voit pas le soleil.

 C’est difficile de voir comment on peut aller plus vite et plus loin.

 Le génie génétique n’intervient pas dans les croisements (les individus se croisent naturellement et les hybrides créés aussi) il ne transgresse pas les lois de la nature car la reproduction est sexuée.

 Avec les OGM on voit à plus grande échelle, il y a une accélération, le challenge est évident et irréversible : on doit produire à plus grande échelle.

  Rappelons quelques évènements historiques concernant les OGM :

 En 1972 : Paul Berg (biologiste moléculaire américain, né en 1926, Prix Nobel pour la moitié en 1980) réussi l’intégration d’un morceau d’ADN de virus dit recombinant, dans E. coli

 En 1977 : identification d’un plasmide Ti qui permet de faire entrer un gène dans un génome (ici une plante)

 En 1978 : introduction du gène de l’insuline humaine dans le génome d’E. Coli.

 Dès 1982 : première application commerciale pour créer une insuline humaine contre le diabète !

 Une E. coli se divise toutes les 20 minutes, ça permet de produire de l’insuline très rapidement.

  Est-ce une insuline OGM ? Non, c’est une insuline humaine. La même que celle que nous fabriquons.

 La bactérie est OGM, mais l’insuline ne l’est pas. On n’injecte pas la bactérie.

 Auparavant on utilisait des insulines issues de pancréas de cochon ce qui donnait des maladies des irritations et finissait par une certaine résistance. On injectait un peu de cochon ou de mouton… dans l’homme.

 Ce fut un tel progrès qu’il y a eu en 1923, un prix Nobel remis à deux scientifiques pour leur découverte sur l’insuline.

  De 1980 à 82, on a créé une souris transgénique géante par transfert de l’hormone de croissance du rat, mais les souris qui avaient doublé de volume n’étaient pas en bonne santé !

 1983 : mise au point d’un tabac résistant à la kanamycine (antibiotique animoside issu des streptomyces, bactéries du sol)

 1985 : mise au point d’un tabac résistant à un insecte de la toxine de bacillus thuringiensis (insecticide biologique contre les chenilles.)

 1990 : utilisation de la chymosine (enzyme active produite par la caillette du veau, pour faire cailler le lait de sa mère dans son estomac) produite par les levures « kluyveromyces lactis ».

 On crée aussi de la levure de bière modifiée génétiquement pour avoir de meilleures qualités

 2010 : on a créé un organisme contenant un génome entièrement fabriqué par l’Homme (mycoplasma mycoides).

  On crée des animaux phosphorescents (jaune, rose, vert) sous une lumière UV en intégrant des gènes de méduse (jaune) ou de corail (rouge). Ces poissons ne sont pas là pour faire joli. Ce sont des marqueurs génétiques pour repérer des transferts de protéines. Les auteurs sont simplement des scientifiques qui poursuivent leurs recherches.

  On crée maintenant une moléculture (Science qui a pour objet la modification génétique des plantes en vue de produire des vaccins, des protéines thérapeutiques, des enzymes industrielles et une foule d’autres produits utiles). Par exemple :

  .  un maïs qui contient une lipase pancréatique

  • le riz doré, produit en chine, pour fabriquer du beta carotène (provitamine A) on enrichit aussi ce riz en protéines, on le rééquilibre en acides aminés.

  • le lait de brebis qui contient de l’alpha-antitrypsine contre l’emphysème humain.

  • des xénogreffes (transplantation d’un greffon (organe par exemple) où le donneur est d’une espèce biologique différente de celle du receveur) porcines et créer par exemple des valvules cardiaques. Pour éviter le rejet de la valvule de cochon, le cochon doit ressembler de plus en plus à l’homme, et on introduit dans le cochon des molécules d’humain pour que le corps le reconnaisse comme humain.

  • du poulet OGM qui produit une polymérase (enzyme) du virus de la grippe aviaire afin qu’il n’attrape pas la grippe aviaire.

 

 A quoi sert l’OGM en culture ? à gagner du temps, à gagner de l’argent.     Beaucoup d’argent.

 Pourquoi ? Ça permet de diminuer :

 

  • les pesticides notamment contre la pyrale (chenille), la plante fabrique elle-même son pesticide, mais attention aux autres espèces non visées mais qui seraient touchées.

  • les façons culturales

  • les herbicides (notamment ceux de Monsanto qui voient le vent tourner)

  • et d’augmenter les valeurs nutritionnelles, la durée de conservation et même les qualités organoleptiques (susceptibles d’exciter un récepteur sensoriel : l’apparence, l’odeur, le goût, la texture ou encore la consistance) ce n’est pas la première préoccupation parce que ce n’est pas celle qui rapporte de l’argent.

  • toutes les plantes à destination des animaux sont modifiées pour augmenter leur valeur nutritionnelle, notamment dans le cas de tourteaux (résidus) ou des ensilages (fermentation lactique de fourrages)

  En 2011 dans le monde 160 millions d’hectares sont consacrés aux cultures OGM (3% de la Surface Agricole Utilisable dans le monde dont 50% dans les pays développés). Aux USA : 17% des surfaces sont pour le soja et le maïs pour le bétail (donc OGM).

  Maintenant on a 18 ans de recul par rapport à certaines cultures, comme le soja qui résiste à l’herbicide depuis 1995-96. Depuis 2008 on utilise en Europe le maïs MON810 (Monsanto) le T25 (Bayer) de nouveau autorisés en France. Depuis 2010, l’UE a autorisé la culture de la pomme de terre Amflora, pomme de terre féculière (renforcée en amidons) résistant aux antibiotiques (pour créer des colles, lubrifiants, en utilisation industrielle, donc pas de consommation), produite par BASF.

  Risques sanitaires ?

 En 2003 le Conseil International pour la science a estimé qu’il n’y avait pas de risque pour la santé humaine et animale en ce qui concerne les OGM d’alimentation.

 Mais en 2010 Gilles Eric SERALINI, (professeur en biologie moléculaire à l’Université de Caen, et emblème de la lutte anti-ogm)  publie sa recherche faite sur des rats génétiquement modifiés pour produire des cancers. S’ils consomment des souches de maïs NKI TO3 (Monsanto) ils développent beaucoup plus rapidement diverses tumeurs cancéreuses. Il a aussi démontré la toxicité cancérigène du Roundup.

 Cette publication a été largement rejetée par la communauté de scientifiques et déclarée nulle, (car pas assez de rats observés) donc et c’est grave on a conclu à la non reconnaissance d’effet toxique de ce maïs OGM, mais on ne peut non plus pas conclure à la non-toxicité !

  L’OGM a visée médicale.

 On souhaite éviter les hormones extraites d’animaux (et de cadavres d’animaux). On se souvient de l’hormone de croissance qui a tué 350 enfants.

 L’OGM médical permet de diminuer des maladies collatérales, de mieux connaître le génome, connaitre quel gène code quelle maladie, de prédire ce qui doit se passer (mais question éthique, doit on le dire ou pas ?)

 Il permet la mise au point de xénogreffes. Mais cela pose problème à certains d’introduire du porc dans l’homme (même modifié) et de plus en plus on a peur du cochon dans le monde.

  Applications prioritaires : Insuline, hormone de croissance, vaccin anti hépatite B, anticorps pour lutter contre les cancers en luttant contre les gènes de résistance, mais aussi « alicaments » comme le lait enrichi.

 

 Problèmes éthiques :

 

  • Etiquetage : L’étiquetage est obligatoire si la quantité d’OGM dépasse 0,9% mais est-ce que c’est toujours bien fait ?

  • Gènes de stérilité introduits dans certaines plantes : l’agriculteur est captif, il est obligé de racheter des graines tous les ans

  • Brevetabilité du vivant : mais Pasteur a breveté une souche pure de levure en 1873

 En 1980 la Cours Suprême des USA a breveté une bactérie qui mange l’huile de vidange.

 En 1982 l’Union Européenne admet que le vivant transgénique peut être brevetable avec le brevet d’une souris transgénique !

 

 Ce qui choque !

 On ne peut évaluer que ce que l’on connait ! et la plupart des gens ne savent pas ce que sont les OGM, donc on ne peut pas l’évaluer. Seuls les experts scientifiques sont compétents… mais qu’est-ce qu’un expert ?

 Il y a une perte de confiance du public à cause des affaires récentes : pour la vache folle, les gens étaient fâchés parce qu’on donnait des farines de viande aux bovins, mais ce n’était pas nouveau.

 Il y a des OGM alimentaires dissimulés, on en mange tous les jours !

 Les citoyens sont privés du pouvoir d’influencer les choix technologiques. Seuls les politiques peuvent influencer le cours des choses en prenant le principe de précaution et en faisant appel, aux experts et on en revient aux experts !

 

 La parole est donnée aux participants qui peuvent intervenir ou poser une question :

 

 

Int : Un participant dit que la super tomate OGM a été supprimé du commerce, elle se conservait longtemps mais ne murissait pas vraiment ! On évoque la « marmande », puis la pomme « ste germaine »….

 Un autre dit qu’avant les tomates poussaient toutes seules et que maintenant il faut les pincer, les tailler et qu’elles poussent en grappe.

  Pr FG : certaines sont sélectionnées pour pousser en grappes.

  Int : nous avons une programmation génétique ancienne qui date de la préhistoire, comment peut-on s’adapter à ce nouveau produit qu’on nous propose.

  Pr FG : nous avons déjà évolué depuis les premiers hominidés. Et donc, nous donner des produits qui produisent leurs propres pesticides, ne doit pas nous arranger !

 Ce que l’homme a fait de tout temps c’est sélectionner des espèces. Mais vous-même utilisez vous du désherbant.

  Int : je n’utilise pas de pesticide (parfois de l’eau bouillante sur une allée) et j’ai des mauvaises herbes, mais dans le potager, je m’interroge sur les étiquettes des graines. On a des graines qui font la première année des légumes époustouflants et la deuxième année des choses rabougries. On ne sait pas ce que sont ces graines si elles contiennent ou non des OGM, donc, ici en Dordogne, on s’échange des graines anciennes (mais légalement on ne doit pas s’échanger des graines anciennes, on devrait passer par un système payant)

  Pr FG : c’est avec l’eau bouillante qu’on stérilise les sols (notamment qu’on les rend propre pour les salades). Ça tue tout y compris les vers de terre sur 10cm en dessous du sol. Il y a des machines qui propulsent de l’eau bouillante, mais ça revient cher pour le fuel. Pour les graines, il ne faut pas laisser tomber la variabilité génétique, il faut bien faire pousser ces graines anciennes. Si la première année vous avez des légumes époustouflants c’est que ce sont des hybrides. Mais en deuxième génération ils n’auront pas la même qualité.

  Int : est-ce que l’hybridation est une modification génétique. Par exemple les roses ?

Pr FG : il y a 3500 sortes de roses conservées à l’Haïe les Roses près de Paris. Elles ne sont pas modifiées génétiquement mais sélectionnées. Monsanto a bien compris que les herbicides et pesticides n’étaient pas l’avenir.

  Int : votre exposé m’effraie et me désole, comme vous êtes plutôt « pour » les OGM, je suis donc « contre » ! Ce que vous n’avez pas relevé, vous n’avez pas fait apparaitre que l’OGM est un outil ? pour faire de la transgénèse. Le problème de cet outil c’est la gouvernance de cet outil. La confiance est une valeur, on prend les gens pour « pas capables de faire une étude sérieuse sur ces sujets » ! Monsanto qui a créé le gaz orange (utilisé au Vietnam) est il crédible pour créer du maïs ? Je trouve que vous avez une attitude… il ne faut pas confondre l’esprit scientifique et le scientisme. Quelle a été l’analyse de risque concernant les maïs qui fabriquent leurs propres pesticides et qui sont consommés par les animaux ou par l’homme. Souvent c’est plusieurs gènes qui sont transférés dans un organisme. On n’a pas apprécié la notion d’instabilité du gène, sa capacité à se répandre de façon plus ou moins gérée. Ce que je regrette c’est que ces outils sont aux mains de personnes peu recommandables. C’est intéressant : l’insuline c’est formidable pour la médecine, le problème de l’hormone de croissance c’est formidable aussi. Au niveau des OGM vous commettez la même erreur et en prenez la responsabilité, par manque d’humilité !

 

 Int: vous avez dit que les politiques s’adressaient aux experts pour demander des autorisations. Et les experts sont des scientifiques reconnus par leurs pairs, mais qui contrôle ces experts ?

  Pr LG : On parle d’éthique : il y a des juges en France, on peut se poser la même question. Y a des profs d’université, qu’est-ce qu’ils ont fait ? Ils sont reconnus par leurs pairs (parfois ils ont même des prix, Nobel ou autre). Vous demandez leur légitimité ? Qui les contrôle ? Ce sont leurs pairs. Ils se réunissent en assemblée et définissent qu’Untel va être apte, intègre…. Tous les experts promus vont jurer en Cour de Cassation, jurer de bien faire leur boulot.

  Int : mais c’est un peu dangereux ?

  Pr LG : mais comment voulez-vous faire autrement ? C’est difficile de juger. On ne peut pas juger sur la bonne mine des gens, on réunit des experts pour déterminer si les gens sont convaincants et c’est une communauté qui se concerte ! Mais les gens ne sont pas des fous dangereux, (il y en a toujours, des fous, mais ils sont marginalisés et ils s’éliminent d’eux-mêmes)

  Int : à propos de garder les graines ? On n’a pas le droit de garder plus d’une certaine proportion des semences, mais pourquoi ?

  Pr LG : si on garde les mêmes semences on produit toujours de la même façon et de la même qualité. Mais comme on veut produire plus on ne peut pas garder les anciennes semences.

  Int : Que pensez-vous de l’articulation de la recherche scientifique. ?

  Pr LG : l’articulation se fait entre les politiques et les scientifiques. Le politique prend le principe de précaution. Il ne connait pas le danger mais c’est lui qui doit prendre la décision, il doit s’adresser à quelqu’un qui s’y connaît mieux. Le peuple ne connait pas ça. Il n’a pas la possibilité d’interagir avec ça (sauf manifestation et des hommes comme José Bové) mais ça rime à quoi ? On ne peut pas prédire ce qui va se passer. Beaucoup de sous ont été donnés pour créer des plantes modifiées. Mais au niveau alimentaire ? Est-ce que cette plante modifiée apporte un avantage par rapport à la plante traditionnelle ?

  Int : vous avez dit que vous parleriez de l’expérience des super-souris qui sont devenues comme des rats ?

  Pr LG : tapez sur internet « Séralini » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles-%C3%89ric_S%C3%A9ralini)

 Quand il y a des animaux à comparer, si l’on veut des résultats probants, il faut prendre 100, 300 animaux et un rat c’est 1.500 € ! L’étude publiée a été faite sur un nombre insuffisant d’individus, avec des résultats foireux. L’épistémologie n’a pas donnée de statistiques valables donc elle a été invalidée. Et ça a bien servi Monsanto qui lui, a les moyens de mettre les rats qu’il veut !

  Int : on parle de « mutagénèse » ?

  Pr LG : ce qu’on découvre c’est que ce n’est pas seulement l’ADN mais aussi l’ARN (Acide Rubo Nucléique) interférant qui va modifier la réaction de la plante. C’est nouveau et ça révolutionne la vision qu’on a de la cellule. De toute façon c’est un génome qui a été modifié donc un OGM. L’ARN se modifie en fonction des conditions du milieu et modifie l’expression du gène.

  Dr HD : il y a plus de la moitié du monde qui a des cultures vivrières. Il y a un pays qui doit avoir un super pouvoir : les USA qui ont un deal avec la Colombie qui est obligée d’accepter leurs maïs transgéniques. Ça va rendre les pauvres plus dépendants.

  Pr LG : c’est évident que c’est un risque. Je ne sais pas si c’est comme ça que ça va se passer. Les gens vont se débrouiller, ils seront payés pour développer ces cultures, à la place de la coca, d’ailleurs.

 On est dans un monde où y a la lutte pour la vie. Il faut se débrouiller mieux et si on marche sur les voisins ce n’est pas grave. Mais est-ce que ça n’a pas toujours été le cas ?

  Pr LG : évoque le problème des brevets aux USA, qui viennent de breveter leur riz en l’appelant « basmati », donc avec le temps on oubliera la racine du basmati (Pendjab) et on achètera du riz ogm américain, sans le savoir vraiment. Ce sera une copie. A Niagara on fait une copie très réussie de Champagne avec du pinot blanc, mais là, le nom étant déjà protégé par un brevet, il s’appelle « pétillant » !

  Int : vous dites qu’il y a 50% des cultures d’OGM qui sont faites en pays en voie de développement, qu’en est-il de ces cultures ? Notamment pour le coton, c’est un échec, il faut irriguer plus, ils se sont ruinés pour acheter les semences, face à leurs dettes ils se suicident énormément !

  Pr LG : c’est déplorable, mais avec la maladie du coton qu’il y avait cela aurait été pire, on peut déplorer que la misère les touche comme ça, mais dans le cas de ces cotons OGM, c’est aux firmes qui fabriquent les graines de coton OGM de comprendre ce qui s’est passé. Il leur faut rattraper le coup. La firme a tout intérêt à ce que ça fonctionne dès le prochain coup. Ils investissent des milliards de milliards. Il faut que ça marche car ils n’auraient plus leur champ d’expérimentation à bas prix et en plus ils auraient perdu de l’argent.

  Int : est-ce qu’avec l’arrivée des OGM, on pense à la biodiversité ?

  Pr LG : l’homme a sélectionné pour avoir de nouveaux rendements, et 99% du Pin0t Noir est un seul clone, clone remarquable, mais donc zéro biodiversité. Le même clone va donner aussi un vin à1200 € la bouteille (le Romanée Conti, le plus grand vin de Bourgogne) et à 2.7 kms entre la côte des Nuits et la plaine, on trouvera le générique à 2 € la bouteille (le Passe-tout-grain). Est-ce que la différence de produits dépend du nombre d’espèce ?

 Est-ce que l’avenir appartient à la diversité génétique ? OUI car il faut garder le plus possible de gènes, on ne sait jamais ce qu’il faut garder comme gènes pour revenir en arrière si besoin. C’est une certitude. Il faut conserver ces variétés et il y a donc un conservatoire des plantes et de gènes. Notamment à Montesquieu, le conservatoire des plantes d’aquitaine détient une grande collection des espèces régionales.

  Il y a une médaille et un revers. Si je veux gagner des sous avec du lait, je ne prends pas la « limousine » car elle produit peu (elle fait un beau veau elle est sélectionnée pour ça) je prends la « prim’holstein » (1ère race laitière au monde, 60% du cheptel français des vaches laitières) qui est faite pour faire du lait. Par contre il faut la nourrir tous les jours sinon c’est fichu !

  Int : on a donc l’argent, la productivité, mais que reste-t-il à côté ? Qu’en est-il de la santé ? De la biodiversité? Sommes-nous obligés de prendre des risques avec l’évolution de la population du monde ?

  Pr LG : oui, on est obligés d’augmenter le rendement parce qu’on est plus nombreux. Avec la même surface cultivable il faut produire beaucoup plus !

  Int : alors pourquoi on nous embête avec le maïs transgénique ! Mais qu’est ce qui est dangereux dans le maïs transgénique ?

  Pr LG : Il est donné en nourriture au bétail, l’animal transforme et produit.

 La vache peut manger 60 kgs de patates par jour. Le steak que vous mangez vient des bactéries développées dans son rumen, ce sont des protéines de bactéries transformées par la vache. Donc pas de danger si ça vient du maïs transgénique.

  Int : a-t-on fait une étude pour vérifier où les molécules herbicides ou pesticides vont se fixer, et comment ces molécules se comportent ?

 Quand on nourrit les vaches à l’ensilage de maïs, il y a production de 2 molécules et les champignons qui se développent dans l’ensilage provoquent des lactotoxines. Un producteur de lait mène ses vaches à l’abattoir à 8 ans parce qu’elles ne produisent plus de lait, mais aussi parce qu’elles sont percluses de tumeurs !

  Pr LG : non ce n’est pas vrai. Les tumeurs, ce n’est pas pareil, c’est la leucose bovine et les vaches concernées ne finissent pas en steak mais à l’équarrissage.

  Int : On parle de tourteaux de soja en grande majorité transgéniques qui nourrissent tous nos animaux d’élevage, le soja pourrait pousser aussi chez nous ?

  Pr LG : nous on préfère le maïs mieux adapté à nos sols et climats. On pourrait faire du soja, mais il faudrait répartir les cultures entre agriculteurs. C’est un problème d’échelle et de réactivité de l’agriculture.

  Int : Pourquoi on fait transformer par le bétail des protéines végétales en protéines animales ?

  Pr LG : les protéines de l’œuf ne sont pas des protéines de céréales. Donc il est meilleur de donner les céréales aux volailles et d’en manger les œufs. En Afrique, l’œuf est important car il est une bonne protéine et chacun a sa ration. Ce n’est jamais simple et on est loin de la solution idéale.

  Int : il y a une histoire avec du colza Bayer et du maïs Monsanto : un champ cultivé de colza OGM pour résister au pesticide, un autre champ plus loin planté de maïs résistant aux herbicides. On se rend compte plus loin que du maïs a été trouvé concentrant les deux particularités. Qu’en pensez-vous ?

  Pr LG : c’est génial, c’est possible. Il faut voir si c’est stable dans le temps. C’est scientifiquement possible il n’y a donc pas de raison que ça n’arrive pas.

  Int : il n’y a pas de risque que ça se produise avec des choses plus graves ?

  Pr LG : si bien sûr, c’est cela qui est important ? Des choses plus négatives pourraient se passer. José Bové l’a dit et a payé pour cela !

  Int : et les abeilles ?

  Pr LG : les abeilles payent un lourd tribut, comme les papillons, on a lutté contre la pyrale du maïs mais on a tué bien d’autres chenilles et insectes ! Tout n’est pas rose. Il faut laisser la nature se débrouiller toute seule, mais il faut l’aider beaucoup.

 On pourrait dire que l’OGM est artificiel. Usus, fructus et abusus : j’en use, j’en profite et j’en abuse (je laisse faire ou pas). L’homme s’est donné les moyens de détruire la nature, il n’est pas dedans mais à l’extérieur. La nature nourricière est malmenée. De temps en temps elle se fâche

 

 On a peut-être oublié une conséquence éthique, passer de l’OGM végétal à l’OGM animal puis humain !

 

 

Lecture : livre de la genèse :

 

Chapitre 1

 

20 Dieu dit : “Que les eaux se peuplent d’une multitude d’êtres vivants, et qu’il y ait des oiseaux pour voler au-dessus de la terre en dessous de la voûte du ciel !” 21 Dieu créa donc les grands monstres de la mer et tous les êtres vivants qui se glissent et qui foisonnent dans les eaux selon leur espèce, et tous les oiseaux selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. 22 Dieu les bénit et leur dit : “Développez-vous, multipliez-vous, remplissez les eaux de la mer, et que les oiseaux se multiplient sur la terre !” 23 Il y eut un soir, il y eut un matin : cinquième jour.

 

24 Dieu dit : “Que la terre produise des bêtes de toute espèce : animaux des champs, reptiles, bêtes sauvages, chacun selon son espèce !” Il en fut ainsi. 25 Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les animaux des champs selon leur espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.

 

26 Dieu dit : “Faisons l’Homme à notre image et à notre ressemblance. Qu’il ait autorité sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les animaux des champs et toutes les bêtes sauvages et les reptiles qui rampent sur la terre !” 27 Dieu créa l’Homme à son image ; à l’image de Dieu il le créa ; Homme et Femme il les créa.

Michel-ange la création d'Adam

Michel-ange la création d’Adam

 

Chapitre 2

 

  15 Yahvé Dieu plaça l’homme dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. 16 Puis Yahvé Dieu donna à l’homme un ordre, il lui dit : “Tu mangeras tant que tu voudras de tous les arbres du jardin, 17 mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, ce sera la mort à coup sûr !”

 

 

Compte rendu réalisé par Aël JACQUEL et Irène BADINI, le 3 octobre 2013.

 

Prochaine réunion :

 

«  Résistances à l’air du temps – comment mettre nos actes en harmonie avec notre conscience et nos convictions

 

 

Montignac le 30 octobre 2013 à 20heures – salle de la Maison Paroissiale saint Pierre –

 

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